Marjane Satrapi par elle-même, illustration de couverture de « Persepolis, Dessin de vie », ouvrage co-écrit par Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, éd. Le Bord de l’eau, 2016.
J’ai appris hier la mort de Marjane Satrapi. Ça m’a fait du triste et je veux lui rendre hommage pour la place unique, irremplaçable, qu’elle occupe dans ma vie :
Marjane Satrapi est, pour toujours, celle qui m’a ouverte à la bédé.
Après de multiples essais infructueux quand j’étais petite, Tintin, Astérix, Gaston Lagaffe, Lucky Luke, Les Schtroumpfs, Boule & Bill, qui, tous, me faisaient chier au point que je ne terminais jamais un album, j’avais fini par me rendre à l’évidence : je n’aimais pas la bédé.
Ça me mettait parfois mal à l’aise avec les enfants de mon âge, le sentiment d’être bizarre, déjà, mais c’était comme ça. Il y en a qui n’aiment pas le chocolat, moi je n’aimais pas la bédé.
Et puis, à l’été 2000, j’ai 22 ans, Télérama publie en avant-première chaque mercredi quelques planches du premier tome de Persepolis à paraître. C’est l’enthousiasme direct. J’adore 🤩
Je garde les feuillets. Je les lis et relis en attendant la sortie. Je veux la suite !

Persepolis est la première bédé que j’ai aimée de toute ma vie, après vingt ans passés à croire que je n’aimais pas ça.
J’ai acheté les quatre tomes au fur et à mesure de leur sortie entre 2001 et 2003, et Poulet aux prunes en 2004, quand mon propre cœur était brisé comme celui de Nasser Ali Khan qui ne pouvait plus jouer du târ.
Ces cinq volumes, je les ai lus cinq fois chacun. Pour aucune autre de mes nombreuses bédés acquises depuis, je n’ai fait ça.
La deuxième fois que j’ai relu l’intégrale de Persepolis et Poulet aux prunes, c’était à l’automne 2008 quand j’étais enceinte de la Petite Souris et que je me suis mariée (qui l’eût cru ?).
→ Relire Dix ans !
La troisième fois, c’était à l’automne 2012 quand j’étais enceinte du Marcass’ et qu’on a déballé nos derniers cartons de livres dans la maison dans laquelle on avait emménagé un an auparavant (un an, ça vaaaa !) pour installer une bibliothèque bédé.
La quatrième fois, c’était début 2020. Je n’étais plus enceinte de personne, on était rentré·es de notre grand voyage autour du monde et j’allais mal. Au détour d’un article je vous l’avais dit, que j’étais en train de relire Persepolis.
→ Relire C’est quoi les derniers trucs que t’as aimés ?
Enfin, la cinquième et dernière fois que j’ai tout relu, c’était début 2025 et je vous avais parlé aussi de Marjane Satrapi. Tout le bien que j’en pensais.
Cliquez sur l’image pour relire Lis-moi janvier 2025

Aujourd’hui Marjane Satrapi est morte, comme son grand-oncle Nasser Ali Khan, le joueur de târ.
« Depuis la guerre Iran / Irak, je sais vraiment qu’il peut ne pas y avoir de lendemain. Alors j’ai envie de profiter de tout, de boire, de fumer, de vivre comme je le souhaite. »
Marjane Satrapi interviewée pour Télérama en janvier 2001.
Que Macron présente ses condoléances à la famille de Marjane Satrapi, ça m’énerve un peu quand tu sais qu’elle a refusé la Légion d’honneur qu’il lui décernait. Mais qui en voudrait, de ce fucking honneur tout souillé quand c’est la même Légion qu’on remet à des ordures telles que Bachar el-Assad ou Harvey Weinstein, des milliardaires, Jeff Bezos, ou ce gros bâtard de Jacques Servier qui a tué des milliers de personnes avec l’Isoméride, puis, quand l’Isoméride a été interdit, avec le Médiator. Et le mec, on le décore s’te plaît. Une petite pipe, Monsieur Servier ? Bah bien sûr.
Le refus de Marjane Satrapi, c’était un crachat sur le déshonneur.
Alors bien sûr le combat continue, contre l’obscurantisme et les hypocrites.
Femme, Vie, Liberté !
Je te salue Marjane, pleine de rage.
Je vais profiter de tout, boire, fumer, vivre comme je le souhaite.

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