Prends l’avion avec maman Ourse !

Photo : Une araignée de notre jardin (août 2018).

Par Papa Écureuil en Nouvelle-Zélande.

 

Peut-être aviez-vous suivi la préparation des bagages avec maman Ourse ?
L’avion c’est pire. Ou pas. J’hésite.

Qui prend l’avion avec Audrey aura la chance (?) de la voir révéler son véritable visage de rebelle vis-à-vis des autorités et de la loi. Des contraintes qu’on lui impose en général.

De mon côté, il faut également que je précise : je suis toujours un peu tendu de passer les contrôles de sécurité, et les jours de départ en général. Une appréhension de rater le vol d’une manière ou d’une autre. Mais vivre cette expérience en passant la frontière néo-zélandaise a apporté un piquant supplémentaire…

 
Le contrôle de sécurité et l’interdiction de la bouteille d’eau

Par où commencer ?

Déjà, Audrey déteste être privée d’eau. En fait, elle déteste tellement ça qu’elle ne supporte pas l’idée même d’être privée d’eau. Rien que de penser qu’elle va prendre l’avion, elle fulmine à l’avance de l’inéluctable interdiction.
Quand arrive le contrôle de sécurité, elle ne peut s’empêcher de garder sa bouteille d’eau jusqu’au dernier moment. Pour certains, le dernier moment serait l’arrivée à l’aéroport, ou bien l’entrée dans le terminal. Pour d’autres encore, ce serait la poubelle mise à disposition à côté des panneaux qui rappellent que transporter une bouteille d’eau est INTERDIT.
Mais pas pour Audrey, non.

Pour Audrey, le dernier moment est celui où une personne du contrôle de sécurité va venir lui rappeler la règle, à elle personnellement, et lui demandera de bien vouloir mettre sa bouteille à la poubelle.

Bien sûr, dans ces cas-là, elle prend son air pincé, elle ouvre sa bouteille pour boire une dernière fois, demande très fort à chaque babi et à moi si on veut de l’eau, parce que c’est quand même un comble de jeter de l’eau, et tout ça en faisant traîner au maximum pour bien montrer que oui ça la fait ch… de devoir jeter sa bouteille.

 

En même temps, je l’ai toujours connue comme ça. Dans l’angoisse de manquer d’eau. Le pire c’est quand on est partis au Cambodge. Là elle partait en mission pour aller chercher de l’eau, une bouteille à la main (Otres Beach, Cambodge, février 2010).

 

Et la scène à l’aéroport, c’est comme ça à chaque fois.

Vous devriez voir son air triomphant quand, de temps en temps, la bouteille échappe à la vigilance du personnel, et qu’elle peut garder sa précieuse bouteille ! (Aux trois quarts vide car forcément, en anticipation du contrôle de sécurité, elle a pris les devants et bu le plus possible, qu’elle ait soif ou non, car là n’est pas la question.)

 
Le contrôle d’identité à la frontière

Deuxième point de friction, la vérification des passeports.

Audrey déteste attendre (mais qui aime ça ?). Et elle ne peut s’empêcher de s’agacer de devoir faire la queue au contrôle d’identité à la frontière. Le temps d’attente lui permet de tranquillement monter en pression et, quand arrive enfin le moment de donner nos passeports aux agents, elle est généralement bien énervée et soit le montre en faisant un sourire forcé sarcastique, soit ne fait aucun effort pour montrer son visage.

Je pense que j’ai eu droit au summum pour la Nouvelle Zélande où elle était occupée à envoyer un sms à quelqu’un pendant qu’on vérifiait son passeport, et donc gardait la tête volontairement baissée sur son téléphone, avec moi tendu comme un string à côté à cause de tout ce qui nous attendait (je vais y venir), et qui essayais de lui dire de la façon la plus douce possible : « Tu devrais relever la tête maintenant, peut-être que ce texto peut attendre… ? ».
On en a rigolé après, mais pas sur le moment. Pas du tout.

 

Bon, elle a quand même pas fait ça à Christchurch mais c’est ce que ça voulait dire !
 
Et la spécificité de la Nouvelle Zélande alors ?

Dans l’avion pour la Nouvelle-Zélande donc, on nous distribue des formulaires à remplir en perspective de l’entrée sur le territoire néo-zélandais. Ils sont assez poussés par rapport à d’autres pays – je commence à être rodé maintenant vu que c’est systématiquement moi qui me tape les cinq questionnaires à remplir. Bref.

Il y a surtout des questions demandant si on rapporte de la nourriture. Nous avons nos restes du campervan de l’Australie dans les bagages en soute, des graines (on a encore deux paquets de mélange de graines bio qu’on se trimballe depuis deux mois, si, si, ça fait partie des points de friction…).
D’autres questions demandent si on a été en contact avec des animaux exceptés chiens et chats (vous qui suivez notre blog, vous savez et avez vu que oui !).
Et d’autres questions encore demandent si on a fait des randonnées dans la nature (la réponse est oui), si on a visité des fermes (oui), et dans quels pays nous étions pendant les quatre dernières semaines (Indonésie et Australie donc).

Il est bien mentionné en caractères gras que si nous répondons oui à au moins l’une de ces questions, il faut impérativement en parler à un agent des frontières.

Après concertation de couple, et bien que ça me pose des problèmes de conscience, nous décidons de répondre non à tout, sauf pour la nourriture car nous en avons vraiment trop dans les sacs (genre Vegemite. Weetabix (mais pourquoi ??!!). Chocolat. Graines en tout genre).

 

C’est la forme péremptoire qui choque : Déclarez ou jetez tout. C’est la loi en Nouvelle-Zélande. Et point.

 

Je précise que quand nous atterrissons à Christchurch, il est minuit passé et que les enfants (enfin Marcel) sont (est) fatigués. Marcel a mal aux oreilles à cause de la décompression et il est borderline pour partir en live depuis la phase descente de l’avion. Audrey aussi est fatiguée, et limite. Limite limite pour un double live. Comment je le sais ? Car elle a menacé Marcel de lui « balancer son verre d’eau à la face s’il n’arrête pas de geindre ».

Je lui fais remarquer que sa phrase a peu de chance d’aider à la situation. Mais bon. Quand elle est comme ça (limite), ça change rien.

À la sortie de l’avion, comme nous marchons dans l’aérogare, nous voyons marqué partout : « 400 $ immediate fine for any food brought on NZ soil » (400 $ d’amende pour toute nourriture entrée en Nouvelle-Zélande).
Ou bien : « Last rubbish before border control » (dernière poubelle avant le contrôle de la douane aux frontières).
Ou bien encore : « Last chance to declare, dispose or pay 400 $ ! » (dernier moment pour déclarer ce que vous avez, jeter ou payer 400 $ !).

 Et on voit que toutes les personnes qui ont de la nourriture devant nous la jettent consciencieusement à la poubelle. Gloups. Là moi je serais prêt à tout jeter, mais c’est mal connaître Audrey. On décide de ne rien jeter car de toute façon on a coché qu’on a de la nourriture sur le questionnaire alors on se dit qu’on va quand même avoir le droit de s’expliquer auprès de quelqu’un (ou d’appeler son avocat) à un moment donné.

 

Difficile de faire comme si on ne savait pas…

 

Après le fameux contrôle d’identité que j’ai décrit ci-dessus, nous récupérons nos bagages et nous nous mettons dans la queue pour le dernier contrôle. Celui des douanes et du Questionnaire.

Il faut préciser que tout se passe de façon très efficace. On vous racontera sûrement ça plus tard mais la Nouvelle Zélande est un pays bien ordonné et bien propre : c’est la Suisse de l’hémisphère Sud…
Nous nous retrouvons donc assez vite devant un agent de la douane des frontières qui analyse notre questionnaire et nous pose encore d’autres questions auxquelles nous répondons aussi fluently que possible :

– Avez-vous rapporté des objets en bois de Bali ?
Non.

– Avez-vous touché des animaux en Australie ?
Noon. (Hum.)

– Avez-vous des traces de terre sous vos semelles ?
Euh… Lu, montre tes semelles au monsieur, vite !
Non. (Ouf.)

– Qu’est-ce que vous avez comme nourriture ?
Moi : Do you know Tic-Tac ? Et des biscuits pour les enfants, des graines aussi, des graines à manger, et puis…

– Avez-vous des fruits ou légumes frais ?
Moi : Ah non, ça non, quand même.

– Are you sure ?
Moi : Euh… yes yes !

– Et du miel ? Vous en avez du miel ?
Audrey : Mais non ! But maple syrup maybe.

– It’s ok, maple sirup. Vegemite as well, yes yes.
(Oui c’est ok apparemment pour les deux. Mais pas le miel. Surtout pas le miel.)

– Rien d’autre ?
Nous deux ensemble : ben non…

– Are you absolutely sure ? Be careful…

Bon, là ça commence à devenir flippant. Audrey toujours sur son portable avec ses sms, moi je réponds non non, c’est bon là, on a tout dit, et le monsieur nous fait signe d’avancer dans la file numéro 3.

– Et bon séjour en Nouvelle Zélande !

 

MAIS C’EST PAS FINI.

Nous nous engageons donc dans la file numéro 3 et Audrey se rend compte un peu plus loin qu’ils passent TOUS les sacs dans une machine à rayons X pour en vérifier le contenu. Pour vérifier si ce qu’on a déclaré est vrai.
C’est à ce moment qu’elle lâche son téléphone et me demande de m’arrêter car elle doit « vérifier un truc ». Elle ouvre alors un de nos sacs et en sort… un citron qu’elle avait planqué sans me le dire !!! P… ! 400 $ le citron ! Je suis scotché.

Audrey bouge, retourne voir la personne auprès de qui nous avons fait le premier contrôle pour lui dire qu’on vient juste de se souvenir que oui… en fait… finalement… on a un citron. Là le mec arrête tout ce qu’il est en train de faire avec les autres gens dans la file, il lui dit :

« What ?? You have a lemon, you say ? And you are still in the queue ? No no no, MOVE ! Move quickly to the other one (number 4), quick, move NOW ! ».

Là on a le cœur qui bat, on se retrouve à courir pour aller dans l’autre file : celle de la fouille complète des sacs par un autre agent de la douane des frontières qui va tout regarder en détail et nous reposer les mêmes questions, en insistant encore : Are you absolutely sure ?
Et on sent de plus en plus qu’une seule mauvaise réponse pourrait nous coûter très cher…

 

Notre arrivée ans la nuit à l’aéroport de Christchurch (Nouvelle-Zélande, décembre 2018). Première queue au contrôle des frontières, avant l’histoire du citron…

 

Nous repassons la fouille et l’interrogatoire, nous en ressortons allégés d’un p… de citron qui aurait pu nous coûter 400 $, et nous nous retrouvons de nouveau dans la file de la machine à rayons X parce que, quand même, ce serait dommage de rater ça.
Nous mettons donc tous nos sacs dans la machine, et bien sûr l’un d’entre eux est suspect.
Une personne du contrôle de sécurité vient me voir et me dit qu’il va devoir écarter ce sac et le vider complètement, et qu’à aucun moment nous n’avons le droit de toucher quoi que ce soit.

C’est à cet instant précis que les oreilles de Marcel se rappellent à lui (et à nous). Il se met donc à hurler qu’il a mal, qu’il en a marre et qu’il veut dormir.

Il est une heure et quelque du matin. Et Marcel va hurler comme ça, comme il sait faire, pendant toute la durée de la fouille qui va suivre…

Le troisième interrogatoire commence avec les échanges suivants :

– Êtes vous bien celui à qui le bagage appartient ?
Je suis tenté de lui montrer Marcel en lui disant que c’est le sien mais la tension de la situation (ainsi que la raison) me retiennent. Je réponds affirmativement.

– Avez-vous personnellement préparé et fermé vous-même ce bagage ?
Gloups. Oui. La tension monte.

Et là il se met à tout fouiller méthodiquement, ouvrir les trousses de toilettes, sortir nos affaires une par une, la cup d’Audrey et tout, pendant qu’on essaye de lui rappeler qu’on est passés par la file numéro 4, qu’on a déjà tout avoué, avec force maple syrup, cookies et « do you know Tic-Tac ? » pour lui prouver notre bonne foi.
Mais le mec est imperturbable. Professionnel. He’s doing his job.
Arrive le moment surréaliste où il tombe sur le paquet d’argile verte en poudre.

Parce que, sur les conseils de sa copine Adeline, Audrey est partie avec 1 kg d’argile verte en poudre pour soigner les bobos divers. La diarrhée surtout, les infections intestinales, les coupures, les égratignures…

Bref. Il faut vous imaginer ce kilo de poudre fine suspecte comprimée dans un sachet Ziploc au fond du sac au milieu de nos sous-vêtements.
Audrey et moi on se regarde, on a l’impression d’être dans The Wire ou dans Narcos. L’argile. On avait oublié l’argile. Parce que depuis le début du voyage, on ne l’a pas utilisée une seule fois (merci Adeline !).

 

Voilà le kilo de poudre…

 

Moi, à Audrey : Merde comment on dit argile en anglais ??
Elle bloque, pas de réponse. Je tente un truc :

– Do you know argeaïle, sir ? To cure, to cure the children…

Mais il ne répond même pas. En fait il s’en fiche le mec. Car il ne travaille pas à la brigade anti-drogue mais à la brigade néo-zélandaise anti-fruits qui viennent d’ailleurs.
Et donc il continue à chercher.

– Do you have fruit ? Do you have honey ?
No no no, not honey but maple syrup you know, and Tic-Tac also, but we have already said that…

– Do you have Tiger balm ?

Du baume du Tigre ? Et moi qui ne me souviens plus si on en a emmené ou pas au final car on s’était posé la question de oui ou non. Je regarde Audrey pour qu’elle réponde, et elle répond :

– Not Tiger balm. Ayurvedic balm. You know, ayurvedic balm ?

La scène continue sur chacun de nos objets jusqu’à vidage total du sac et satisfaction du travail accompli de l’agent, sans autre conséquence pour nous que de devoir refaire le sac avec Marcel qui hurle toujours qu’il en a marre dans mes bras.
Car, à part ce citron planqué, nous n’avions rien d’autre d’interdit. En fait.

 

Nous avons donc pu enfin sortir du terminal, retirer du cash, acheter une carte SIM locale, héler un taxi, trouver notre campement, et nous coucher entre 2h30 et 3h du matin avec le réveil réglé sur 9h car le check out c’est 10h du mat’ dans ce pays. Si.