Xin tiao Vietnam !

Photo : Lever de soleil sur la rivière Song Hau dans le delta du Mékong (Vietnam, avril 2019).

Bienvenue au Vietnam !

 

Après la désolation devant ce qu’est devenue Otres Beach et les moments difficiles que nous avons traversés dans le sud du Cambodge, nous avions hâte d’arriver au Vietnam.
Il faut d’abord affronter les dix heures de trajet interminable en bus*, avec le pêcheur assis à côté de moi qui prend toute la place et racle sa gorge d’une force que je crois qu’il va me cracher dessus à chaque fois, mais enfin c’est avec un grand soulagement que nous entrons dans Can Tho, la plus grande ville du delta du Mékong (au sud d’Hô Chi Minh-Ville, voir carte ici).

La première chose qui nous éblouit (il fait déjà nuit quand nous arrivons), ce sont toutes les lumières de la ville et les feux tricolores sur la route. Des vraies routes, avec parfois de vrais trottoirs pour marcher sur le bord, des vrais magasins, pas des tas d’ordures partout, et puis surtout, plein de motos et de scooters.

Le Vietnam, comparé au Cambodge, c’est ULTRA moderne. Et c’est le royaume du deux-roues.

En ville, le klaxon est permanent. Il sert à prévenir les motos, innombrables, que le chauffeur de notre bus avance sans ralentir et sans dévier. Il ne dit pas : attention. Il dit : écartez-vous.
Bien sûr, c’est de nouveau difficile de traverser la route avec les babi, et c’est très bruyant, entre les klaxons et les bourdonnements de moteurs et de pots d’échappement. Il paraît que Hô Chi Minh-Ville est la ville la plus bruyante et la plus polluée du Vietnam. Mais nous n’y allons pas, et en ce qui concerne Can Tho et Hoi An, le bruit et la pollution n’ont rien à voir avec le summum de Bangkok !

 

Le matin dans une petite rue de Hoi An.

 

* Mickaël m’oblige à préciser : huit heures. Pas dix heures dans le bus, huit heures de bus, dix heures en tout. Mais bon c’est dix heures quoi.

 
Le beau est là…

Partout au Vietnam, les gens sont gentils et souriants. Ça fait du bien après la tristesse qu’on a constatée à Otres Beach et Sihanoukville au Cambodge. Dans la rue, dans les petites échoppes qui vendent des banh mi, tu sens que tout le monde est prêt à t’aider si tu es perdu(e), si tu ne comprends pas. Ce n’est pas comme à Berlin. Enfin je dis ça, je ne sais pas. Quelqu’un m’a dit.

Ich bin ein Berliner.

Pourtant, en dépit de la gentillesse et des sourires, ma première impression est que la langue vietnamienne est agressive et désagréable. Et si l’idée qui vous vient, parce qu’à l’instant je parle de Berlin sans même savoir ce que je raconte, c’est : comme l’allemand, eh bien non, sachez que le vietnamien est plus agressif et plus désagréable à l’oreille que l’allemand.
Je n’aime pas ce que je ressens et je suis désolée de l’écrire parce que j’ai conscience que c’est choquant, mais ça me fait ça.

Sûrement c’est moi le problème. J’arrive plus à voir le beau.

 

La cuisinière d’un minuscule resto de rue dans lequel nous nous sommes arrêtés pour déjeuner en arrivant à Hoi An. Deux tables sur le trottoir. Elle et son mari ne parlent pas du tout anglais (ni français). Ils ont offert des bananes aux babi (qui n’aiment pas ça mais sourient et disent merci comme on le leur a appris). Son mari, c’est le monsieur au fond qui fait la vaisselle dans les bassines, le mégot collé au bec. J’ai pas osé lui demander s’il voulait bien que je fasse un portrait de lui. J’aurais dû.

 

Pourtant il y a du beau. Plein même, sur les marchés flottants.
Nous naviguons sur le Song Can Tho, un mince bras de rivière de la plus grosse rivière Song Hau, dans une petite barque, juste tous les cinq avec l’homme qui nous emmène et qui ne parle pas anglais. Ni français. Mais qui coupe super bien les ananas.

On croise quelques autres embarcations de touristes, mais assez peu au final. Le gros marché flottant de de Cai Rang et le tout petit de Phong Dien restent des marchés quotidiens pour les Vietnamiens, pas des attractions touristiques comme ceux du sud-ouest de Bangkok qu’on n’a pas voulu faire.

 

Petit marché flottant sur le Song Can Tho (autour de Can Tho). Les marchandes de fruits, légumes et racines attendent dans leur barque, discutent, mangent…

 

Les Vietnamiens, les hommes et les femmes, se protègent du soleil avec le chapeau pointu tellement caractéristique et indissociable des rizières dans notre imaginaire (enfin dans le mien). Dans le delta du Mékong, ils portent la palanche, cette tige de bambou peut-être encore plus typique et que je pensais n’être plus qu’un cliché, à laquelle on suspend un panier de riz de chaque côté. Ils rient et nous font des signes de la main quand ils nous voient passer en barque.

Mickaël me dit que c’est beau. Je sais que c’est beau, mais je ne m’émerveille plus.
Même les hommes qui manœuvrent les bateaux torse-nu au soleil. Ceux qui mettent pas les crèmes blanchissantes comme à Bangkok. Ils sont foncés. Et moi j’ai un gros faible pour les peaux noires, je sais. Ben là je les regarde, je sais qu’en temps normal ça me ferait du plaisir, mais là je ne ressens rien d’autre qu’une immense fatigue. On dirait que le beau ne rentre plus dans mes yeux.

Et dans ma bouche non plus. J’en ai marre de manger ce qu’on mange, tout prend le même goût et je n’ai plus envie de rien.
Je déteste cette sensation de rester à côté de moi immobile, ne pas vivre les choses à fond.
Je me demande si je ne suis pas saturée après le Cambodge qui a été si dur.

 

Un couple d’agriculteurs qui rentre du marché flottant sur le Song Can Tho (autour de Can Tho). C’était chouette de croiser leur chemin, c’était doux.
 
… mais le Cambodge m’a tuée**

J’ai tenu, tenu, tout le temps où Mickaël et les babi ont été malades. J’ai tenu, puis, à force d’épuisement et de si peu dormir, je suis tombée moi aussi. Ça a commencé par deux malaises, le premier en quittant le Cambodge, le deuxième en arrivant au Vietnam, puis la fièvre et ne plus pouvoir tenir debout du tout. Une faiblesse physique qui me rend dingue, en plus que je suis sûre que j’ai la dengue justement. Je reste allongée. Les journées passent et je ne fais rien.

Quand encore j’ai de la fièvre, je délire, je pars dans ma tête, ça me divertit. Mais quand la fièvre retombe, j’ai mal partout et je ne peux rien faire. Même pas écrire. Heureusement que j’avais déjà préparé et programmé mes deux derniers articles sur le Cambodge et le premier sur le Vietnam parce que je ne peux pas rester assise devant l’ordi sans être prise de nausée.

 

À Hoi An, au milieu de ma semaine de fièvre à vivre allongée. Je vous passe les blagues de Papa Écureuil sur le fait que je ne peux pas attraper la dengue puisque bien sûr je l’ai déjà, et autres petites attaques faciles…

 

Le 1er mai, après quatre jours à supporter mes couinements, Papa Écureuil finit par m’emmener dans un hôpital à Hoi An. Une blague, le truc. L’examen, une mascarade. Quelqu’un, qui ne se présente pas, je ne sais pas qui il est, me demande mon poids. J’aurais pu répondre n’importe quoi, voire ne pas répondre du tout, si j’étais dans mon état normal il verrait, nan mais il est qui lui d’abord, mais là non, c’est pas l’idée. Je ne suis pas en mental de combat. Là j’obéis, je fais tout ce qu’on me dit, j’ouvre la bouche et je fais aaah.

C’est Mickaël qui me chuchote :
– Nan mais le mec en baskets là, il arrive tout droit de son cours de tennis, c’est ça ? Ou c’est le gardien de l’hôpital ? Ils ont pris le mec qui parlait le mieux anglais parce que c’est lui qui redirige les touristes égarés dans la rue ?

 

Bon ben je sais pas. C’est vrai qu’on est le 1er mai, c’est férié, y’a pas de médecin. Pas d’infirmière pour une prise de sang qui, seule, permettrait de déterminer s’il y a dengue ou pas dengue.
Alors ce mec-là avec ses baskets qui s’est pas lavé les mains – en même temps pour juste jeter un coup d’œil dans ma gorge, c’est vrai que c’est pas la peine – c’est lui qui pose le diagnostic, sans autre examen. Que j’ai sûrement une infection virale, que c’est normal que ça dure sept jours, et que je vais certainement rester dans un état de « deep weakness » pendant quelques semaines. Que si j’arrive à manger un peu et à boire ça va, sinon il faudra perfuser.
Daz coo.

Sûrement une infection virale. La gueubla.
Il se trouve que ça fait dix jours que je traîne un herpès par-dessus ma fatigue, donc ça va, je sais que le virus est en moi. Mais là, ce que j’ai EN PLUS de l’herpès, ça peut être la grippe ou la dengue ou la goutte de Tata Colette, tu vois. On sait pas.

Mais quand même, moi je pense que c’est la dengue. Abattue par la fatigue je suis. Laminée.

 

Un arc-en-ciel incroyable, parfaitement circulaire autour du soleil, sur la plage de Da Nang. C’est le Marcass’ qui l’a vu en premier, et c’est personnellement la dernière chose que j’ai vue avant d’être saisie par la dengue fièvre.

 

Je repars de l’hôpital avec une demi-boîte de pastilles d’Efferalgan que j’ai du mal à avaler à cause de tout ce que je sais sur la contrefaçon de médicaments au Vietnam.
D’ailleurs, dans les conseils aux voyageurs, on vous dit partout que si vous avez un problème de santé au Vietnam, c’est plus prudent de prendre un vol direct pour Bangkok.

Bon, moi ça va aller la Thaïlande. Déjà je peux me lever maintenant, alors je vais gérer ma dengue toute seule.

En plus je lis Jack London en ce moment. Sa vie, son œuvre, son alcoolisme pas mal. Je lis ses récits de marin, ses découvertes, ses moments de bravoure, et aussi les épisodes dramatiques de malaria auxquels il a survécu, les abcès, les lésions purulentes… Ça me donne du courage. Je me dis que je ne suis qu’une petite joueuse.

Mais, pour la première fois depuis que nous sommes partis, attention ce que je vais dire, j’ai envie de rentrer à la maison.

 

Le genre de composition que fait la Petite Souris dès que le printemps revient dans le jardin (chez nous, juin 2018).

 

Mickaël pense que, au-delà de la dengue, je suis surmenée et qu’il faut que j’arrête le blog. Pas toute la vie – il n’est pas du genre excessif comme maintenant vous savez – mais mettre en pause le blog et prendre des vacances. Après les vôtres et avant celles qu’on accordera à nos babi. Quinze jours sans rien écrire, rien publier.

Dominée par la fièvre, j’ai agréé que oui, c’est ça qu’il faut faire, je ne vais plus écrire, jamais, je vais me reposer.

Je ne suis pas addict (maybe that’s a lie).

Mais maintenant que je peux de nouveau me tenir debout, et a fortiori assise devant l’ordi pour écrire un article, je me dis que c’est dommage quand même pour le Vietnam… Pourquoi ce pays serait-il puni et défavorisé par rapport aux autres ? Pourquoi serait-il ignoré ? Qu’a-t-il fait pour ça ?

 

Piste audio : K’s Choice, Not an addict, album « Paradise in me », 1996.

 

** Je voulais écrire « m’a tuer » bien sûr, mais j’arrive pas… C’est pour ça, moi je n’ai jamais cru à la culpabilité de Omar Raddad. Quand on écrit sans faute, on écrit sans faute, même quand on est en train de mourir !

 

*****

 

Et vous, avez-vous déjà été malade en voyage ? Comment vous êtes-vous soigné(e) ?

(Je veux dire VRAIMENT malade, pas la classique turista, un peu d’argile et ça va.)