Dépression de saison

Photo de Marlène Cristovao.
En virée à la mer il y a dix jours. Je ne voyais que la lumière, j’aurais jamais cru que les cumulonimbus étaient si proches…

 

Vous avez remarqué comme il y a encore dix jours on sortait jambes nues, voire on partait je partais en week-end à la mer avec des amies de compète chouquettes, et comme aujourd’hui tout est gris ici, tout est moche, tout est petit ?
Depuis deux jours les enfants toussent, leurs nez coulent, ils sont fatigués, ils râlent.

Hier mercredi j’entendais la pluie tomber sur les velux, il faisait tout sombre dans le salon, j’arrivais plus à rien. J’avais la gorge serrée, je voulais juste me rouler en boule et pleurer.
Mais je suis restée debout dans la cuisine et j’ai attendu que mes garçons se réveillent pour leur préparer un petit-déjeuner. (J’ai une grande fille qui avait pris ses huiles essentielles et son petit-déjeuner toute seule et qui était déjà partie au collège depuis au moins une heure. Sous la pluie. Avec ses fringues des années 80, son sac à dos qui pèse une tonne, son K-way, et son masque qu’elle n’ose pas enlever pour respirer de crainte de se faire gronder par un prof, la CPE ou je ne sais qui dans la rue. J’ai envie de crier.)

Quand il s’est levé vers 10h, le Grand Lièvre (9 ans) n’avait pas de lunettes ni de chaussettes alors que le sol est glacé et qu’il passe sa journée à éternuer. Comme tous les matins, il a bu son shot* à jeun, cul sec, nazdrowie, et en reposant son verre il m’a dit :

Maman, j’ai une charade. Mon premier est la maison des oiseaux. Mon second est là où on attend le train. Mon troisième est la céréale la plus éparpillée [!] en Asie. Mon tout est un médicament à boire.

(* Merci de noter pour l’ASE que mes enfants ne sont pas à la vodka dès le matin. Mais je leur sers le nigari dans un verre à vodka. Un peu plus grand. Double shot, disons.)

 

Après des milliards de tartines, les garçons sont partis jouer aux Lego sans débarrasser et je n’ai même pas eu le courage de les rappeler. J’ai ramassé les miettes, les tasses, j’ai préparé un café, puis un autre, et je me suis forcée à faire des choses pour rester debout dans le tunnel.
La dépression saisonnière, ça vous parle ?

T’as envie de rien, tu laisses pleuvoir la vie sur toi, tu sais pas c’que t’as mais ça va pas. Clairement ça va pas. Tu marches et tout est comme d’habitude, mais dans ton cœur il y a comme un grincement.

Avec des amis, on est un petit groupe, ça nous parle.
Moi c’est pas tous les ans, ça dépend. Comme quoi c’est peut-être pas que la saison. Là c’est tous les gens avec leur masque dès que je sors de chez moi, je sais pas. J’ai du mal.
En ce moment, tout est juste trop vide et trop plein en même temps. Je me sens tellement triste. Mais on peut pas toujours pleurer sur l’épaule de quelqu’un, parfois on est seul(e), on cherche un mur. Des fois même on cherche pas, on a la tête plantée dedans.

 

Piste audio : Anne Sylvestre, Un mur pour pleurer, album « Les Pierres dans mon jardin », 1974.

 

Comme souvent dans ces cas-là, je regarde autour de moi comment font les gens. Comment font les gens pour vivre. Je demande : et vous ça va sinon ? Quelles solutions, qu’est-ce que vous faites pour lutter ? Pour apporter du bon à votre journée, pour les autres, pour vous-même ?
Avec quelles armes on rallume les lumières qui nous éclairent de l’intérieur ?

 

Moi (le choc) :
Je suis déprimée. Franchement, je croyais que ça allait, mais je suis DÉ-PRI-MÉE !

(Je vais me rouler en boule.)

 

Papa Écureuil (le déni) :

Mais c’est pas de la dépression putain, c’est à chaque fois que les enfants tombent malade au début de l’automne, ça te fait ça ! C’est comme si tu te sentais responsable, et, dans ta tête de tarée, s’ils tombent malade, c’est de ta faute, c’est que tu n’as pas fait ce qu’il faut. Alors tu les soignes direct, matin et soir t’es à fond, et pareil, s’ils ne sont pas guéris dans les vingt-quatre heures, tu penses que t’es une mauvaise mère. Mais en fait c’est juste NORMAL qu’ils tombent malades ! TOUS les enfants tombent malades. Il se met à faire froid, il pleut, ils marchent pieds nus dans la maison, c’est NORMAL qu’ils tombent malades ! Tu comprends c’que j’te dis ?

(Là ton mec s’énerve d’un coup parce qu’il se sent impuissant que tu déprimes. D’ailleurs tu ne déprimes pas, il a dit. Pas du tout.)

 

Ma mère (la colère) :
Ça va pas très bien, non. Ça aurait pu se passer autrement. Mais les gens manquent de cohérence dans leurs relations, moi je comprends pas. Ils disent quelque chose, tu fais confiance, et leurs actes ne suivent pas…  🙁

(Je résume. J’espère que je ne trahis pas ta pensée, mounette.)

 

Le Marcass’, 7 ans (la négo) :
Je propose que on fait un gâteau. Comme on peut même pas faire des jeux vidéo vu qu’on a déjà regardé plusieurs épisodes d’une série, on peut au moins faire un gâteau, non ?

(Et si tu me dis non parce qu’il n’y a plus d’œufs, la vie c’est vraiment de la merde.)

(Y’a plus d’œufs, Marce, c’est vrai, mais je vais pas te dire non. On va faire comme la dernière fois, je vais piler des graines de lin et les faire tremper dans l’eau et on les utilisera à la place des œufs. J’ai pas pu empêcher que mes enfants toussent et reniflent mais j’ai au moins quelques notions de cuisine végane pour les jours où la vie c’est vraiment de la mârde.)

 

C’est le banana bread zéro déchet (peaux de bananes incluses) que j’ai fait en mai avec le Marcass’. Ben ouais parce que le gâteau d’hier vegan-friendly, si t’as cru qu’avec le temps de merde qu’il fait, je pouvais obtenir une lumière comme celle-là, tu t’es bien mis le masque sur les orbites ! (Et c’est pas pour dire bite.)

 

Re-moi (la peur) :
En fait j’y arrive pas. Je me raconte que ça va et tout, je mets des grandes bottes pour faire des pas de géant, mais en fait j’y arrive pas. J’y arrive pas du tout !!!

(Tu sens la panique qui te gagne ? Celle qui te pousse à faire machine arrière, tout arrêter et… ouais, te rouler en boule. Exactement.)

 

Maud-ma-cops (la tristesse) :
Purée c’est moche ce temps, ça me déprime ! J’ai mis du vernis rouge sur mes ongles tellement c’est triste sinon.

(Peut-être qu’en vrai dimanche dernier Maud a dit « tristoune ». Peut-être et c’est presque sûr.)

 

Mon pote Monsieur Tro (l’acceptation) :
Ah moi j’ai lâché l’affaire maintenant. J’attends le printemps.

(Là tu reconnais le mec qui a une expérience longue comme le bras de la dépression saisonnière. Lui, tu lui retournes pas la main pour lui faire à l’envers.)

 

Mon pote Arnaud (l’expérimentation) :
Sex, drugs and rock’n’roll !

(Sic, je recopie tel quel le texto percutant de mon pote flamboyant comme Augustin. Tel est son précieux conseil pour combattre la dépression. Et avancer dans la vie en général.)

 

 

Alors moi hier, après que je me suis forcée à faire tout un tas de trucs debout dans mon tunnel, j’ai parlé longuement avec mes amies de compète chouquettes par WhatsApp interposé.
Ensuite j’ai fait un gâteau avec le Marcass’ (aux graines de lin donc).

Mais ça n’allait pas mieux. Il y avait toujours cette tristesse qui traîne, espèce de petite peste, laisse-moi espérer que ça va aller (éé).

L’acceptation, j’ai préféré l’ignorer parce que je sentais bien dans ma tête le gros doigt mental que je lui faisais. Je me suis dit : je vais essayer la solution de mon pote Arnaud, j’aime bien, ça me va bien… Sauf qu’à écouter Aloïse Sauvage, j’étais PAS DU TOUT dans le mood d’enchaîner sur Elvis Presley si tu veux, et le reste j’avais pas. Je te jure. Rien. Aucun des deux. La grosse loose.

Alors je me suis mise à écrire. Et j’ai trouvé une forme de paix. Fragile la paix hein, petit niveau, petite nuit aussi mais bon, ça fait que je suis là. Debout. Pas roulée en boule.

 

Piste audio : Anne Sylvestre, Écrire pour ne pas mourir, album « Écrire pour ne pas mourir », 1985.

 

Je sais, je vous flingue avec cette chanson. Qui n’est définitivement pas rock’n’roll. Pas de sexe et pas de drogues non plus pour se distraire de soi-même et de l’angoisse de sa solitude existentielle. Mais quels mots plus justes que ceux d’Anne Sylvestre pour passer cette saison ?

Écrire pour tout raconter
Écrire au lieu de regretter
Écrire et ne rien oublier
Et même inventer quelques rêves de ceux qui empêchent qu’on crève
Quand l’écriture, un jour, s’achève

Mon top 20 Anne Sylvestre pour les grands.

 

*****

 

Et vous, comment ça se passe ? La dépression de saison vous attaque (la garce) ?

 

 

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