Today I got a million, tomorrow I don’t know

Photo : En se baladant dans Gili Air (novembre 2018).
Le grave séisme du mois d’août a laissé des séquelles, dans les esprits comme dans les maisons. Des parcelles détruites comme celle-ci, on en voit partout sur l’île. Partout les gens reconstruisent, échafaudent et recimentent des murs.

Est-ce ainsi que les hommes vivent… à Bali ?

ΞΞΞΞΞ

 

Le titre de cet article m’a été inspiré par cette chanson.

Parce que quand t’arrives à Bali, tu deviens pour un temps the other Jeffrey Lebowski, the millionnaire ! (à 1 min. 15 de l’extrait vidéo)

Genre tu retires deux millions au distributeur – deux millions ! – et t’as 120 € quoi… Et deux millions, c’est le maximum d’argent que tu puisses retirer, donc si tu prends un chauffeur pour la journée parce que t’as besoin d’aller rapidement d’un point à un autre de l’île, disons, au hasard, pour un rendez-vous médical par exemple, et que ça te coûte 700 000 Rps*, deux jours de suite, t’es obligé(e) de retirer encore de l’argent le surlendemain. Et la banque te taxe un max à chaque retrait (elle devrait pas, mais c’est pourtant ce qui arrive si tu checkes pas.  🙁 )

Moi j’en peux plus de tous ces cent mille et quatre cent mille, y’a tellement de zéros que c’est chaud pour recompter ta monnaie.

Imaginez ma tête quand je pars en mission ravitaillement, moi qui décroche systématiquement au-delà de 300 € ou roupies, écus, cacahuètes, n’importe quoi, au-delà de trois chiffres, ça fait plus que des wouwouwou dans ma tête, je mélange tout !

 

* On a fait autrement, simple, pour dix fois moins cher : juste héler un taxi dans la rue pour une course, et en prendre un autre pour chaque nouvel endroit…

 

Les rupias (Rps), la monnaie indonésienne. Les billets, on dirait qu’ils sont en plastique, les pièces pareil, on dirait des jetons d’imitation pour apprendre à calculer aux enfants.

 

Bon mais c’est sûr que c’est pas cher. À Jimbaran, dans le quartier où on vivait, on a trouvé une laverie à 5 000 Rps le kg de linge. Qui nous a coûté 60 000 Rps, soit 3,50 €, pour 12 kg de linge. Ouais je sais c’est beaucoup (le linge), mais on arrivait du Sri Lanka, on n’avait plus un slip à se mettre. Ça faisait trois jours qu’on portait le même en le retournant pour avoir du propre (pas devant derrière hein, on garde le devant devant et le derrière derrière mais côté couture et étiquettes, vous me suivez bien ?).

 

La laverie en bas de chez nous à Jimbaran, où on a donné tout notre linge à laver. On voit même notre sac de linge sale (jaune) posé sur la balance !
 
La vie, la rue

À Bali, contrairement au Sri Lanka, il y a beaucoup de gens d’hommes qui fument dans la rue. Faut dire aussi, c’est pas le même prix !!!
Au Sri Lanka, c’était 1 100 roupies, soit presque 6 €.
Là je paye 20 000 roupies un paquet de Lucky (ce n’est pas ce que je fume en France mais ça va, elles sont correctes), ce qui revient à un tout petit peu plus d’1 €. L’État indonésien ne taxe quasiment pas.

Et puis il y a les cigarettes locales, encore moins chères : les kreteks.
Les kreteks ont été créées en Indonésie à la fin du XIXe siècle et ont conquis 90% des fumeurs du pays. Ce sont des cigarettes aromatisées au clou de girofle.

Leur nom est une onomatopée reproduisant le crépitement que font les clous de girofle quand on aspire la fumée et qu’ils brûlent dans la cigarette.

Comme pour les spécialités culinaires, je voulais absolument goûter, et j’en ai taxé une à Apul, le gars qui nous a accompagnés à Lombok pour la journée. J’avais pas envie d’acheter un paquet entier de kreteks et de m’apercevoir à la première taffe que c’est aussi infâme que les cigarettes pêche-abricot que Royale a sorti quand j’étais au lycée. Beurk.
Mais non, les kreteks c’est bon ! J’ai essayé des Gudang Garam, la plus grosse marque. C’est très doux dans la bouche et le filtre est légèrement sucré, ce qui fait que quand on se passe la langue sur les lèvres, c’est comme une gourmandise un peu, pas du tout comme le côté âcre que donne la cigarette brute (que j’aime aussi mais bon).

J’ai demandé à Apul s’il savait comment on fabriquait les kreteks, si les clous de girofle étaient pilés ou je ne sais quoi, et il m’a expliqué que ce sont les feuilles et non les clous du giroflier qui sont utilisées pour les cigarettes.

 

J’avais pas vu le mec en marcel blanc derrière, qui porte les cartons de bière sur le bateau de Lombok à Gili Air ! J’étais concentrée sur les cigarettes, je suis dégoûtée d’avoir raté ça…

 

À Gili Air et à Lombok aussi, beaucoup de gens fument dans la rue. Quand je dis gens, je veux dire hommes, hein, comme d’hab’. En vélo, sur les chantiers, sous le cagnard, comme disait ma grand-mère (mais moi les mots en -ard je peux pas). Je ne sais pas comment ils font.

La chaleur me dégoûte de fumer, ça me fait ça aussi l’été en France s’il fait trop chaud. Je ne sais pas fumer au soleil.

Du coup je ne fume plus ma cigarette de la mi-journée, juste une le soir… et je rattrape ma deuxième dans la nuit, quand j’écris et que tout le monde dort depuis des heures. Minuit, une heure, avant d’aller me coucher. J’aurais aimé préciser « à la fraîche », mais non, il fait toujours cette chaleur moite qui colle à la peau (coco). Juste un peu moins que la journée.

Moins de vacarme aussi. Parce qu’à Bali, la circulation est dense. Des autos, des camions, et surtout, surtout, énormément de scooters. À quatre en famille dessus, parfois à cinq s’il y a un bébé en plus dans les bras, pas de casque.

On voit aussi de très jeunes garçons et jeunes filles conduire des motos, en rentrant de l’école, avec deux ou trois camarades derrière.

Ils s’arrêtent dans les mêmes petits supermarchés où on fait nos courses (enfin, où on achète des biscuits pour le petit-déjeuner des babi). Des petites surfaces qui s’appellent Indomaret ou Circle K ou encore Minimart 24/24 – parce que c’est ouvert 24h/24, c’est ça. Et qui vendent essentiellement des dizaines de paquets de chips différentes, des biscuits industriels donc, des produits d’hygiène et des sachets de café individuels. Comme au Sri Lanka, mais avec des nouilles chinoises en plus. La clim dans le magasin. Et des briquettes de jus de fruits et de lait aromatisé dans des vitrines réfrigérées. (Premier ingrédient : sugar. On n’achète pas 😉 ).

On choisit des vrais fruits chez les marchands au bord de la route. Au touche touche avec les autres petites échoppes bricolées qui servent à réparer les motos (pneus et toutes sortes de trucs).

Y’a pas vraiment de trottoirs, alors en tant que piéton, sur la route, il faut que tu sois capable de prendre une décision rapidement. Et de t’y tenir. C’est-à-dire que quand tu traverses, c’est plus le moment d’hésiter, ah mais est-ce que tu crois que. Non. Faut y aller. Les scooters vont t’éviter.

 

Une échoppe de réparation de deux-roues sur la route, comme il y en a des centaines.
 
Les pratiques, les coutumes

À Bali, on a acheté à manger dans la rue le plus souvent, mais, dans quelques restos où on est allés, j’ai été surprise de trouver sur le lavabo (crado) des toilettes un tube de dentifrice ouvert sans bouchon. Comme ça, en libre accès, comme le savon. Au cas où, si ton dentifrice à toi n’est pas bon. Ça existe, je sais qu’il y en a des vraiment pas bons.
Enfin, tout ça pour dire que les dents, c’est important ici.

D’ailleurs ils les liment. Si si, c’est un rite balinais spécifique qui s’appelle potong gigi. Tooth filing. Le limage des dents. Parce qu’on lime les dents justement.

 

Devant un petit warung sur une plage de Gili Air (novembre 2018).

 

Le potong gigi est un rite de passage obligatoire de l’enfance à l’âge adulte pour TOUS les Balinais. Ça veut dire que, pendant que les classes sociales les plus aisées organisent des festivités de ouf, parfois sur plusieurs jours, dans des décors magnifiques, avec sarongs richement brodés et montagnes de nourriture, le gouvernement verse des aides aux familles les plus démunies pour que tous les jeunes adultes puissent avoir les dents limées.

Et j’ai cru comprendre que c’est encore plus indispensable pour les femmes.
Pendant la cérémonie, les jeunes filles portent un sarong jaune et blanc en signe de leur pureté (comme le blanc du mariage chez nous j’imagine, sachant que pureté n’égale pas virginité, on peut être pure et pas vierge quand même, merde !).

Symboliquement, le potong gigi marque donc la fin des responsabilités d’un père à l’égard de sa fille : elle est désormais « bonne à marier ».

De même, si une femme occidentale, ou d’un autre pays, veut marier un Balinais, elle doit d’abord se faire limer les dents pour avoir une chance d’être acceptée dans sa belle-famille.

L’idée est de ramener les dents de devant à des proportions acceptables dans la culture balinaise, car les canines pointues, non limées, rappellent le côté bestial de l’homme qui ne doit pas être réveillé, stimulé, monté sur un Seine-Saint-Denis fonk, mais au contraire combattu à tout prix.
En effet, les dents trop longues sont associées à des traits humains considérés comme négatifs : l’ambition, l’envie, la jalousie, le désir, la colère, la méchanceté… Le limage des dents permettrait d’apaiser ces « passions animales » et d’encourager la bonté et la maîtrise de soi, les dents limées étant associées au calme et à la douceur.

 

Sur la plage de Kuta-Lombok, avec Apul (un ami de la personne qui s’occupait de notre guest-house à Gili), qui nous a guidés dans Lombok et qui m’a offert ma première kretek. Je n’ai pas osé lui demander s’il s’était fait limer les dents…

 

Je n’ai pas eu d’info quant à l’acte de limer, à savoir est-ce que ça fait mal ou pas, mais le jour de potong gigi est apparemment un jour de fête, heureux, très attendu par les principaux intéressés. J’ai lu que les jeunes gens dont on va limer les dents « can feel like princes and princesses for a day », et ça m’a rappelé la grande fête organisée pour les premières règles au Sri Lanka.

 

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Aviez-vous déjà entendu parler de cette cérémonie du limage des dents à Bali ?

Avez-vous déjà fumé des kreteks ?!