Trógontas stin Elláda

Photo : Le dakos d’Arnaud. C’est comme une salade grecque si tu préfères, sauf que c’est crétois et qu’il doit absolument y avoir un morceau de pain sec très dur ou une biscotte épaisse à la farine d’orge (qui s’appelle le paximadi).
Merci à Louise Duceux-Vallée, 12 ans, pour le flou artistique de la photo (Sifnos, août 2020). 

Manger en Grèce

 

En grec, manger se dit « tróo ».

Je ne vais pas vous brosser ici un panorama complet de la cuisine grecque comme je me suis efforcée de le faire quand j’étais en voyage pour la street food, manger en Asie ou manger en Océanie.
Non. Comme je vous le disais par là, je suis EN VACANCES !

Cet article n’a donc pas d’ambition autre que celle, délicieuse, de nous rappeler de quoi nous nourrissons nos corps avec volupté chaque jour de ces vacances. Sans lassitude aucune pour les quatre belles personnes qui m’entourent et m’entraînent (à voir du bonheur dans le quotidien).

Nous mangeons en horaires largement décalés – surtout pour des Danois, des Québécois ou des Savoyards (au hasard). J’entends par là que les babi petit-déjeunent entre 10h et 11h le matin, nous déjeunons ensuite tous ensemble vers 14h30 et dînons autour de 21h plusse.

 

L’exception des vacances : le seul et unique soir, à Artémonas, où on a dîné assez tôt pour avoir besoin de lunettes de soleil devant la lumière qui décline sur une vue magnifique. Et je ne parle pas d’Arnaud en face de moi (et Maud à côté de moi). Mais retiens ça pour la suite – Arnaud, en face.
 
Intro perso (qui n’a rien à voir avec la suite)

Il y a longtemps, très longtemps, j’ai fait un road trip dans le Péloponnèse. Je vous recommande particulièrement le Magne qui est un des plus beaux paysages sauvages que j’ai vus de ma vie (mais c’était avant notre voyage de tour-du-monde-mais-pas-quand-même-du-monde-entier).

Je n’ai jamais été une mangeuse de viande, c’est le moins qu’on puisse dire. Déjà à dix-huit mois je n’aimais pas ça, raconte ma maman. À l’époque de mon road trip dans le Péloponnèse, je sortais de huit ans de végétarisme strict, et pourtant, je n’ai jamais autant apprécié la viande qu’en Grèce. Parce qu’ici elle est mijotée avec autre chose (des herbes fraîches, des légumes) et très très souvent cuisinée avec du citron.

Pour les lemon lovers comme moi qui ne supportent pas la vue d’une entrecôte, ça change tout !

Dans les Cyclades je n’en trouve pas sur la carte des tavernes, mais je garde des keftédès un souvenir étonné et réjoui – je suis toujours étonnée et réjouie quand je réussis à aimer un peu la viande. Les keftédès sont des boulettes de viande hachée cuisinées avec de la menthe, de l’origan et du citron dedans. C’est vraiment bon. Trust me.

Il y a maintenant vingt ans longtemps, très longtemps, une vieille Grecque auprès de qui j’avais tellement insisté (déjà) a fini par accepter de me livrer sa recette familiale de keftédès, roborative mais approximative, sans aucune quantité précise. Eh bien devine quoi ? Je n’ai jamais osé me lancer. Il y a des choses comme ça. Entre la peur d’être déçue et le vertige de trop aimer… Je garde le papier dans un tiroir. Le jour où je vais sauter le pas, crois-moi, ça va être un éblouissement. Et je m’en voudrai d’avoir tant attendu, tout ce temps perdu à ne faire qu’y penser et ne même pas essayer, quel dommage.
Ou pas.

 

Bah non c’est pas des keftédès, t’as vu. C’est du poisson grillé de Chéronissos. Rapport aux Cyclades 2020, pas au Péloponnèse ****. Dans la soucoupe en céramique de Sifnos, un mélange d’huile d’olive grecque et de jus de citron. Et si tu veux, tu peux ajouter encore du citron par-dessus. Enfin c’est pas obligé, sinon tu peux me le laisser…

 

Le poisson frais grillé au bord de la mer, c’est bon. C’est « TROP » bon, gémissent les babi qui sont tous les trois au bord de l’extase et que je dois tirer par le maillot pour leur rappeler que, moi aussi, je veux mon plaisir de joues.
« Les joues, dit la Petite Souris qui a tout compris, c’est le sot-l’y-laisse du poisson ».

Et, de fait, ils dépècent le poisson l’un après l’autre comme ils le font avec la carcasse du poulet.
C’est toujours Mickaël qui lève les filets de poisson, au resto comme à la maison – je ne sais plus si je l’ai dit dans mon article Une affaire de mec. Il est minutieux, il fait ça très bien. J’aime sa précision et l’application qu’il met à faire les choses, même petites. Posément, patiemment.
Ensuite, quand il ne reste plus que le squelette d’arêtes, c’est la foire d’empoigne pour les babi. On quitte le monde de la civilisation. Ils farfouillent à pleines mains dans la tête du poisson et ils engloutissent tout, les babines luisantes et les yeux brillants. Encore quand Maud était là, ils se retenaient un peu, je voyais bien – sinon elle aurait fait une syncope. C’est mon amie précieuse, elle ne fait pas pipi dans la mer et elle mange son croissant avec fourchette et couteau.
La grande classe.

En face, des sauvages. Sa Majesté des Mouches. Ils ne laissent dans l’assiette que les yeux ronds du poisson, c’est la dernière barrière. Et même celle-là, je sens qu’elle est près de sauter bientôt. Ils la frôlent l’air de rien, ils jouent avec, ils roulent un œil près de leur bouche… Je ne sais lequel des trois franchira le premier la ligne non autorisée. Vraiment, c’est troublant, mais je n’arrive pas à savoir.
Je devrais peut-être le faire la première, coucher la barrière, ouvrir le chemin. Mais ça me dit rien…

 

Le Marcass’, déjeuner à Chéronissos. Dans une main l’œil du poisson, dans l’autre la cavité oculaire et la tête écrasée. Ami(e)s véganes, pardon…
 
Le spot des vacances (qui a tout à voir avec la suite)

Le Tsikali est, très loin devant les autres, notre resto préféré à Vathi et sur toute l’île de Sifnos. C’était déjà le cas il y a quatre ans, lorsque nous sommes venus pour la première fois dans ce petit coin de paradis.

Parce que j’adore les yeux qui sourient tout le temps du serveur qui s’appelle Dimitri, qui a exactement le même rire bien sonore que Joey Tribbiani dans Friends, qui est aussi le fils de la maison, le petit-fils de la grand-mère qui nous régale de ses recettes secrètes traditionnelles, et surtout, qui m’a dit qu’il se souvient de moi il y a quatre ans.

Parce que tout est frais et fait maison et que c’est très bon.

Parce que la cuisine y est simple et familiale, et que l’accueil aussi est simple et chaleureux (surtout avec le serveur qui s’appelle Dimitri, sourit avec ses yeux et s’occupe toujours de notre table).

Parce qu’il se trouve que c’est aussi le resto préféré d’Arnaud & Maud, les amis avec qui nous sommes partis en vacances, et de tous nos enfants ensemble et séparément.
Et que, accessoirement, au Tsikali tu dînes sur la plus jolie petite plage de la baie de Vathi, à un mètre du clapotis des vagues, les pieds dans le sable et le vent de la mer dans les cheveux.

 

Le Tsikali, notre cantine de la baie de Vathi, au sud-ouest de l’île de Sifnos. J’ai pris la photo dans l’eau mais je pouvais pas avancer trop loin dans la mer avec mon appareil photo. Là c’est le matin, quand il n’y a encore personne, sinon c’est toujours plein. Et tu vois le bel homme debout dans l’ombre ? C’est Dimitri…

 

Attends, coïncidence de ouf en direct de la terrasse de notre loc’, où je suis présentement en train de terminer ce paragraphe sur le Tsikali :

– On mange où ce soir ? (demande la Petite Souris qui commence à avoir faim)
– Bah au Tsikali ! (répondent les garçons d’une seule voix)

Alors on ne dîne pas au resto tous les soirs, hein. Tu peux voir une photo ici, quand les enfants mangent avec des petites cuillères parce qu’on n’a pas assez de fourchettes, à six par terre dans la cuisine entre les trois lits des babi (l’appartement est petit, il n’y a qu’une chambre, et clairement elle est pour nous, parents).
Mais si on va au resto, tu peux être sûr(e) que trois fois sur quatre, tu nous trouves au Tsikali. Ce que je ne ferais jamais en France car refus de la routine, curiosité d’essayer. Mais il y a des yeux qui sourient tout le temps dont tu ne te lasses pas c’est les vacances !  🙂

 

Voilà c’est lui… c’est Dimitri devant le Tsikali !

 

Je vous fais un cadeau là. Un gros gros cadeau. Parce que vous n’imaginez pas comme j’ai pris sur moi pour oser demander cette photo. Et ça m’a rappelé qu’il y a quatre ans aussi, j’avais dû combattre la même brusque et incompréhensible timidité que distille la présence autour de toi des êtres que tu trouves beaux…

 

Quatre ans auparavant, presque les mêmes devant le Tsikali (Sifnos, août 2016). Franchement, il a pas changé hein ? Ou bien il est devenu encore plus beau, je crois c’est ça, avec ses yeux qui font des petits plis là…
 
Les mezedes à partager

Tzatziki (du Tsikali)

Dois-je vous rappeler que le tzatziki consiste en du yaourt grec épais mélangé à du concombre râpé et de l’ail pilé, du sel, de l’huile d’olive et de l’aneth frais ? Ça y est, c’est rappelé.

Ici le tzatziki est solidement aillé, et c’est ça qui est bon. Parce que le concombre sinon, non. Enfin les babi si, tous les trois, ils kiffent. Ils le mangent comme ça nature, même pas coupé, comme une banane si tu veux – quoiqu’ils ne mangent pas de bananes, aucun des trois – alors disons plutôt, comme de la pastèque, brute, à la mano.
Mais moi ce que j’éprouve pour le concombre tu vois, c’est… comment dire ? Concombre, pastèque, radis roses en botte : même combat. Sauve le tzatziki du Tsikali, la salade de radis à la Ottolenghi, et la salade de pastèque et feta du même Ottolenghi. (Bis. Deviens fan de Yotam toi aussi.)

Le reste, laisse tomber. Abandonne-le sans regret avec les cœurs de palmier et la stévia aux petites meufs qui préparent leur body summer. (Je te jure ça se dit, c’est Arnaud qui l’a entendu à son boulot et il a plein de filles dans son équipe. He knows.)

 

À gauche tzatziki, à droite tyropitakia (des chaussons à la feta et à la menthe, super bon), au fond salade de câpres.

 

Kaparosalata et Revithokeftedes

Voilà deux spécialités de Sifnos que l’on retrouve aussi dans les autres îles des Cyclades.

La kaparosalata, comme son nom l’indique, est une salade de câpres cuisinées avec des oignons longuement mijotés, du vin et du vinaigre. Elle est servie froide. C’est surprenant… et bon.
Si tu crois que t’aimes pas les câpres, il faut venir les goûter ici. Après tu voudras en mettre jusque dans ta salade grecque (à la place du concombre).

Les revithokeftedes sont des boulettes de pois chiches aux herbes, marjolaine notamment, frites dans un bain d’huile jusqu’à ce qu’elles soient bien dorées. Croustifondantes. Servies dans la foulée. J’adore.
Une bonne option pour toi si un jour, parce que tu étais trop triste ou en colère, tu as décidé que tu ne mangerais plus jamais de falafels. Sinon tu peux aussi changer d’avis et revenir aux falafels par Ottolenghi. Ça se fait bien.

 

Revithokeftedes du Tsikali. Ultra croustillantes à l’extérieur, moelleuses à l’intérieur, juste parfaites ! Avec le poulpe et les calamars frits que Mickaël et les babi adorent. Je préfère Dimitri.

 

Melitzanosaláta (demande egg plant salad si tu te souviens plus du nom)

La melitzanosaláta est une salade d’aubergines servie froide, au léger goût de brûlé qui prouve qu’elle est faite maison. Parfois elle est fumée, mais pas au Tsikali (et tant mieux parce que Maud n’aime pas quand c’est fumé). Alors elle est bonne, tout est bon au Tsikali, mais c’est sûr qu’elle n’est pas aussi merveilleuse que la salata de vinete d’Andrei, pour toujours associée à mes folles soirées de juillet.

Si vous avez la chance que quelqu’un vous donne sa recette perso de salade d’aubergines, sûre et fiable, grecque ou roumaine, et que vous voulez l’essayer en bio, vous trouverez ail, oignons, citrons, tomates et aubergines chez Marlène. Maintenant, hein. Ne croyez pas que demain sera un meilleur moment. Comme dit Papa Écureuil (qui est un grand sage) : le meilleur moment, c’est maintenant.

Ici j’accompagne la melitzanosaláta d’un shot de Stolichnaya*. En attendant la rentrée pour fêter les 50 ans d’une personne exceptionnelle, chère à mon cœur, et de partager un zacuska à la générosité roumaine avec mes deux amies que si on colle les initiales de nos prénoms, ça fait AMA et ama ça veut dire aime en espagnol. En italien. Et en portugais aussi.
(Mais pourquoi je vous raconte ça ? Quel est le fucking rapport avec la salade d’aubergines ?? Il y en a un, si tu cherches. Si tu sais lire ce qui n’est pas écrit et pourtant si.)

 

La salade d’aubergines du Tsikali, magnifiquement mise en lumière par Louise Duceux-Vallée. (Merci Loulou !  🙂  )

 

Spanakopita

Oooh ! Alors là attention, gros sujet chez nous, la spanakopita. Le top du top, la cuisine grecque au sommet !
La spanakopita est une sorte de tourte aux épinards et à la feta. En gros. En vrai, il y a d’autres trucs dedans, de l’ail, des oignons, parfois de l’aneth, et il existe plusieurs recettes différentes. Dans l’idée, ça peut ressembler aux barbajuans. Sauf que là c’est pas des petits beignets. Je pense que la tourte cuit au four, la pâte n’est pas frite comme à Menton. Et dedans y’a pas de riz, c’est pas les mêmes ingrédients. Bon, c’est pas pareil.

Nous avions tellement aimé la spanakopita lors de notre première fois à Sifnos il y a quatre ans que j’ai essayé plusieurs versions à la maison (comme quoi j’attends pas toujours vingt ans pour tout 😉 ). Nos deux dernières spanakopitas ont été réalisées à quatre mains en confinement par la Petite Souris (11 ans) et Papa Écureuil. Esthétiquement, je les trouvais plus jolies que celle du Tsikali. Deux photos ici.

La Petite Souris en particulier entretenait un souvenir tellement sublimé de sa révélation gustative d’il y a quatre ans au Tsikali que je craignais qu’elle soit déçue par le goût du réel… mais non. Au premier soir, à la première bouchée, un grand sourire est venu éclairer son visage :

– Elle est aussi bonne que dans mon souvenir et meilleure que toutes les nôtres ! La pâte est à la fois croustillante et fondante… Je vais en manger tous les jours !

(Notez que la Petite Souris, aussi mesurée et raisonnable soit-elle, peut elle aussi, parfois, être un peu excessive.)

 

La spanakopita du Tsikali, également photographiée par Loulou. Point de pâte filo ici, je dirais que c’est une pâte brisée-sablée qui ressemble à la pâte à l’huile d’olive et au vin blanc que j’aime bien faire pour les chaussons ou les tourtes salées justement.

 

Khoriatiki

Haaa ! J’y arrive enfin, à notre quotidien ! Khoriatiki, c’est LA salade grecque évidemment. Dakos aussi, comme sur la photo d’en-tête de cet article – quoique, ce n’est pas tout à fait la même chose quand même. Mais bon. Je suis en vacances j’ai dit. Je ne chipote pas.  😉
Donc la salade grecque traditionnelle c’est : tomates, concombre, poivron vert, oignon rouge, olives noires et feta, le tout arrosé d’huile d’olive à la discrétion de chacun.

C’est en principe une entrée, pas un plat, mais nous en faisons notre repas de tous les jours quand le soleil est au plus haut. Le Marcass’ (7 ans) rentre plus tôt de la plage avec le Pap’, vers 13h30, et ensemble ils coupent les légumes et préparent les petits bols. Parce qu’un jour, peut-être, il sera un grand cuisinier.
Ensuite on pose tout sur la table et chacun assemble son assiette comme il le souhaite. Les babi adorent ce concept de salad bar où on ne mélange pas les ingrédients à l’avance.

Ici notre salade grecque ne contient pas de feta (que j’aime beaucoup par ailleurs), mais un fromage frais traditionnel à base de lait et de lactosérum de chèvre. Celui que vous voyez sur la photo d’en-tête et la photo un peu plus bas est produit de manière artisanale par le loueur d’Arnaud & Maud qui élève quelques chèvres dont on entend tinter les grelots dans la montagne à la nuit tombée.

 

La chèvre que j’étais dans l’euphorie d’apercevoir après ma marche en solitaire tout en haut du monastère de Chéronissos.

 

Moi tous les soirs je pense à la chèvre de Monsieur Seguin qui se battit toute la nuit contre le loup, et puis au matin, le loup la mangea. Mais il n’y a pas de loup à Sifnos je crois. Parce que tous les jours, on a sur la table ce fromage frais de chèvre qui est si doux que même Maud peut en manger.

Bien sûr j’ai essayé de savoir le nom de ce fromage – pour qui tu me prends ? – si c’est plutôt du mizithra ou de l’anthotiro, et la différence entre les deux. Je n’ai pas su. Viens poser des questions en anglais aux bergers grecs d’ici si tu veux. On verra si tu fais mieux. Ça se trouve, c’est même aucun des deux. De toute façon à part moi, tout le monde s’en fout de connaître le nom de ce fromage du moment qu’il est bon (et qu’il y en a assez, ajoute le Marcass’).

Pour la photo, je me suis forcée à mettre du concombre dans mon assiette parce que c’est JOLI – comme diraient Loulou et Malou. Ensuite, comme je ne suis pas une tricheuse, je me suis forcée à le manger. Entier, tous les morceaux que tu vois sur la photo. Je ne triche pas, moi. Mais bon, tu sais ce que j’en pense…

 

Ma salade grecque, sur la table où nous déjeunons tous les midis, devant les maillots qui sèchent au soleil, fouettés par le grand vent qui va bien… Remarque que je n’avais plus de câpres. J’ai mis des petits piments à la place. Ben c’est moins bon.
 
Les plats

Moussaka

La moussaka, c’est un gratin d’aubergines avec de l’agneau et du coulis de tomates. (Enfin moi je mélange agneau et bœuf hachés parce que l’agneau tout seul c’est trop violent sur ma langue.)
Normalement c’est hyper bon parce qu’il y a des herbes, de l’ail, des oignons, du citron ♥… Et comme c’est sans doute le plat grec le plus connu, difficile de faire l’impasse dessus. J’ai hésité pourtant… Parce que je voulais pas faire ma crâneuse mais je suis quand même bien obligée de dire que ma moussaka à moi est incomparablement meilleure que toutes celles que j’ai goûtées en Grèce, qui sont blindées de béchamel et presque toujours surmontées d’une couche épaisse de purée de pommes de terre.

Nan mais des pommes de terre dans la moussaka quoi ! C’est quoi l’idée ?!!

 

Photo moussaka
J’ai pas pris de photos au début des vacances et après j’ai arrêté de manger de la moussaka. Et tu comprends bien, pour les raisons que j’ai évoquées ci-dessus, que je ne brûle pas d’envie de renouveler l’expérience. Mais patience, chacun a droit à une seconde chance, et même une troisième, voire une quatrième… Je vais voir ce que je peux faire.

 

Pastitsio

Idem pour le pastitsio. Idem pas dans le sens je t’aime, idem pour crois-moi, ne prends pas ça.
Le pastitsio est une sorte de moussaka où tu remplaces les aubergines par des macaronis. Mais attention, pas des macaronis italiens comme ceux du collier de pâtes que le Marcass’ m’a confectionné avec amour et que vous pouvez voir autour de mon cou sur la première photo de cet article. Non. Des macaronis grecs : en forme de macaronis mais de la longueur des spaghettis. Ensuite on les coupe en quatre. À la taille des macaronis italiens. Mais pourquoi pas, hein ? Il y a du beau dans la complication. Une façon de s’élever…
Mais pas là non. Pas là.

Bon, au moins y’a pas de purée de pommes de terre en plusse dans le pastitsio, faut pas pousser, mais toujours beaucoup de béchamel, et ces macaronis grecs donc, surcuits, tout mous, alignés et superposés en couches alternées avec la viande hachée au point que certains appellent cela : les lasagnes grecques.
Alors oui mais non. Là j’ai mon sang italien qui n’a fait un quart de tour et qui déjà bouillonne. Parce que moi si un de mes enfants appelle ce truc « lasagnes », je le renie. Je l’interdis d’Italie. Pire, je le prive de pâtes !!!

Mais bien sûr il faut essayer avant de juger. Ils ont tous goûté une fourchette.

La plus grande a dit :
Mais ils ont oublié les pâtes dans l’eau ou quoi ??

Le moyen a dit :
Beurk ! C’est dégueu !

Mais le plus petit a dit :
C’est pas mal quand même, si on enlève la béchamel…

Et il a fini toute son assiette.

 

Pastitsio du Tsikali. Comme ça tu vois bien la portion, avec la couche de béchamel sur le dessus. Et oui, l’arbre pousse au milieu du resto et j’ai oublié comment il s’appelle.  🙁

 

Papoutsakia

Déçue par la moussaka de Sifnos et du Pirée, je n’ai pas renoncé pour autant. Ce serait mal me connaître – en plus que renoncer c’est vieillir.
Papoutsakia, ce sont des aubergines farcies à la viande avec une béchamel et gratinées. Ah ouais, comme la moussaka tu vas me dire. Ouais. C’est bien, tu suis. Sauf que là au moins, y a pas la purée de pommes de terre qu’on trouve dans la moussaka d’ici, et moins de béchamel aussi. Donc c’est meilleur. Et la présentation est différente puisque l’aubergine est servie en grosses tranches individuelles remplies de farce (à cause de papoutsakia qui veut dire « chausson » ou « petite chaussure »).

 

Papoutsakia et un verre de vin à Artémonas. Ici ils servent le vin rouge très frais dans un verre de cantine. J’aime pas ça mais bon, qu’est-ce que je peux faire ? Je me dis que c’est pas pire que le café dans un verre Duralex de l’école…

 

Imam d’aubergines

Tu sais comme j’aime les aubergines. Non ? Comment ça, tu sais pas ? Bah vas-y, lis ça !
Voilà. Maintenant tu commences à comprendre comme j’aime les aubergines. Et le désir, vivant, de ne pas les figer dans un amour immobile. Donc l’imam d’aubergines, c’est encore des aubergines mais différentes. Libres, végétariennes.

Au nom imam, je me suis dit que c’était peut-être plus turc que grec mais en fait j’en sais rien. C’est pas grave. Dedans il y a du persil, des oignons et de la tomate mijotée avec la chair de l’aubergine. J’adore. C’est un plat qui est très généreux en huile d’olive. Très mais vraiment très. Genre fluide.
Je ne veux pas savoir quelle quantité d’huile ils versent pour arriver à ce point que je n’ai jamais atteint où même l’aubergine n’arrive plus à l’absorber.
Je ferme mes yeux et la conscience en charge de mon maillot de bain.
Après je sauce avec le pain.
C’est délicieux (mais peut-être mesquin).

 

Au premier plan, l’imam d’aubergines et mon verre de vin (de cantine). C’est le soir tard au Tsikali, la photo ne rend pas hommage. En face de moi au second plan, le lapin à l’origan d’Arnaud, avec des frites, et sa chope de bière. Normalement je mange toujours à côté d’Arnaud. Depuis des années, toujours, à toutes les soirées, et chez n’importe lesquels de nos amis. C’est une affaire établie et sûre. Mais pendant ces vacances, Arnaud et moi on a souvent mangé l’un en face de l’autre. Parfois il faut savoir se risquer à certains changements pour mieux éprouver la force de ce qui nous lie…

 

Révithada

Bon mais y’a pas que les aubergines en Grèce. Il y a re-les pois chiches !
La révithada, soupe de pois chiches, est à la fois le repas traditionnel du dimanche soir des familles de Sifnos et LE plat le plus emblématique de l’île.

Elle est cuite dans un pot en terre typique, haut et large : la skepastaria ou le tsikali (oui, celui-là même qui donne son nom à notre resto favori 😉 ). Les pois chiches secs doivent d’abord tremper toute une nuit, historiquement dans l’eau de pluie que les habitants de l’île stockaient dans leurs citernes. Ensuite les pois chiches sont égouttés et mis dans la skepastaria ou le tsikali avec une nouvelle eau, de l’huile d’olive, des oignons et une feuille de laurier. Le couvercle est fermé hermétiquement avec un boudin de pâte et la soupe mijote alors cinq à six heures tout doucement dans un four à bois.
La révithada est servie le lendemain avec du jus de citron, des olives et du pain.

C’est bon ou pas… selon les familles, et surtout selon la qualité des produits de base, comme pour toutes les recettes avec très peu d’ingrédients. J’aime bien la soupe de pois chiches du Tsikali mais Arnaud la trouve un peu grasse – j’ai déjà dit qu’ils sont prodigues avec l’huile d’olive ici ? – alors il a eu l’idée de la prendre à emporter et de la servir à la maison avec du riz blanc pour absorber. C’est le off de nos vacances. Pas orthodoxe mais authentique…
Vous lirez ça ici : manger en Grèce AVEC ARNAUD.

 

La révithada du dimanche soir à Sifnos (à Vathi mais pas au Tsikali 😉 ). Celle-ci n’est pas grasse. Néanmoins je préfère la partager avec une autre bouche parce que l’assiette entière de pois chiches est un peu trop répétitive pour moi…

 

Gyros et souvlaki

Les souvlaki, ce sont des brochettes de porc, bœuf, agneau ou poulet.
Les gyros, ce sont les fameux sandwiches grecs dans ce pain pita qui est une gourmandise à lui tout seul. On le garnit avec de l’agneau rôti au tournebroche ou des souvlaki de ce qu’on veut détachés de leur brochette, tomate, oignon rouge, sauce blanche et frites, puis on roule le pain pita sur lui-même pour le refermer comme on peut. Et ça n’a rien, mais alors tellement rien à voir avec le kegré gras et lourd que tu prends Place Clichy parce que t’as fumé et que t’as LES MUNCHIES !!!

Ici le gyros ne pèse pas comme une brique sur ton estomac et tu peux le manger entier même si t’as pas fumé. Promis. Il est beaucoup plus petit, plus frais, moins de frites, pas de sauce samouraï ou je-ne-sais-trop-quoi qu’ils mettent dans les kebabs de la capitale et de la banlieue.

Le gyros c’est le hit de l’été des babi. Au porc pour le Grand Lièvre et la Petite Souris (et Papa Écureuil), au poulet pour le Marcass’ (et moi). Et c’est 2,50 € à Athènes, 3 € à Vathi, pour le gros gyros qui te fait un repas nourrissant et cale ton enfant le plus affamé pour un moment.
Mickaël lève un pouce au rapport satisfaction générale / respect du budget.

 

Gyros à Athènes. Poulet ou porc rôti à la broche, tzatziki, tomate et frites (sans oignon rouge sur la photo car c’est celui de la Petite Souris en Grèce). Le pain pita est le meilleur de ta vie, meilleur que celui que tu fais toi, oui.
 
Les desserts

Depuis qu’on est arrivés en Grèce, on ne mange presque jamais de desserts, et Papa Écureuil et moi sommes à la fête de constater que c’est ok pour les babi. Personne ne râle sur le sujet de pas-de-dessert-pas-de-goûter. Mieux, y’a même pas de sujet. Où l’on voit que l’expérience de notre grand voyage est passée par là !

Rappelez-vous les difficultés du début… 
… et comment chacun a fini par avaler son crapaud
… voire l’embrasser sur la bouche par la suite comme une découverte de soi (enfin ça c’est l’histoire que je choisis de me raconter  😉 ).

Dans les tavernes grecques où l’on va, y’a pas de carte des desserts. Souvent ils apportent une assiette de karpouzi (pastèque) en fin de repas, et allez salut.

 

Les glaces trop sucrées, chimiques et mondialisées du congélateur du petit Vathi Market de la plage. Une fois de temps en temps. C’est les vacances quand même !

 

Yaourti mé méli

Néanmoins, le yaourti mé méli (yaourt grec au miel) est une tentation à laquelle il est bon de succomber. D’ailleurs mon pote Arnaud (qui sait ce qu’il est bon de manger) nous a offert un gros pot de yaourt grec à notre arrivée. Nous l’avons servi avec du miel de l’île où nous sommes, bien sûr. Un délice.

L’œil de la Petite Souris
J’adore le miel, mais celui de Sifnos il est trop fort, on dirait qu’il est trop sucré (même si c’est bizarre ce que je dis parce que le miel c’est du sucre en fait !). Je préfère les miels de la maison, le miel de thym ou le miel d’acacia.

(Je précise que le miel de Sifnos EST un miel de thym, qui provient du thym sauvage que l’on trouve partout sur les chemins de montagne de l’île. Sa couleur est dorée et limpide et, pour aller dans le sens de la Petite Souris, je reconnais que sa saveur est forte. Papa Écureuil lui trouve un goût « herbeux » qu’il aime beaucoup.)

 

Yaourt grec au miel de Sifnos sur le muret de notre terrasse à Vathi.

 

Les buissons de thym sauvage qui poussent partout sur les sentiers rocailleux de Sifnos. Si tu frottes le bout de la tige entre tes doigts, ça sent merveilleusement bon, ça donne envie de calme et de tisane…

 

Friandises locales

Les amygdalota – que nous appelons plus simplement boulettes du Tsikali, parce qu’elles nous sont apportées en même temps que l’addition dans notre resto favori – sont des petites boules de pâte d’amande locale parfumée à l’orange.
C’est le dessert préféré du Marcass’. Genre t’en manges une, tu peux taper trois heures de randonnée dans la montagne tranquille. Le Marcass’, lui, après son pastitsio aux macaronis trop cuits, il en avale quatre d’affilée sans presque respirer, avant qu’on lui mette un gros stop. Et il est au bout de sa vie de devoir marcher six minutes pour rejoindre son lit.

 

Les boulettes du Tsikali (amygdalota). Excuse ma photo moche mais il fait nuit et je dois me dépêcher : c’est une question de secondes avant que le Marcass’ n’ait englouti toute l’assiette !

 

Le revani (ou ravani) est un gâteau de semoule spongieux imprégné de sirop. Je pense qu’on trouve le même en Turquie. C’est bon, quoique trop sucré pour moi.

Enfin, l’halvadopita est un nougat mou artisanal aux amandes pris entre deux feuilles de papier d’hostie. On l’achète dans une petite pâtisserie spécialisée d’Artémonas.
Les babi aiment bien, moi je trouve ça trop sucré (encore).

 

Halvadopita, le nougat d’Artémonas.

 

Un mot sur les figues de Sifnos

Je ne peux pas terminer cet article sans vous raconter les figues de Sifnos.

La figue est mon fruit d’été préféré, et ici en août, elles sont incroyables. Il y a deux magnifiques figuiers près de l’arrêt de bus de Vathi, un de figues vertes et un de figues violettes, dont personne ne semble se préoccuper. Ça me rend un peu dingue je crois, sous le soleil ardent…
Pas besoin de cheval de feu pour goûter à ce fruit interdit dont on ne sait pas à qui il appartient. Peut-être à quelqu’un qui les néglige et ne veut plus les manger, ou qui s’y est tellement habitué qu’il ne les voit même plus. Alors moi je me sers, je ne demande pas la permission – au risque de m’en mordre les doigts.

Saisir la figue brûlante et gonflée sur l’arbre, le lait qui jaillit du bout de la figue quand on la détache de la branche et qui colle les mains, porter à la bouche tout de suite celles qui sont trop mûres pour attendre d’être lavées, c’est un plaisir sans égal.
Le bliss total.

 

Les figues pleines et gorgées de soleil qui coulent de l’arbre pour nous.

 

À nous cinq on mange 25 figues par repas (le midi, après notre salade grecque). Moi plusse que les autres. C’est que Mickaël est plus raisonnable. Moins gourmand. Ou qu’il aime moins les figues. Bref, il me donne sa part.

Autant dire que je n’achète pas de fruits et que je pars à la cueillette de figues sauvages presque tous les jours avec la Petite Souris !

 

Ce fruit est captivant…
 
Et pour ce qui est de boire…

* (L’astérisque de mon paragraphe sur la melitzanosaláta, ou salade d’aubergines.)

Bien sûr la Stolichnaya n’est pas grecque, je sais. Mais le ouzo, j’aime pô. Le Tsipouro, bof. Et la bière toujours pas. Or au petit Vathi Market, y’a pas de Zubrówka (pas grecque non plus tu me diras) : que de l’Absolut ou de la Stolich. Donc tu comprends, mon choix est vite fait…
Et Maud boit de la vodka avec moi si on lui presse une orange (dans son verre hein, moi je mélange pas). Que je sois témoin de cette histoire, comme je l’ai été de leur mariage pas ordinaire et plein d’amour d’amis il y aura bientôt un an (newsletter 44 # 15 septembre 2019).

Papa Écureuil boit de la bière avec Arnaud. De la Mythos (50 cl) le plus souvent, parce qu’on la trouve partout, mais il dit qu’il préfère la Eso.

 

Déj’ à Chéronissos, le lendemain du départ d’Arnaud & Maud.

 

*****

 

Et vous, aimez-vous la cuisine grecque ? Les figues ?
Quelles sont vos spécialités préférées ?

 

 

Pour vous aider à publier votre commentaire affamé, voici la marche à suivre :

1/. À la fin de chaque article, sous l’encadré qui vous dit « Participer à la discussion », cliquez sur le D blanc dans une bulle bleue (D pour Disqus).

2/. Une nouvelle fenêtre s’ouvre : cliquez sur « Besoin d’un compte ». Remplissez les trois rectangles avec votre nom, votre adresse mail et un mot de passe, cochez « je ne suis pas un robot » et les trois petites cases « I agree », cliquez sur « sign up » (ou « connexion », ça dépend des fois), et voilà !
La prochaine fois, vous n’aurez plus qu’à renseigner votre mail et votre mot de passe avant d’écrire votre commentaire sur Disqus, ce sera encore plus facile !