La contraception & nous

Photo : Aux Aiguilles de Port-Coton, Belle-Île-en-Mer (août 2015).

 

Depuis qu’on a annoncé qu’on partait en voyage, longtemps, en famille, certains – plutôt certaines en vérité – me demandent : « Mais, au niveau de ta contraception, ça se passe comment ? ».
(Déjà, si on pouvait me dire VOTRE contraception au lieu de TA contraception, ça se passerait mieux pour moi…  😉 )

Ou, sur le ton de l’humour – et ça c’est plutôt certains que certaines : « Et donc vous allez revenir avec un quatrième bébé, c’est ça ? »

Ces deux questions sont des façons pudiques de s’interroger sur la sexualité en voyage, quand on est 24/24 avec les babi. Dans la même chambre, le plus souvent.
Eh ouais… nous aussi on s’interroge !
Bon c’est sûr qu’on s’imagine pas que ça va être la fête du slip à paillettes, voilà. Mais à part ça, répondre sincèrement à ces questions, c’est l’occasion de parler contraception.

 
Billings & feeling

J’ai pris la pilule un petit temps, dans ma vie d’avant, mais j’ai arrêté toute contraception hormonale il y a au moins quinze ans maintenant.

Depuis que je suis avec papa Écureuil, nous avons pratiqué une contraception dite « naturelle » : un peu de Billings et beaucoup de feeling (faut avouer). Le genre de truc que recommandent les gynécologues pour tomber enceinte sans l’avoir voulu…
Sauf que pour nous ça a très bien marché : pas de grossesse non désirée, une grande confiance dans mon corps et une connexion parfaite entre nous.

L’attention partagée aux sensations physiques, aux changements émotionnels et aux fluctuations de la libido selon les moments du cycle menstruel resserre le couple de manière tout à fait étonnante. Au point qu’il n’était plus besoin de se dire les jours à risque et les jours de free-sex parce que, tous les deux, on savait.

Ce n’est évidemment pas une contraception placée sous caution scientifique mais c’était la nôtre, et à l’époque, elle nous convenait parfaitement. Elle nous a convenu longtemps. (Et aujourd’hui, elle est même redevenue la nôtre, parce que c’est finalement celle qui correspond le mieux à nos principes et à notre façon de vivre notre sexualité. Mais je vais trop vite…)

À cette époque-là, donc, j’en ai eu marre de subir le regard qui juge du gynécologue – celui qui considère que si tu refuses une contraception hormonale, pilule ou patch ou implant, éventuellement anneau vaginal, alors c’est que tu es inconsciente et capricieuse – et j’ai décidé de ne plus en voir du tout.
J’ai choisi de me faire suivre exclusivement par ma sage-femme : Nicola Desmonts-Kaliga, que j’admire et en qui j’ai toute confiance.
La même sage-femme qui est venue plus tard tous les jours à la maison en HAD, m’autorisant ainsi à sortir de la maternité moins de 48h après la naissance du Marcass’.

Un accouchement extraordinaire pour moi, un peu moins pour papa Écureuil… Enfin si, extraordinaire oui, mais pas au sens de, oserais-je le dire, limite orgasmique comme pour moi. Mais il vous racontera ça un jour peut-être… Si vous le suppliez. Peut-être.

J’en reviens à ma sage-femme que j’aime d’amour, Nicola.

Évidemment ce ne sont pas les médecins, et encore moins les gynécologues, qui vont vous le dire, mais sachez-le les filles : si vous êtes contractée de la chounette à la simple idée de prendre rendez-vous chez votre gynéco qui ne vous écoute pas en vous palpant les seins, enfonce son spéculum comme une enclume pour le frottis, et vous balance la même ordonnance qu’à toutes ses autres patientes pour la même pilule, FUYEZ !

Pour info, la consultation avec ma sage-femme coûte 23 €. Ça fait dix ans que je n’ai pas vu de gynécologue, mais aux dires de mes cops, une consultation gynéco de base c’est entre 50 et 60 €.

 

Votre sage-femme n’est pas là QUE pour le suivi de votre grossesse. Elle peut accompagner toutes les étapes de votre vie de femme : suivi gynécologique régulier, frottis, contraception, pose de stérilet, rééducation périnéale, échos de contrôle, mammographies, difficultés sexuelles ou/et de couple, ménopause, voire dépression hormonale.

Pour moi, être suivie par Nicola m’a donné confiance et joie (oui, rien que ça), et c’est ce qui me pousse à en parler ici pour le faire partager. Pour dire qu’on peut choisir de s’entourer de gens qui nous font du bien et que ça change tout à notre quotidien.
Bon, mais revenons à ces histoires de contraception.

 
zÉro hormone

Quelque temps après la naissance du Marcass’, papa Écureuil et moi avons mis en place notre projet d’adoption. Celui qu’on avait imaginé quand on était au Mali l’été 2008, et que la Petite Souris poussait tout doucement dans mon ventre. Un projet longuement mûri donc, et très personnel, dont je n’ai pas prévu de parler ici mais bon, peut-être plus tard, sait-on jamais…

Tout ça pour dire qu’au moment des premières démarches pour l’agrément de ce projet d’adoption, en 2014, on a considéré que c’était pas hyper prudent, quand même, nos trucs de Billings & feeling qu’on faisait depuis sept ans.
Que certes, j’ai énormément appris en connaissance de mon corps et de mes cycles mais que, quand même, il faut bien reconnaître qu’il y a toujours un risque de grossesse. Et comme on ne veut absolument pas que je prenne des hormones de synthèse, on a opté pour un stérilet en cuivre (= DIU).
Avec lequel je suis tombée enceinte deux ans plus tard : grossesse extra-utérine due au DIU*.

1% des cas. Encore moins que le pourcentage de familles parmi les tourdumondistes. Mais c’est pour toi. Sympa.

Je vous passe tous les détails sur lesquels je n’ai surtout pas envie de revenir, tout ce que ça a ravivé de ma toute première grossesse début 2008, celle d’avant la Petite Souris, celle qui s’est arrêtée toute seule à trois mois parce que c’est comme ça, ça arrive.
Bref, après ce truc de dingue extra-utérin de 2016, j’ai dit à Nicola : le stérilet, c’est terminé. Nan parce que, au début, naïvement tu penses que bon, comme le 1% est déjà passé par toi, statistiquement tu as plus de chances que ça ne t’arrive plus jamais de ta vie. Mais non. On t’explique qu’en fait, c’est l’inverse.
Donc terminé, le stérilet.

Et depuis, ben depuis on en est là : préservatif les jours à risque, free-style les jours de free-sex ! Une sorte de retour aux sources comme ça pendant un an… quand arrive une sixième grossesse, imprévue, à l’automne 2017. Alors qu’on est en pleine réflexion sur l’itinéraire de notre TDAP, discussions avec des agences de tourdumondistes, et renouvellement de nos cinq passeports pour réserver les vols.
Grosse surprise. Grosse contradiction avec notre projet d’adoption pour lequel on a obtenu l’agrément un an avant. Donc doutes et désarroi. Puis : joie. Pure, simple, immense. On est des oufs, on se prépare à partir en voyage backpackers presque autour du monde avec trois babi + un futur bébé qui aura trois mois le jour du départ. Yes beillbê ! Let’s do it !

Une citation de John Lennon qui resurgit de ma mémoire et tourne dans ma tête : « La vie, c’est ce qui arrive quand on a d’autres projets… »

Et puis, et puis, fausse couche à deux mois de grossesse. Tristesse. Gros gros chagrin. Mais c’est la vie petit. C’est ce qui arrive quand on a d’autres projets.

Conclusion que le préservatif, comme le stérilet, n’est pas 100% fiable. Ou bien que nous avons commis une erreur d’observation, de calcul. Mon corps comme une machine qu’on ne peut pas domestiquer et qui, sans prévenir, passe en cycle court – ou inversement, en cycle long genre double rinçage essorage alors que tu croyais déjà pouvoir étendre ton linge.
Paraît qu’il n’y a que l’abstinence qui.
Daz coo, dit papa Écureuil.
Ou pendant les grossesses. C’est une de mes raisons préférées pour lesquelles j’aime être enceinte : parce que, au moins, tu es libre de faire comme tu veux, tu n’as plus à t’inquiéter de si y’a graine ou pas graine. Vu qu’en fait, y’en a déjà une qui est en train de pousser dans ton ventre. Mais bon, ça ne dure que neuf mois, et après il faut recommencer à y penser…

Donc, parmi tous les risques et effets, disons « indésirables » mais en vérité c’est bien pire que ça, des différents moyens de contraception, on continue, aujourd’hui, à faire le choix du préservatif qui, lui au moins, ne provoque pas de grossesse extra-utérine. Mais, quasi full time pour minimiser les jours de flou, j’avoue c’est relou.

Alors je me suis dit : quand on rentre du voyage, on se forme aux méthodes symptothermiques pour de vrai. Quitte à bien faire rigoler certains de nos amis (pas trop quand même, attention Fred & Mathias je vous entends. Si si, vous ricanez). Alors qu’en fait, je suis une early-adopter comme dit papa Écureuil dans son travail. Et quand il le dit pour moi, ça me rend tout à coup plus facile d’accepter les railleries et les gloussements, qu’il s’agisse d’haptonomie et d’écharpe de portage en grenouille (maintenant c’est même devenu super tendance), de cup, de massage du périnée pendant la grossesse, de déo bio fabriqué maison, ou de fibres de ménage sans aucun détergent Enjo…
Dans vingt ans, ça se trouve, toutes les femmes auront une cup (mais il y aura probablement autre chose que les tampons hygiéniques pour continuer à polluer les océans), et on pratiquera tous la symptothermie pour réguler les naissances et renforcer notre sexualité. Non ?

 

 

* Note du 15 septembre 2018.

Nicola me corrige : la grossesse extra-utérine n’est pas forcément due au DIU. J’ai écrit ça comme ça, de manière un peu simpliste, parce que Nicola m’avait dit que, sans stérilet, j’aurais probablement mené une grossesse normale – intra, je veux dire. C’est juste que le risque de faire une grossesse extra-utérine est aggravé par le port d’un DIU. C’est un des effets indésirables, connus, de ce moyen de contraception. 1% des cas donc.

« Mais, dit Nicola, on peut bien évidemment faire une grossesse extra-utérine avec capotes (quand il y a eu un hic de capote, cela va de soi 😉 ). Et même, et surtout, avec rien du tout. La fécondation se passe dans les trompes, puis les deux graines réunies voyagent. Mais parfois elles restent accrochées dans la trompe. Soit parce qu’il y a un DIU, donc, qui bloque la sortie de la trompe (car le stérilet n’est pas censé, à la base, y laisser entrer les spermatozoïdes). Soit parce que les petits poils dans les trompes ne transportent pas bien, soit pour d’autres raisons. Car tout n’est pas explicable… »

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Et chez vous, la contraception ça se passe comment ?

Avec ou sans hormones de synthèse ?