Ma double vie

Photo : C’est moi en vieux pépé dans la forêt qui descend aux grottes sur la plage (Cathedral Caves, Nouvelle-Zélande, décembre 2018).

 

  Par le Grand Lièvre.

 

 

J’ai fait une carte de la Nouvelle-Zélande. J’aime bien faire ça, je vais sur Google Maps, je zoome sur les îles et je recopie le nom des grandes villes, comme ça je sais dans quelle direction on va et je suis la route avec mon doigt sur ma carte.

Avec maman on fait des blagues sur les noms des villes comme Dunedin, nous on dit : Dunedin Didane. Ou à Te Anau, on chantait tout le temps : Té-a-no, té-anoté-a-no, té-anoté-a-no…
J’aime bien quand on rigole comme ça, comme à Majorque avec vedat de caca !

 

Sur la route pour aller dans les fjords, à un endroit où on s’est arrêtés avec le minibus, j’ai trouvé une grosse pierre qui avait la même forme que l’Australie.

 

En Nouvelle-Zélande, c’est pas du tout comme en Australie parce qu’il n’y a aucun animal dangereux. Il n’y a que les mouches de sable (sandflies) qui piquent et qui grattent, mais moi ça va. C’est surtout maman et Marce qui se grattent parce qu’ils peuvent pas résister.

Ici, les araignées sont minuscules et y’a même pas de serpents, comme ça papa arrête de tout le temps me crier sur les chemins. Je peux marcher où je veux et ramasser tout ce que je veux dans les bois et dans la terre.

 

C’est une feuille d’arbre transparente qui ressemble à une grande aile de papillon. Je l’ai trouvée dans le Parc Abel Tasman quand on était à Kaiteriteri.

 

C’est ça, ma double vie.
C’est mes aventures que je fais comme je veux et que personne me dit.

J’ai une vie avec papa, maman, Garance et Marcel, quand je suis leur enfant ou leur frère, pour manger, faire les devoirs, se brosser les dents et tout ça.

Mais à côté j’ai une autre vie qui est dans ma tête et que personne sait : c’est toute ma vie avec mes bâtons et les ingrédients pour mes potions ou construire des arcs ou des lance-pierres ou des ponts.

Et plein d’autres choses que j’invente comme l’arpiquant et Élélu, ou les cabanes en bâtons.

Je peux faire cette vie dans la forêt, quand papa et maman disent « l’enfant des bois » pour m’appeler, mais je peux la faire aussi sur la plage ou dans les chemins où on va, ou même à la maison quand j’en ai marre de tout.
Je peux la faire n’importe où.
Du moment que je suis tout seul et qu’on me laisse TRANQUILLE.

 

On a fait une balade sur des ponts suspendus dans les arbres [Redwood Walk, à Rotorua] mais moi j’ai préféré quand on était en bas parce que déjà j’ai le vertige, et puis au moins par terre y’a plein de trucs qu’on peut ramasser pour construire une cabane en bâtons ou des outils.
 

Des fois je dis oui que Marcel vienne avec moi s’il s’ennuie et que personne veut jouer avec lui. Mais c’est pas pareil.
Comme au camping sauvage de Greymouth quand j’ai commencé à construire un morpion avec des bâtons et des cailloux, et j’ai mis aussi un caillou en forme de bateau dans un bol avec de l’eau pour voir s’il flottait. Mais il a pas flotté, pourtant j’avais choisi exprès un qui était léger.

Si je suis tout seul, je joue comme j’ai envie et c’est que les idées que je veux moi. Je suis pas obligé de dire bon d’accord, sinon l’autre va être triste qu’on prend pas son idée.

Quand il y a les autres, si c’est Marcel ou Garance, ou même Noa et Lilie quand on va chez mounette, c’est quand même dans ma première vie, celle avec papa et maman. Même quand je vais à l’école avec mes copains, ou à l’athlé, c’est toujours la même vie que tout le monde et je peux faire moins de trucs que dans ma double vie d’aventurier.

 

C’est la mer de Tasman quand on était en camping sauvage à Greymouth. J’ai passé plein de temps tout seul sans qu’on me dise de venir ou d’aller me laver les mains, c’était bien.

 

Des fois je pense si les autres ont une double vie aussi dans leur tête, et laquelle ils préfèrent. Moi je préfère un petit peu plus ma vie tout seul parce que je suis TRANQUILLE.

 

Lucien