Le Grand Lièvre a 8 ans !

Photo : Au lac de Huay Tueng Thao, près de Chiang Mai (Thaïlande, avril 2019).

 

Aujourd’hui, le Grand Lièvre a huit ans.

Nous fêterons son anniversaire tous les cinq. À Can Tho, au Vietnam. Ou peut-être à Da Nang.
Je lui ai demandé ce qu’il aimerait pour cette journée spéciale.
J’ai besoin de rien. Je voudrais juste UN GROS POULET ROTI FRANCAIS !

Malheureusement je ne pourrai pas lui offrir ça. Mais je sais qu’il va dire « c’est pas grave, maman », et que ce sera vraiment pas grave.

Lucien est un petit garçon doux et généreux qui sait voir le verre à moitié plein et le bon côté des gens, même quand parfois c’est difficile à trouver. Mais lui il trouve, parce qu’il aime les autres, le contact, le partage, et qu’il n’a pas envie de penser des choses tristes ou négatives sur les gens.

Je ne connais pas d’autre enfant qui soit si peu attaché à ses jouets, aux choses matérielles.

Même un truc qu’il adore, rien ne me vient en tête là tout de suite mais ça pourrait être son boomerang, s’il sent que ça fait envie à quelqu’un, il va lui donner sans hésiter un quart de seconde.
Parce que le début d’un sourire qui se dessine sur un visage ami lui apporte davantage que le plaisir qu’il aura à jouer tout seul. Ça semble un peu trop pralines et barbe à papa dit comme ça et pourtant : c’est ça Lulu.

 

Le fond d’écran de mon ordi depuis qu’on est partis en voyage. Quand j’ai une baisse de moral, je regarde cette photo de quand il avait huit mois et elle m’éclabousse de sa joie de vivre.

 

Sa sensibilité est telle, que je crois qu’il ne peut pas être heureux si quelqu’un est malheureux à côté de lui. Même si c’est son petit frère qu’on est en train de gronder parce qu’il l’a frappé ou griffé au sang. D’ailleurs, soit dit en passant, jamais je n’ai vu Lucien frapper son petit frère ou sa grande sœur. Embêter oui, plein ! Frapper, jamais.
C’est comme s’il se sentait responsable du bonheur des autres.

Quand il était tout petit, il me demandait tout le temps :
Toi es content maman ? Toi es content ?

 

Au Jardin botanique de Sydney, avec le ballon qu’on se traîne partout (Australie, février 2019).

 

Mais Lucien est aussi un enfant vif et extraverti, qui aime courir, sauter, bouger, rire, jouer…
Son imagination est riche et il ne se sent jamais aussi bien que lorsqu’il joue dehors, au grand air, à construire des trucs et inventer des histoires.

À la maison, dans la vie de quand on n’est pas en voyage autour du monde, quand on rentre de l’école, Garance et Marcel rentrent pour prendre le goûter dans la cuisine. Ils se lavent les mains, puis ils s’assoient à table et me racontent leur journée, ce qu’a dit la maîtresse (et qu’on ne peut pas contredire), ce qu’ils ont aimé, ce qu’ils ont détesté, et qu’est-ce que je suis en train de préparer à dîner pour le soir.
Lu, c’est pas son problème tout ça. Il demandera ce qu’on mange quand il sera devant son assiette. En attendant, je lui sers son goûter dehors et il reste tout seul à taper dans le ballon, ramasser des bouts de bois, aligner des cailloux, mener sa double vie après l’effort inimaginable que ça a dû lui demander de rester assis en classe toute la journée et de lever le doigt pour parler.

 

Dans la grotte du temple de Tham Khao Luang, au sud de Bangkok (Thaïlande, février 2019).

 

Enfin, Lucien est taquin. Taquin au-delà de ce qu’on peut supporter parfois. Il aime embêter parce qu’il cherche le jeu, le contact encore une fois, au risque de se faire rembarrer.

Il y a une chanson qui caractérise vraiment ce côté de Lu, et que personne ne peut écouter chez nous sans penser à lui parce que c’est : la chanson de Lulu. Je la partage avec vous ici.

 

Piste audio : Zut, La balade du moustique, album « Chansons pour faire la fête », 2000.

 

Je dis souvent de Lu que je ne peux pas trouver quelqu’un d’aussi énervant et attachant à la fois.
– À part toi, dit Papa Écureuil.
Admettons. À part moi. C’est pour ça, sans doute, que c’est aussi fusionnel entre lui et moi. Tellement il m’énerve et tellement je l’aime.

Et comme je suis si proche de lui, je le devine sans qu’il ne dise rien, je sais ce qu’il y a dans sa tête. Enfin, pas tout, parce qu’ils sont plusieurs dedans. C’est pour ça qu’il parle tout le temps, il en a jamais marre de parler. C’est parce que c’est pas toujours la même personne (qui parle).

Pareil quand tu lui as dit des milliers de fois un truc et qu’il réagit d’un coup avec indignation et stupéfaction comme si c’était carrément la première fois de sa vie qu’il entendait ça. Laver ses mains. Mettre son slip au sale. C’est parce que c’est à un autre dans sa tête que tu as parlé. C’est pour ça.

 

Parfois il en a marre des contraintes des adultes qui pèsent sur sa vie… À Chiang Rai, au temple Wat Phra Singh (Thaïlande, avril 2019).

 

J’ai l’air de me moquer mais c’est pas facile d’être autant pour lui non plus. Souvent il se sent incompris. Il en a marre de tout. Il va partir. Et je suis la pire maman du monde.

Je devrais même pas répondre à ce genre d’attaque, je sais.

Mais justement, comme c’est avec lui, j’arrive pas. Il faut qu’on s’affronte.
Je le défie de trouver une autre maman qui le laissera manger avec ses doigts tout le temps. Marcher pieds nus, faire du vélo sans casque (on n’a même pas de casque chez nous), ne pas se laver pendant plusieurs jours, ni même les dents, ne pas l’obliger à faire ses devoirs pour l’école, voire, si vraiment un matin il n’a pas envie d’y aller, faire une journée cadeau*.

Ou bien encore, une autre maman qui le laissera passer les quatre cinquièmes de son temps éveillé avec les doigts dans le nez.
Tout ça, et plusse encore.
Mais il me rétorque que SI, qu’il va très bien trouver. Très facilement même. Extrêmement facilement, il me signale.
Et puis le soir, quand il va se coucher, il me serre et il dit qu’il ne veut jamais changer de maman. Que c’est pas grave, qu’il peut se laver les mains. Ouf alors.

 

Lucien à six ans, sur une plage je ne sais plus où, en vacances sur l’île d’Oléron (août 2017). J’aime bien cette photo. Mais c’est un moment où il était incompris, je pense qu’il voulait certainement changer de maman…

 

* « Faire une journée cadeau », c’est l’expression que j’ai inventée pour dire : ce matin c’est trop dur, ça va pas, j’ai pas le moral, je veux pas aller à l’école. Alors je les garde avec moi.
Un cas d’urgence, exceptionnel, un joker auquel ils ont droit, chacun, deux jours par an.
Surtout qu’une journée cadeau pour eux, sans école, ça n’en fait pas une journée cadeau pour moi… ni à vivre, ni au moment délicat où j’explique à la maîtresse que, non, ce matin non, parce que c’est vraiment vraiment trop dur. J’ai une maman instit’, je peux parfaitement imaginer ce que l’enseignant(e) se dit, je peux entendre mes mots depuis sa place, avec son cerveau, et je ne suis pas à l’aise. Tout le temps où je parle, je pense à ce petit livre jeunesse : Joker, de Susie Morgenstern. Pour me convaincre que ce n’est pas « mal », que je ne suis pas une mauvaise maman. Qu’écouter mon enfant est plus important que l’opinion que la maîtresse va se faire de moi.
Ben c’est pas si facile (sûrement à cause de ma mère).

 

Famille de coquillages à Moorea (Polynésie Française, janvier 2019).

 

Voilà comment est le p’tit Lu.

Si t’es jamais allé(e) au Québec, si t’as encore jamais rencontré quelqu’un de profondément gentil, viens partager un poulet rôti avec Lulu. Il te laissera le sot-l’y-laisse. Pas qu’il soit sot mais souvent gentil passe pour sot.
C’est pour ça que je m’inquiète tellement aussi.

Parce que je sais, exactement, comment c’est dans son cœur.
Et je sais trop comment est le monde. Le précipice entre les deux.

Ou alors il faudrait qu’il aille vivre au Canada, là où vivent les gens comme lui qui s’excusent quand tu leur marches sur les pieds**. Mais je veux pas qu’il parte si loin de moi…

** Je croyais que ce n’était qu’une blague dans un épisode de HIMYM, mais apparemment non. Édith, que j’ai rencontrée au Laos, confirme : les Canadiens anglophones SONT comme ça. En vrai.

 

Le Grand Lièvre en un mot : GÉNÉROSITÉ.

 

ΞΞΞΞΞ  Et petit tour en photos  ΞΞΞΞΞ 

 

25 avril 2011. Lucien est né.

 

Le p’tit Lu, quelques heures après sa naissance.

 

Quand Lucien est né, c’est un puits de lumière qui est entré dans ma vie. Un cadeau, un trésor. Je le regarde dormir, et dès qu’il ouvre les yeux, il sourit. À moi, son papa, sa grande sœur. Au monde.
Tout de suite, on l’appelle le p’tit Lu. Garance dit « mon Lu ». Lulu viendra bien plus tard.
Personne ne dit Lucien mais son prénom brille en lui comme un soleil.

 

2012. Lucien a un an.

 

Août 2012, à la maison. Lucien a 15 mois. On l’appelle Ludzilla…

 

Comme Garance avant lui, je le porte en écharpe sur le dos jusqu’à ce qu’il marche, peu de temps avant cette photo.
Lucien est un bébé souriant, heureux de tout, qui ne se plaint jamais – malgré les moments douloureux qui ont suivi l’opération de son arthrite du coude, avec toutes les prises de sang et les médicaments qui l’ont rendu malade.
Il aime faire des blagues, construire, et encore plus démolir des trucs…

 

2013. Lucien a deux ans.

 

Avril 2013, dans le jardin. Lucien a deux ans.

 

Tout petit déjà, Lucien cherche le contact, le sourire, les échanges. Il parle bien.
C’est la période où, quand des amis viennent à la maison, il ne se souvient du prénom que de mes copains hommes, pas de mes copines à qui il dit bonjour mais c’est à peu près tout…
Arnaud, Mathias, Fabien, Fred, Olivier, Michel… il monte sur leurs genoux, il leur raconte des trucs de sa vie, ou il apporte un ballon pour jouer.
Sur la photo, on voit bien qu’il n’est pas en bonne santé. Le teint blanc, les yeux cernés rouges, deux ans, c’est le moment des allergies au lait, puis au gluten.

 

2014. Lucien a trois ans.

 

Juin 2014. Lucien a un tout petit peu plus de trois ans. Une sortie pique-nique en famille, tous les cinq.

 

Les livres qui racontent le développement de l’enfant parlent souvent du « terrible two », cette période pas facile pour les parents, autour des deux ans, quand l’enfant commence à s’opposer. Nous ne l’avons pas vécu avec Garance, ni vraiment avec Lucien à la naissance de son petit frère… c’est venu plus tard ! Quand Marcel a commencé à avoir des problèmes de santé à l’automne 2013, et le moment où il a été hospitalisé notamment, ont marqué le début d’une année et demie, presque deux ans, très difficiles pour Lucien (et donc pour moi !  🙁 ).
Je trouve que ça se voit sur la photo. Il porte sur lui qu’il était malheureux.

 

2015. Lucien a quatre ans.

 

Mai 2015, un matin chez la chouette. Lucien a quatre ans. J’adore cette photo. Pourtant elle est mal cadrée, avec du flou devant et la bouteille en plastique moche à gauche, n’empêche je l’adore.

 

Lucien défronce les sourcils, il va mieux. On le retrouve comme il était quand il était bébé : gentil et câlin, drôle et maladroit, avec un côté Pierre Richard que ne renie pas Papa Écureuil.
– J’étais comme ça quand j’étais petit !
« Comme ça » veut dire aussi : dans son monde de bignons. Chez nous on dit « hou-wah », mais c’est complètement impossible de vous expliquer ça par écrit ! 😉

Quatre ans pour Lucien, c’est aussi les premières lunettes. Il y en aura beaucoup d’autres après. Plusieurs paires par an. C’est pas comme si mon seul enfant à lunettes était AUSSI mon enfant le plus soigneux. Non. Le moins. La vie est facétieuse.

 

2016. Lucien a cinq ans.

 

Août 2016. Lucien a un peu plus de cinq ans. En vacances à Sifnos, en Grèce. Dont il se souvient, aujourd’hui encore, de toutes les villes : Vathi, Kamarès, Apollonia…

 

Lucien aime le foot, les Legos et les superhéros. Il vit comme un grand soulagement que Marcel entre à la maternelle et ne reste plus toute la journée à la maison avec moi.
Il est maintenant en grande section, parmi les grands de l’école, et je sens que ce sentiment d’être plus autonome est important pour lui. Ses copains aussi comptent énormément dans son besoin d’être entouré et aimé.

 

2017. Lucien a six ans.

 

Avril 2017. Lucien au matin de ses six ans. Il adore les histoires d’Astérix que lui lit son papa. Pour son anniversaire, je lui offre les tomes qu’il manque à la collection de Mickaël petit… sans imaginer un seul instant qu’il apprendra à lire tout seul avec ces albums, l’été qui précède la rentrée au CP !

 

En quête de plus de liberté et de choses « de grand », Lucien aime qu’on partage des moments seuls avec lui et Garance, sans son petit frère. Aller au cinéma, faire du vélo, se coucher plus tard… Ça ne l’empêche pas de beaucoup jouer avec Marcel à d’autres moments.

L’été 2017, qui précède la rentrée au CP pour Lucien, je les vois souvent tous les deux penchés sur des albums d’Astérix. Quand je passe à côté d’eux, j’entends que Lu raconte l’histoire à Marcel. Je pense qu’il invente à partir des images, ou bien qu’il se souvient de certaines répliques qu’on lui a lues par cœur. Et puis un jour j’écoute plus attentivement et je vois qu’il ne brode pas du tout, IL LIT VRAIMENT à son petit frère !
Je ne sais pas comment il a appris à lire tout seul. Certains enfants font ça. C’est un mystère.

 

2018. Lucien a sept ans.

 

Mai 2018. Lucien a sept ans. « Avec le chapeau de Luffy », me dit-il (mais en vrai, de son papa).

 

Lucien a toujours un besoin physique intense de mouvement, mais la lecture lui a ouvert des portes et une autre façon de s’évader. Il se passionne pour plein de sujets : les dinosaures, l’astronomie, le feu, les pôles, les volcans, les cartes géographiques, les pirates…
Il rêve de faire du foot aussi. Depuis bien deux ans déjà. Il s’entraîne tout seul dehors…
J’ai promis pour après le voyage.

 

Aujourd’hui, en 2019.

 

Aujourd’hui, 25 avril 2019. Nous sommes finalement à Da Nang au Vietnam.

 

Lucien grandit, il apprend. Il y a toujours des moments où il fronce très fort les sourcils pour nous signifier qu’il n’est pas content – on a dû entraver sa liberté d’une façon ou d’une autre – mais ça ne dure jamais longtemps. Il sait que sinon il va perdre ses cheveux…

Vous lisez ses billets dans Le vagissement du Grand Lièvre.
Et le voyage lui permet de vivre la vie d’aventurier à laquelle il aspire si fort.

 

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Et vous, sentez-vous que vous avez moins de patience avec l’enfant qui vous ressemble le plus à l’intérieur ?

Et inversement, plus de patience avec l’enfant qui ressemble le plus à la personne avec qui vous vivez ?