There and back again, histoire d’un aller-retour

Photo : Townsville le 3 février 2019 sous les inondations. Une photo que nous n’avons pas pu prendre, et pour cause…

 

Par Papa Écureuil.

 

Le voyage c’est avant tout le chemin et pas la destination.
Et aussi, la nature peut se rappeler à toi et te montrer que c’est elle la plus forte, pas toi petit être humain.

 
L’Australie, le retour

Pour notre second road trip en Australie, nous avions prévu de rouler pendant deux semaines de Sydney jusqu’à Cairns puis de nous octroyer une semaine à Sydney sans camping-car. Mais après notre premier road trip de trois semaines entre Sydney et Adélaïde, nous nous sommes rendu compte de l’immensité de ce pays continent…

On aurait pu s’en rendre compte plus tôt, allez-vous dire, mais des fois il faut se prendre le mur pour le voir.

Nous avons donc décidé de changer le lieu de location de notre camping-car et de le récupérer à Brisbane plutôt qu’à Sydney, ce qui nous faisait économiser 1000 km pour nous en laisser 1600 tout de même. Il ne s’agirait pas de s’ennuyer…
Nous avons donc attaqué la route en toute confiance, en planifiant comme il faut cette distance sur deux semaines, soit environ trois heures de route tous les deux jours. Tranquille quoi.

 

À Yeppoon, on a pris notre temps. Se balader sur la plage, regarder la mer…

 

Au bout d’une semaine de voyage, nous étions vers Yeppoon, une station balnéaire à côté de Rockhampton, au niveau du tropique du Capricorne. J’ai décidé que nous allions y rester un peu plus longtemps que prévu car les prévisions météo n’étaient pas super un peu plus au nord, et ce jusqu’à Cairns. Autant profiter du beau temps le plus possible quitte à finalement rouler un peu plus souvent et un peu plus longtemps à la fin du séjour.

Nous devions rendre notre camping-car le lundi 4 février à Cairns et sommes arrivés dans la ville de MacKay le jeudi 31 janvier. Nous devions y rester le vendredi pour aller voir des ornithorynques dans leur environnement naturel (mais les conditions météo ne nous ont pas été favorables…), puis prendre la route pour Townsville (« ville-ville », sympa le nom) le samedi, et finalement rejoindre Cairns le dimanche.

 

Ce que l’on aurait dû voir…

 

Ce que l’on a vu : attention, le truc qui sort de l’eau sur la gauche est une branche d’arbre, seule la partie de droite est, en fait, un ornithorynque… Voilà.

 

Nous discutons avec des Australiens dans le camping qui nous disent que nous ne pourrons pas rejoindre Cairns au vu des conditions météorologiques. « What’s your plan B ? / quel est votre plan B ? », nous demandent-ils à chaque fois. Nous répondons qu’on verra bien, qu’on va tenter malgré tout…
Mais les conditions météo se dégradent franchement au-dessus de Townsville.
Quand nous prenons la route le samedi 2 février au petit matin, les gens du camping nous disent au revoir en secouant la tête et ajoutent : « You won’t make it / vous n’y arriverez pas ».
Et nous de répondre encore qu’on va quand même essayer…

Mais effectivement, we did NOT make it !

Nous avons fait la moitié du chemin jusque Bowen, une ville célèbre pour sa statue de mangue géante (!), où nous nous sommes arrêtés pour prendre des renseignements car les panneaux routiers nous indiquaient que, après Bowen, la route devenait « risquée ».
Renseignements pris, la route n’est plus risquée. Elle est fermée. Là, on l’a bien vu le mur…

Nous étions samedi 2 février après-midi, avec un avion à prendre à Cairns lundi 4 février après-midi, et pas de route pour y aller.
Sometimes you hit the b(e)ar… and sometimes the b(e)ar hits you !

 

Quand on a vu ce panneau, la route n’était pas encore inondée, ça paraissait même improbable…
 
What’s your plan B ?

Bloqués pour bloqués, nous décidons de passer la nuit de samedi à dimanche à Bowen pour réfléchir à nos options et décider de ce que nous allons faire.

Check #1 :  que faire avec le camping-car ?

Après avoir appelé notre loueur, nous avons deux options :

  • soit attendre la fin du déluge et la réouverture des routes (mais combien de temps cela va-t-il durer ?) sachant que ça rallonge la location mais qu’ils nous proposent de le faire à titre gracieux (un super loueur Apollo Campers, on vous recommande) ;
  • soit ramener le camping-car à leur centre le plus proche qui se trouve à… Brisbane, notre point de départ !!!

 

Check 2# : les billets d’avion prévus.

Après appel à la compagnie aérienne, ils me confirment qu’ils ne peuvent… rien faire. Et oui, nous avons un billet tour du monde très spécial qui ne permet pas de changer quoi que ce soit, sauf à passer par notre agence de voyage. La personne de Qantas (la compagnie australienne) me demande de voir avec eux. Bien sûr, comme nous sommes samedi après-midi et que le vol est prévu lundi à 16h heure de Cairns, soit 7h heure de Paris et que l’agence de voyage ne fournit pas de support téléphonique avant lundi 9h ça ne va pas beaucoup m’aider…

Par expérience, depuis que j’ai demandé le changement de billet d’avion quand nous avons décidé de prendre notre camping-car au départ de Brisbane plutôt que de Sydney, je sais que l’on ne peut pas faire de changement, sauf à payer un surcoût forfaitaire par personne plus cher que de nous trouver de nouveaux billets par nous-mêmes.

 

Check 3# : les nouveaux billets d’avion.

Il me faut donc chercher de nouveaux billets d’avion pour Sydney depuis Brisbane. Puisqu’on n’arrivera pas à Cairns. Sydney étant notre destination suivante où nous devons passer une semaine. Il y a plein d’offres de trois compagnies low cost différentes tous les jours de la semaine. C’est déjà ça.

 

Le samedi 2 février sur la Pacific Coast Way en allant vers Bowen. Quand on croyait encore qu’on atteindrait Townsville avant le soir…
 
What’s our plan B ?

Après réflexion, nous décidons de reprendre la route en sens inverse pour Brisbane car attendre que les routes soient de nouveau praticables semble un pari trop risqué. Il s’agirait pas de passer la semaine à Bowen au lieu de Sydney, où nous avons une location déjà payée qui nous attend, voire risquer de louper notre vol pour notre prochaine destination !

Nous sommes donc samedi 2 février après-midi, encore, et nous décidons de prendre des billets d’avion Brisbane-Sydney pour mardi après-midi, ce qui nous laisse dimanche et lundi pour refaire les 1200 km qui séparent Bowen de Brisbane, soit 6h à 7h de route par jour.

Huit heures enfermés dans le camion.

Ce n’est pas tant que ça, diront certains, mais nous avons trois enfants dont un qui ne sait pas encore lire et qui donc se lamente qu’il « ne sait pas quoi faire » au bout d’une heure de route…
Pour compenser, je cherche des arrêts camping super pour eux, comprendre avec piscine et toboggans, afin de les faire s’épuiser de 17h à 19h et éviter les plaintes du soir : on a fait trop de route, c’était nul, et en plus demain ça recommence pareil…

 

Le dimanche 3 février sur la Bruce Highway, de Bowen à Rockhampton. Les baskets d’Audrey trempées sur le tableau de bord, on s’est aperçus le matin qu’on avait une inondation dans le camion…
 
Premier arrêt : Rockhampton

Nous prenons donc la route de bonne heure dimanche 3 février, direction Rockhampton pour notre première moitié de chemin retour. Tout se passe comme prévu, la route comme les plaintes, et nous arrivons donc fourbus à 16h30 au camping que j’avais repéré. Une fois le camping-car garé, nous sautons dans nos maillots de bain direction le parc aquatique et ses toboggans et autres jets d’eau.
Ceux qui ont déjà vu Audrey à Center Parcs peuvent imaginer son humeur… mais elle a pris sur elle, presque sans trop le montrer, et fait un effort pour nos trois babi, tous très heureux de se jeter dans les jeux d’eau.

Cinq minutes après être arrivés, j’entends le Marcass’ pleurer, pas un pleur de « je veux attirer l’attention », un vrai pleur.

Il vient de tomber du toboggan et saigne du menton. Petit coup d’œil à la blessure. Gros soupir. La plaie fait un bon centimètre et semble profonde. Ça sent les points de sutures…

Il est 17h15. Tout le monde se rhabille, on débranche le camping-car, remballe les chaises et la table, rentre le auvent, un petit coup d’œil rapide à Google Maps, et direction les urgences de l’hôpital public de Rockhampton qui se situe, heureusement, à 15 minutes de notre camping.

 

Urgences de Rockhampton (avec le portable d’Audrey sur la barrière !). Nous sommes arrivés là-bas à 17h30 pour en sortir deux heures plus tard, c’était mieux qu’on ne le craignait.

 

Je pourrais me lancer dans une comparaison des systèmes de santé de l’Australie et de la France mais je ne vais pas m’étaler car on est tombés sur un super médecin francophile qui nous raconte qu’il a demandé sa femme en fiançailles à Montmartre, qui nous fredonne les premières notes de La Marseillaise (sans faute) et nous dit d’un ton d’initié que le parc Astérix c’est quand même mieux que Disneyland, tout en prenant le temps d’expliquer à Marcel ce qu’il fait étape par étape. Ce que Audrey a énormément apprécié, et lui a dit par ailleurs.

Résultat des courses : pas de points de suture finalement mais la nouvelle méthode de la glue le long de la coupure, qui laisse moins de cicatrices plus tard.
Et aussi 250 €.

 

Un Marcass’ englué du menton et son ours tricoté main en point mousse, compliment de l’hôpital public australien.

 

Bon et puis pendant qu’on patientait dans la salle d’attente des urgences, on avait une télé allumée sur une chaîne d’information qui montrait les inondations de Townsville, les plus importantes depuis 100 ans, je crois qu’on a bien fait de ne pas s’attarder là-haut… Townsville, la « ville-ville » entre Mackay et Cairns, c’est la photo que vous voyez en tête d’article !
Avec les crocodiles dans les rues, comme dans la vidéo que vous voyez ici :

 

L’article original est ici :
https://www.huffingtonpost.fr/2019/02/04/en-australie-pendant-les-inondations-les-crocodiles-sinvitent-dans-les-rues_a_23660603/

 
Et merci Google Maps !

Le lendemain, nous reprenons la route lundi matin comme prévu, avec la hâte d’en finir. On commence à en avoir marre de conduire le camping-car… Alors quand mon téléphone m’indique, après un peu plus de 3h de route, que l’itinéraire le plus rapide quitte la route principale (la Bruce Highway, que l’on suit depuis Bowen) pour la rejoindre un peu plus au sud, j’avoue, je ne me méfie pas, et on s’y jette les yeux fermés.

L’ Australie ne brille pas par son réseau de routes secondaires.

Nous nous sommes retrouvés sur des routes en gravier et en terre battue, passant aux milieux de pâturages sans clôtures, donc avec vaches au bord et sur la route, à se demander si on arriverait à destination un jour…

 

Une belle route secondaire à l’australienne.

 

Je ne prendrai plus de raccourcis suggérés par mon site de navigation préféré, ça c’est sûr : je pense que ça nous a coûté 1h de délai cette petite escapade.

Et finalement Brisbane, puis Sydney.
C’est donc avec une journée de retard et des billets d’avion supplémentaires à notre actif que nous rejoignons enfin Sydney pour notre dernière semaine en Australie…

 

 Mickaël

 

*****

 

Et vous, avez-vous déjà dû vous adapter aux caprices de Mère Nature ?