Dessin : Guillaume Long par lui-même.
Bonne année, les ami·es !
Je fais court parce que, au moment où je vous écris, on est encore le 31 et j’ai pas fini de préparer le repas 100% italien que j’ai promis ce soir à mes ami·es. Pour être honnête, je ne vous écris pas, d’ailleurs, je dicte ces premières lignes à une feuille de notes sur mon téléphone.
Qu’est-ce que tu fous avec ton téléphone alors que t’es censée préparer ton repas italien ?
Exactement. Je vous pose la question.
C’est parce que je ne vois rien. Je vous jure je ne vois rien, j’ai rendez-vous jeudi prochain chez l’ophtalmo. Je l’ai vu il y a six mois déjà, mais bon. Il m’a dit ça va. Je lui ai dit c’est flou. Il m’a redit ça va et il a ajouté flou parfois c’est mieux. J’ai pensé au dernier spectacle de Florence Foresti, Boys boys boys, quand elle parle de vieillir, quand t’as 50 ans et que ta vue baisse, tu peux pas lire les textos sur le portable de ton mec.
« Que tu tapes joyeux Noël maman ou je te bouffe le cul Véronique, pour moi c’est le même message. »
https://www.youtube.com/shorts/oJ4hD7EBEao
Florence Foresti, « Tout change après 50 ans ! », extrait du spectacle Boys boys boys.
J’ai rien dit.
J’ai gardé pour moi joyeux Noël – et le cul de Véronique.

Pourtant un an auparavant, un an et demi avant aujourd’hui, tout allait bien. Pas de lunettes alouette, je pouvais conduire bourrée en rentrant de soirée sans être éblouie par la nuit. Hum. Il semblerait que les vestiges de ma jeunesse s’effritent encore plus vite qu’une boulette de shit.
(Je cherchais une autre comparaison mais j’ai pas trouvé ; je suis preneuse de vos propositions.)
Quel rapport avec ton téléphone à la main pendant que tu prépares ton dîner italien ?, me demanderez-vous pour la seconde fois. Ben je vais vous le dire. Ce sera mon premier tips de l’année. (Je sais pas pourquoi on met un s à tips alors qu’il n’y en a qu’un, de tip, mais c’est comme ça que disent les plus jeunes qui n’ont pas besoin de lunettes.)
Écoutez bien.
Si vous non plus vous n’arrivez plus à lire le temps de cuisson sur le paquet de pappardelle, il suffit de prendre l’étiquette en photo avec votre téléphone portable puis de zoomer jusqu’au maximum que vous pouvez.
Ne me remerciez pas.
C’est cadeau.
Vous comprenez maintenant pourquoi je cuisine le téléphone à la main.

Et il en va de ma vue comme de mes autres combats contre le temps qui passe. Je peux toujours essayer de ralentir le mouvement, feinter, développer des trucs et astuces, mais au fond m’a dit mon mari :
C’est un combat perdu d’avance.
Le mec m’a tuer.
(Si tu cherches le soutien enthousiaste d’une personne résolument optimiste, passe ton chemin.)
Il a tapé en plein dans le mille d’un mot qui est revenu à plusieurs reprises sans que je l’y invite dans mon expérience des derniers mois de cette année. C’est le mot ACCEPTATION.
Ça ne me fait pas plaisir, c’est un mot qui soulève de grandes résistances en moi parce que je n’arrive pas, pour le moment, à le distinguer de résignation ou abandon. Si je descends dans mes peurs, je vois que mon problème c’est même que je n’accepte pas d’accepter 🙈
Je ne veux pas essayer, parce qu’accepter c’est céder, c’est se résigner, et se résigner c’est la fin.
Qui je suis, moi, si j’accepte ? Si je ne me bats plus ?
Renoncer c’est vieillir ou vieillir c’est renoncer ?
Seulement voilà, je crois que le temps est venu d’ouvrir ce chantier.
ACCEPTATION est (donc) le mot de mon année 2026.
Pendant les douze prochains mois, je vais m’atteler à respirer dans l’acceptation.
Je vais commencer par me faire un vrai café italien comme Guillaume, fermer les yeux et respirer dans ma frustration de ce qui n’est pas comme je veux, comme ça devrait être (et pour ça, l’odeur d’un bon café, ça aide.)
Je vais expérimenter ce qu’il se passe quand j’accepte ce qui est, quand j’arrête de lutter contre.
Peut-être que je ne meurs pas ? Peut-être que la vie continue, peut-être qu’elle devient même plus facile ?
« Je pense qu’il y a autant de chemins que d’individus. Et que chacun·e est libre des étapes qu’il ou elle construit. »
a dit mon mari au matin du 1er janvier 2024.
C’était il y a deux ans et je n’ai plus aucun souvenir de quoi on discutait. Mais j’avais noté la phrase dans mon carnet et j’y trouve du réconfort aujourd’hui. Plusse que dans : c’est un combat perdu d’avance !

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Et vous, que vous inspire 2026 ?





