Le rêve de la chouette

Photo : Ma chouette et moi au lycée (Argenteuil, novembre 1995).

 

L’ Australie ne m’a jamais fait rêver personnellement. Mais elle est pour toujours associée au rêve de ma meilleure amie depuis la grande section de maternelle (il y a quelques petites années…).

L’ Australie comme un paradis lointain, une terre des possibles, un ailleurs meilleur.

Dans sa petite chambre d’adolescente, la carte de l’Australie format A3 paysage accrochée à la Patafix sur le bas d’une armoire en bois sombre. Mon matelas par terre devant. Mais c’est elle qui dort là quand je viens le soir, elle me laisse son petit lit au matelas trop mou.
Avec Jeff Buckley qu’on écoute en boucle toute la nuit.
Cette bouleversante reprise de Hallelujah, de Leonard Cohen.
Jeff Buckley, et les autres : Brel, Renaud, Alanis Morissette, les Cranberries. Quand on était des filles qui n’en veulent, et surtout, qui n’en ont pas marre ! De celles qui marchent tout le dimanche jusqu’au Béryte pour trouver un tabac ouvert. L’ Alméria sinon. Espère.

On n’oublie rien, de rien, on n’oublie rien du tout.

Ni les tartines qui sautent du grille-pain quand on rentre du lycée affamées parce qu’on n’a rien mangé de la journée, ni les rendez-vous hasardeux auxquels on ne veut plus aller, quand on voudrait juste rester toutes les deux dans la nuit et s’allonger par terre main dans la main au milieu d’une route.

On n’oublie rien.

Le spleen, les chagrins d’amour, les soirées qui ne sont pas à la hauteur de ce qu’on avait rêvé, mais aussi les fous rires, les pamplemousses en Floride, les révisions du bac, le café, trop de café, les feuilles de Sopalin sous les bras et les tentatives de doigt cassé, cette complicité folle.

Et puis, les arrachements que rien ne réparera jamais.

 

Depuis que je suis arrivée en Australie ma chouette, pas un jour n’est passé sans que je ne pense à toi. À regarder tout comme si c’étaient tes yeux, comme si tu étais là juste derrière moi, comme à cette époque quand on avait si peur. Mais je te tenais, tu me tenais, et on se tient toujours.

 

Qui saura nous reconnaître elle et moi en 1983, douze ans plus tôt que la photo en tête d’article ?…