Photo : C’est vrai. Et c’est aussi le titre d’un livre de Laure Adler et Stefan Bollmann (que je n’ai pas lu), paru en 2006 chez Flammarion.
Voici venu le temps du bilan de nos lectures… et des partages joyeux qui s’ensuivent !
Suite au constat que j’avais dressé l’année dernière à la même période du peu de livres que j’avais lus en 2024, j’ai choisi au début de 2025 de me réapproprier le temps que je passe sur WhatsApp.
Chaque jour de cette année (en vrai non, carrément pas, mais sur le papier ça devait être chaque jour), j’ai fait le geste conscient et délibéré d’éloigner physiquement de moi mon téléphone dans les moments où je veux m’assurer de faire ce que j’ai décidé de faire – et ne pas me laisser distraire.
Le résultat est, sans surprise, que j’ai beaucoup plusse lu cette année :
96 livres, soit une moyenne de 8 par mois, contre 37 livres l’année dernière.
Donc oui, les réseaux volent notre temps et notre attention, à moi comme à nous tous et toutes. Incontestablement.
J’ai beaucoup plusse lu de livres, j’ai beaucoup plusse mangé de tartines de la nuit aussi.
J’ai beaucoup plusse lu de livres, mais aussi, par les newsletters de personnes qui m’inspirent auxquelles je me suis abonnée en début d’année, j’ai lu beaucoup plusse d’articles de fond sur les sujets qui m’intéressent. Cela m’a permis d’approfondir mes connaissances, ma réflexion, et, de lien en lien, d’élargir considérablement mes horizons.
Merci à Lauren Bastide, Louise Morel et Victoire Tuaillon notamment. 🌈

96, ça veut dire qu’à quatre ouvrages près, j’atteignais les 100 livres dans l’année, comme mon amie Myriam qui les a largement dépassés cette année encore (et qui, elle, ne compte pas les albums et romans jeunesse !).
Mais on n’est pas là pour faire un concours de celle qui fait le plusse de burpees en moins de dix minutes. On est là pour partager ce qu’on a aimé et nous donner des forces et de l’élan.
Voici donc le moment où je vous dévoile les lectures que j’ai préférées en 2025.
Tous ces ouvrages, vous les connaissez déjà car même si vous ne les avez pas lus, vous les avez découverts au fil de mes articles mensuels, Lis-moi.
Lis-moi décembre 2025
Lis-moi novembre 2025
Lis-moi octobre 2025
Lis-moi septembre 2025
Lis-moi août 2025
Lis-moi juillet 2025
Lis-moi juin 2025
Lis-moi mai 2025
Lis-moi avril 2025
Lis-moi mars 2025
Lis-moi février 2025
Lis-moi janvier 2025
J’ai adoré écrire ces rendez-vous mensuels avec vous. Je pense qu’ils m’ont eux aussi poussée à lire davantage, ne serait-ce que parce que j’avais la pression de la publication de l’article, et donc des livres que je devais me hâter de finir pour être en mesure de vous en parler.
Mais ces articles réguliers ont également été une contrainte que je m’étais moi-même fixée et qui m’a empêchée d’écrire sur d’autres sujets par manque de temps. Or j’aime pas qu’on m’empêche. Je ne supporte pas – du tout – la contrainte, quand bien même elle vienne de moi.
C’est pourquoi j’ai décidé de ne pas reconduire ces articles culturels en 2026. Je me garde la liberté de vous parler ponctuellement d’un livre qui m’enthousiasme, mais plus de manière systématique. On se retrouvera pour un nouveau bilan littéraire à la fin de l’année.

Pour mon palmarès 2025, je n’ai pas souhaité élire de « Palme d’or » comme l’année dernière car, à part quand on cherche un cadeau pour quelqu’un·e, il me semble que ça a peu de sens de devoir choisir entre un roman, un essai et une bande dessinée. Par exemple. Néanmoins, j’ai sélectionné pour chacune de ces catégories le livre que j’ai préféré parmi tous ceux que j’ai lus.
J’y ajoute quatre recommandations de livres à offrir dans des cas particuliers.
J’observe que, cette année encore, mes lectures sont marquées par les luttes féministes et le combat contre les violences sexistes et sexuelles.
En même temps, quand, en fin d’année, la femme du Président de la République (la République Française hein, on ne parle pas de la Syrie), quand la femme du Président de la République Française, donc, prend la défense du violeur et traite les militantes féministes de « sales connes », je me dis qu’il y a encore du taf.

Mon palmarès 2025 est…
Le roman qui m’a le plusse emportée
Julia Kerninon, Sauvage, éd. L’Iconoclaste, 2023
« On ne peut pas donner son amour à quelqu’un qui nous prend tout le reste comme s’il nous faisait les poches. Ça n’est pas possible. » (p.175)
J’ai lu ce roman en novembre.
Dans l’essai de Lauren Bastide, Enfin seule, dont je vais vous parler plus loin, j’ai lu :
« Détruire le foyer c’est construire sa cabane. Un endroit qu’on érige pour y devenir nous. Ce lieu a un rapport avec la création. » (p.122)
Construire, concrètement, sa cabane au fond du jardin, c’est ce que fait l’héroïne de Sauvage avec l’aide de ses copines. Cette chambre à soi qui lui est nécessaire pour ne pas se dissoudre dans son quotidien.

La bédé qui m’a le plusse touchée
Aude Mermilliod, Éclore, éd. Casterman, 2024
J’ai lu ce roman graphique en février. Il m’a éblouie.
« Vous rejouez la scène. Vous la recréez encore et encore, pour justement vous donner une occasion d’en sortir. Mais, comme c’est inconscient, ça ne fonctionne pas. De l’extérieur, ça ressemble à une attitude autodestructrice. Mais c’est tout sauf ça ! » (dit la psy, p.71)
J’ai lu 34 bandes dessinées et romans graphiques cette année. Richesse de la bédé indé, meilleure représentation des femmes et des minorités, talent et originalité des illustratrices, c’est ici que mon choix a été le plus difficile à faire. Notamment avec la concurrence des deux bédés de Liv Strömquist, Les sentiments du Prince Charles et La pythie vous parle, qui sont remarquables d’humour et d’intelligence et que je conseille à tout le monde.
Mais, comme je le pressentais déjà en février, l’album Éclore, de Aude Mermilliod, est celui qui m’a le plus intimement émue.

L’essai qui m’a le plusse transformée
Lauren Bastide, Enfin seule, éd. Allary, 2025
Oui cet essai est transformateur ! Enfin seule est le dernier livre que j’ai lu en 2025, et si je ne vous en ai pas encore abreuvé·es, c’est pour la seule raison que je l’ai lu APRÈS la publication de mon Lis-moi décembre !
« Il existe dans la solitude la promesse d’une émancipation, d’une estime de soi renouvelée et de la possibilité d’habiter le monde, enfin, à son rythme. » (4e de couv)
J’avais même pas commencé le livre que déjà je voulais l’ouvrir comme un cadeau, cette promesse d’émancipation et d’estime de soi ! Je voulais découvrir la formule magique pour habiter le monde sans me sentir trop (trop intense, trop émotive, trop fatigante, trop excessive) ou pas assez (pas assez rapide, pas assez mince, pas assez jolie, pas assez productive).
Je voulais percer le secret de la solitude heureuse.
On est tellement conditionnées à penser que si on vit seule c’est qu’on a raté sa vie, c’est qu’on a un truc qui tourne pas rond, c’est qu’il y a un loup… sauf que, spoiler : y’a pas de loup qui mange le Petit Chaperon rouge. Ça c’est la version du conte que le patriarcat utilise pour faire peur aux femmes qui traversent la forêt comme ça leur chante !

L’approche de Lauren Bastide dans son essai est à la fois personnelle et très documentée. Elle s’appuie sur de nombreux travaux de recherches historiques, sociologiques, religieux, et analyse à travers le prisme du genre le regard que l’on pose sur la solitude des femmes (c’est Lauren Bastide quand même 😉).
Bien sûr son point de vue est celui, situé, de qui elle est : une femme blanche, valide et privilégiée qui a choisi sa solitude. Mais, blanche, valide et privilégiée, c’est aussi ma situation donc je m’y suis reconnue – bien que je ne vive pas seule et que donc, par définition, cette part essentielle qui est l’expérience physique de l’enfinsolitude, m’échappe.
Je me suis reconnue dans la panique intérieure à l’idée même d’être seule, qui, en majeure partie voire en intégralité, nous est implantée. À ne pas avoir assez confiance en moi pour être seule. Sur des éléments de base de la pyramide de Maslow : comment manger, comment dormir, comment ne pas tomber folle.
Comme si les autres portaient la charge d’être un rempart à ma folie.
Cette peur d’être folle est au cœur de mon premier livre de 2026 : Mon vrai nom est Élisabeth, d’Adèle Yon (éd. du sous-sol, 2025).
(Je vous avais parlé de ce livre et de son autrice dans l’article Mon maillot de bain & moi 2 (ce que je ne vous ai pas dit)… pour vous dire que je ne l’avais pas encore lu !)
« Il est possible que toutes les souffrances psychiques des femmes et de tous les êtres en position de subordination sociale soient le résultat d’un écrasement politique. » (p.231)

Alors trouver l’apaisement en soi et non à l’extérieur de soi, j’ai trouvé ça waooo juste et galvanisant. Tellement libérateur !
« Je navigue à vue. Je traverse des vagues. Mais là où d’autres fois j’aurais pu claquer des portes, briser des verres, accomplir des gestes romanesques qui me laissaient exsangue et me donnaient autrefois envie, ensuite, de boire jusqu’à plus soif, fumer du cannabis, faire des achats compulsifs sur Internet, me jeter dans des pratiques sexuelles vaguement humiliantes, conduire trop vite, balancer des choses (parfois ma tête) contre des murs, suffoquer en hurlant que je suis nulle – là où avant, j’aurais fait tout ça, aujourd’hui, je vais marcher. De préférence le matin, quand il fait froid. Ou je fais du yoga. De préférence au réveil quand j’ai le cerveau embrumé. Ou je joue avec mon chien. Ou je cuisine un truc. Ou j’écris dans mon carnet. Ou je chante d’un bout à l’autre tout Starmania. Et à chaque fois que je fais ça, je me reconnecte au monde dans mon enfinsolitude, je sors le nez de la relation dans laquelle je cherche à tort mon identité et je me rencontre à nouveau. Je me serre dans mes propres bras. La vague d’anxiété passe, le besoin profond de réassurance s’estompe. » (pp.209-210)
Il m’apparaît également que cette façon de s’occuper soi-même de ses manques, de ses peurs et de guérir ses blessures permet une plus grande ouverture à l’autre, à la rencontre de qui il ou elle est, avec ses propres besoins, ses propres désirs, ses propres blessures, sans chercher en lui ou en elle de quoi combler nos attentes et nos gouffres intérieurs.

Évidemment c’est un processus long qui nécessite d’apprendre à se nourrir seule plutôt que de s’en remettre à l’autre pour être nourrie (en croisant les doigts que ce soit avec 1/. des aliments de bonne qualité, 2/. précisément ceux dont notre cœur et notre corps ont besoin).
C’est une voie difficile et à contre-courant.
Mais le programme par défaut, si nous ne faisons pas le choix de la responsabilité, est risqué, aléatoire, et nous maintient dans une situation de grande dépendance.
Par rapport à l’amour, au couple, le concept d’enfinsolitude est ainsi présenté comme un incroyable empouvoirementoù, breaking news, mon bonheur, ma survie, le sens même de mon existence, ne dépendent plus de la présence dans ma salle de bain d’un amoureux qui me regarde et me valide (et m’aime et m’approuve).
Pardon pour cet anglicisme d’« empouvoirement », qui est horrible, je sais, et c’est moi qui l’emploie, pas l’autrice, mais je ne trouve aucune traduction de empowerment en français qui me satisfasse. J’ai essayé autonomie, responsabilité, ou, mieux, émancipation, mais aucun de ces mots n’exprime aussi bien que empowerment l’acte de se libérer de la contrainte, voire de l’oppression, et de faire de sa libération un outil de pouvoir et de pensée politique.

Dans l’enfinsolitude, enfin, il y a la quête de sa propre voix. Pas la petite (ou grosse) voix méchante qu’on entend toutes à l’intérieur de nous, à longueur de journée, et qui passe son temps à critiquer ce qu’on fait et à juger à quel point on est nulle par rapport aux autres.
La mienne c’est Monique, salut Monique, et de temps en temps elle s’invite jusque dans ces pages. Vous en avez eu un aperçu par-ci, par-là. Probablement par-là aussi.
Ici il s’agit d’une tout autre voix. Une petite voix timide qui n’ose plus l’ouvrir tellement elle a été rabrouée, tellement elle a peur qu’on se moque d’elle parce que pour qui elle se prend franchement ? La petite voix qui nous encourage, qui nous félicite, qui trouve que c’est bien ce qu’on fait et qu’on est une chouette personne. Peut-être même elle nous dit bonne nuit quand on va se coucher, nous souhaite de beaux rêves, et on ne l’entend pas ?
Lauren Bastide raconte donc comment elle soliloque et fait le parallèle avec les enfants, petits, qui souvent commentent à voix haute ce qui leur arrive, ce qu’ils ou elles font. Avant que la vie en société ne se charge d’écraser cette voix pour la rendre conforme.
Être enfin seule, c’est la possibilité de se connecter à soi pour réentendre sa voix profonde. Pour lui laisser la place et l’autorisation d’émerger.
« Pour les filles, aux prémices de la puberté, surgissent les injonctions à être discrète, menue, jolie et à ne surtout pas poser trop de questions. » (p.71)

Je vais m’arrêter là pour ce livre parce qu’il me reste encore quatre recommandations à vous faire sur 2025, mais bon, vous voyez comme sa lecture m’a aidée à cheminer sur le sujet.
La capacité à conquérir sa solitude comme une cabane que l’on construit pour s’y sentir en sécurité avec soi-même me paraît tellement indispensable à comprendre et à mettre en œuvre que j’ai poursuivi ma réflexion par l’écoute de podcasts.
(Vous pouvez commencer par les podcasts si vous n’avez pas envie de lire le livre tout de suite.)
Entretien Blast
Interview de Lauren Bastide par la journaliste Salomé Saqué (9 décembre 2025) : « Changer de regard sur la solitude des femmes ».
Pourquoi la liberté d’être seule reste-t-elle si difficile à accepter, et comment les femmes peuvent-elles s’en saisir ?
Podcast Encore heureux
Épisode avec Lauren Bastide (25 novembre 2025) : « Faut-il apprendre à cultiver la solitude ? »
Là où la solitude masculine est souvent associée au génie ou à l’indépendance, celle des femmes reste encore surveillée et jugée. Pourquoi et depuis quand ? En quoi est-il nécessaire d’avoir un espace à soi ? À quoi ça sert ?
https://www.binge.audio/podcast/encoreheureux/faut-il-apprendre-a-cultiver-la-solitude
Podcast Folie Douce
Épisode #45 du 25 décembre 2025 : « Éropolitique et enfinsolitude, rencontre croisée avec Myriam Bahaffou ».
Myriam Bahaffou est une philosophe écoféministe. Elle vient de publier l’essai « Éropolitique : Écoféminismes, désirs et révolution », éd. Le Passager clandestin, 2025.
https://www.radio.fr/podcast/folie-douce

Ma meilleure reco pour votre cops qui se demande pourquoi elle (plus rarement il) souffre de troubles anxieux et d’épisodes dépressifs récurrents
Cécile Cée, Ce que Cécile sait, éd. Marabout, 2024
Je vous ai parlé de ce livre en décembre. Et j’avoue que j’ai pas envie de recommencer car il m’a minée. Pourtant je le recommande ici parce que oui je pense qu’il faut le lire.
Oui je pense que la santé mentale dépend, pour une large part, de ce qu’on a vécu dans l’enfance.
Oui je pense que ce qu’on appelle « la folie » des femmes prend sa source dans le silence des violences patriarcales. Dans l’impossibilité de dire et d’être entendue.
Et oui je pense que des troubles anxieux et des épisodes dépressifs récurrents malgré une prise en charge et un entourage présent peuvent découler d’un choc traumatique.
« Le rapport de la Ciivise montre que l’inceste est un très gros facteur de risque suicidaire et demande un dépistage systématique pour les hospitalisations d’enfants ou d’adolescent·es suicidaires. » (p.129)


Perso, quand j’ai été hospitalisée entre mes 19 et mes 20 ans (quasiment six mois quand même), personne ne m’a jamais « dépistée ». Pas même la psy de l’hôpital, que j’ignorais avec ostentation et à laquelle je n’aurais de toute façon pas pu répondre puisque j’étais encore sous amnésie traumatique. N’empêche, le voile là-dessus, ça interroge.
Quelques années plus tard, dans son cabinet, ma psy (une autre, la bonne) m’a lu les résultats d’une étude clinique* menée auprès de patient·es anorexiques ou/et boulimiques. Elle tenait ça d’un article professionnel publié dans une revue médicale spécialisée de psychiatrie (je suis dég’ de ne pas avoir noté la source mais c’était en 2001 et j’en avais rien à foutre des stats).
J’en ai retenu que la moitié avait déclaré avoir subi un abus sexuel dans l’enfance.
50% des personnes qui souffrent d’un trouble du comportement alimentaire.
Sachant que ces 50% ne tiennent pas compte, et pour cause, des personnes qui, comme moi au moment de mon hospitalisation, sont encore dans le trou noir de leur mémoire traumatique.
Donc, en réalité, beaucoup plusse que 50%.

Je ne dis pas que toutes les personnes anorexiques ont été violées, ni que les victimes de violences sexuelles dans l’enfance vont forcément développer un trouble du comportement alimentaire.
Mais je garde en tête que sur 100 personnes qui souffrent d’anorexie mentale ou de boulimie, la moitié ont subi un abus sexuel dans l’enfance – et que certaines n’en ont pas encore souvenir.
À titre de comparaison avec la population générale (et pas seulement le groupe spécifique anorexie / boulimie), selon l’enquête Virage* de Santé publique France qui s’intitule « État de santé mentale des personnes déclarant des antécédents de violences sexuelles avant l’âge de 15 ans – résultats du Baromètre de Santé publique France 2017 » :
14 % des femmes et 4 % des hommes entre 20 ans et 69 ans parmi la population générale déclarent avoir vécu au moins une forme d’agression sexuelle (attouchements, tentative ou viol) au cours de leur vie, et pour une importante majorité de ces faits, les violences ont eu lieu avant 15 ans.
* Je rappelle que ce type d’enquêtes dites « de prévalence » repose sur des déclarations. Beaucoup d’abus sexuels (en particulier les abus infantiles) n’étant jamais déclarés ou reconnus publiquement, la réalité est toujours fortement sous-estimée par les statistiques.

Ma meilleure reco pour votre ado qui a passé 15 ans ET qui en a définitivement terminé avec ses années collège. (Celle ou celui à qui on peut de nouveau parler quoi.)
Ovidie et Diglee, Tu n’es pas obligée, éd. La ville brûle, 2022
Je vous en ai parlé en février.
Je me dis que si on lit ce livre à 15 ans avant de démarrer sa sexualité, on s’évitera peut-être qu’à 45 ans la chair est triste hélas. C’est une question que je pose à Ovidie, et à nous toutes qui avons démarré notre sexualité hétéro en nous appliquant bien à faire tout ce qu’on imaginait devoir faire pour être un super coup, pour que les mecs soient contents, plutôt qu’en nous demandant : qu’est-ce qui me ferait plaisir à moi ? qu’est-ce qui me fait envie, genre vraiment ?
« Les « attends, j’ai bientôt fini » ou les « allez, s’il te plaît, juste un peu » et autres paroles de charo ne devraient jamais être prononcées. En aucun cas tu n’as à serrer les dents ou à penser à autre chose en attendant que ça passe. » (p.54)
Je pose ça comme ça mais ça me paraît tellement important que ça mériterait d’être développé.
J’aimerais savoir quelle femme de mon âge aujourd’hui a commencé sa vie sexuelle adolescente dans l’euphorie de : waooo ! j’adore mon corps de me faire kiffer comme ça !
Honnêtement.

Parce que moi ce que j’observe surtout, c’est qu’on est nombreuses à ne pas avoir osé dire que c’était nul ou que ça faisait mal. On est nombreuses à avoir accepté d’avoir mal et de serrer les poings, les dents, en considérant que c’était normal. Paye ta déconnexion de soi.
On est nombreuses à s’être mises à penser à partir de ce moment-là – dans une grande honte et avec le sentiment que quelque chose n’allait pas en nous – que peut-être, le sexe, on n’aimait pas tellement ça. Qu’on allait faire tout ce qu’il faut pour assurer et que ça ne se voie pas, surtout, que ça ne se voie pas, mais que, personnellement, on préférait lire un roman.
Bah oui minette, tu m’étonnes !
C’est la pauvreté du script hétéro-normatif traditionnel qui est triste hélas.
C’est le décalage entre comment on grandit en tant qu’homme désirant, avec des besoins sexuels naturels et légitimes, et comment on grandit en tant que femme en intégrant que le plus important c’est de se montrer désirable pour les hommes, que notre valeur réside dans notre capacité à plaire et à tout faire pour répondre aux attentes des autres plutôt qu’à nos propres besoins ou, soyons folles, désirs. Sinon quoi ? On est égoïste ?
Donc on s’y plie parce que c’est ça qu’il faut faire pour être une femme normale, une femme bien, sans s’occuper de si on a du plaisir ou pas. (Souvent, pas. D’ailleurs une femme qui montre trop de plaisir dans le sexe, ce n’est pas tout à fait une femme bien, donc attention.)

Je ne suis pas la seule à faire ce désolant constat.
D’après le rapport de l’Inserm publié en 2023, « Contexte des sexualités en France : La quatrième enquête scientifique nationale sur la sexualité », 45 % seulement des femmes de 18-69 ans se déclarent satisfaites de leur vie sexuelle. (Pardon mais après 69 ans, c’est comment ? T’es censée plus avoir de sexualité ?? Ça m’énerve putain ! 🤬)
Moins de la moitié des femmes dans les chiffres – et sur le terrain, encore moins que ça. On sait bien que le sexe est, avec l’argent, LE sujet sur lequel les gens font semblant de performer et d’être hyper épanouis plusieurs fois par semaine alors que. Non. Ça me fait de la peine, ce mensonge, ça fait du mal à tout le monde. À elles surtout, miskina.
En fait, c’est comme si tous les jours tu tapes ton kilo d’oignons à émincer, jamais autre chose, tous les jours hop ton kilo, à force t’en peux up, t’es tellement saoulée d’émincer des oignons, tu te dis que non merci la cuisine, c’est pas pour toi, tu préfères aller au cinéma.
Ou, moi par exemple, je n’ai pas de plaisir à poncer des étagères. Mais genre, vraiment pas. Donc c’est vrai que j’ai vite fait d’en déduire que le bricolage, j’aime pas tellement ça. Si, quand je pense bricolage, c’est le ponçage qui me vient direct. Voyez ?
Le problème, c’est le manque d’imagination. L’absence de curiosité.
Et puis un beau matin (ou une belle après-midi), il s’est passé dix ans, vingt ans, tu découvres que ce n’est pas que tu n’aimes pas le sexe, c’est que tu n’aimes pas le sexe qui n’est pas bon.
Et ça change TOUT ! 🤩

Mes deux meilleures recos, enfin, pour votre pote qui pense que nan mais c’est bon, l’égalité hommes / femmes on l’a maintenant, ça va, c’est plus comme avant
Là je vais faire court parce que j’avoue je me suis un peu emballée sur les deux derniers… Si j’étais dotée de l’esprit de concision et du laconisme qui caractérisent certain·es de mes ami·es, je vous aurais simplement dit : tiens, mon conseil de lecture c’est ça, une photo de la couv’, lis-le et salut !
Voici donc, en vif, mes deux dernières recommandations de 2025. Lisez-les, offrez-les et salut !
Stéphane Jourdain et Guillaume Daudin, illustré par Antoine Grimée, L’Arnaque des nouveaux pères – Enquête sur une révolution manquée, éd. Glénat, 2024
J’ai lu cette enquête sociologique sous forme graphique en mai.
« Les images, c’est fondamental. Si tu dis à une fille : « tu peux tout faire », mais qu’à la maison sa mère subit toute la charge mentale, elle prendra tout sur elle plus tard. » (p.176)

Dernière reco, toujours pour votre pote qui trouve que, bon d’accord, la charge des pères et la charge des mères n’est peut-être pas encore équilibrée, mais qu’au moins nous sommes, hommes et femmes aujourd’hui, dans des rapports de couple et sexuels égalitaires.
Non.
Ovidie, La chair est triste hélas, éd. Julliard, 2023
J’ai lu ce brûlot sur la réalité des rapports sexuels hétéro de notre époque en octobre.
#NotAllTheRealiteNotAllThe Rapports, heureusement, parce que le livre est déprimant. Vraiment. Et pourtant… Pourtant comme je m’y suis retrouvée, à plein d’endroits, comme j’y ai retrouvé mes copines !
« Toutes ces fois où je l’ai fait par convention, j’aurais largement préféré qu’à la fin on me laisse vingt balles sur la commode, au moins j’y aurais trouvé du sens. » (p.15)
Ou, à défaut de sens, une enveloppe pour payer la pintade chaponne de Noël.
Voilà mes petits poissons, merci d’avoir lu jusqu’ici, je ne pensais pas que ce serait si long !
Je vous laisse avec la liste complète des 96 livres de mon année 2025 qui me sert d’aide-mémoire. Si vous avez envie de partager avec moi comment vous faites, vous, pour vous rappeler les livres que vous lisez au fil du temps, ça m’intéresse. 😌

*****
La liste complète des 96 livres de mon année 2025
Dans l’ordre antéchronologique, les derniers que j’ai lus (au mois de décembre donc) apparaissent en premier de chaque catégorie – comme des articles sur un blog.
Romans (16)
Antoine Wauters, Pense aux pierres sous tes pas, éd. Verdier, 2018
Joy Sorman, Boys, boys, boys, éd. Gallimard 2005
Julia Kerninon, Sauvage, éd. L’Iconoclaste, 2023
Antoine Wauters, Moi, Marthe et les autres, éd. Verdier, 2018
Miranda July, À quatre pattes, éd. Flammarion, 2025
Armistead Maupin, Chroniques de San Francisco, éd. 10/18, 2000
Camille Froidevaux-Metterie, Pleine et douce, éd. Sabine Wespieser, 2023
Michel Jean, Kukum, éd. Dépaysage, 2020
Louise Morel, Ressource humaine, éd. Hors d’atteinte, 2022
Violette Leduc, Thérèse et Isabelle, éd. Gallimard, en 2000 pour la première fois en texte intégral (une première version, censurée, a d’abord été publiée en 1966 chez Gallimard aussi)
Fanny Ruwet, Bien sûr que les poissons ont froid, éd. L’Iconoclaste, 2023
Erika Nomeni, L’Amour de nous-mêmes, éd. Hors d’atteinte, 2023
[#relecture] Myriam Bouroche, À demeure, éd. Château d’encre, à paraître en 2026
Lola Lafon, Une fièvre impossible à négocier, éd. Actes Sud, 2016
Sorj Chalandon, Une promesse, éd. Grasset, 2006
Réjean Ducharme, L’avalée des avalés, éd. Gallimard, 1966
Récits, biographies et autobiographies (12)
Maïtena Biraben, La Femme invisible, éd. Grasset, 2024
Amandine Gay, Une poupée en chocolat, éd. La Découverte, 2021
Cécile Cée, Ce que Cécile sait, éd. Marabout, 2024
Joy Sorman, À la folie, éd. Flammarion, 2021
Martin Winckler, La vacation, éd. P.O.L., 1989
Vanessa Springora, Patronyme, éd. Grasset, 2025
Rebeka Warrior, Toutes les vies, éd. Stock, 2025
Ovidie, La chair est triste hélas, éd. Julliard, 2023
Nigel Nicolson, Portrait d’un mariage, éd. Le Livre de Poche, 2018 (première publication aux éditions Stock en 1974)
Rim Battal, Je me regarderai dans les yeux, éd. Bayard, 2025
Emmanuel Carrère, Yoga, P.O.L., 2020
Melvil Poupaud, Quel est Mon noM ?, éd. Stock, 2011
Essais (3)
Lauren Bastide, Enfin seule, éd. Allary, 2025
Servane Mouton, Écrans, un désastre sanitaire, éd. Gallimard, coll. Tracts, 2025
Camille Froidevaux-Metterie, Être féministe, pour quoi faire ?, éd. La Martinière, 2023
Recueils de poèmes (6)
[#relecture] Rupi Kaur, le soleil et ses fleurs, éd. Pocket, 2017
[#relecture] Rupi Kaur, lait et miel, éd. Pocket, 2015
Sofi Oksanen, Une jupe trop courte, éd. Points Poésie, 2021
Douce Dibondo, infra/seum – Une poésie fâchée avec tout le monde, éd. Blast, 2024
[#relecture] Cécile Coulon, Noir volcan, éd. Le Castor Astral, 2021
Baptiste Beaulieu, La joie et le reste, éd. L’Iconoclaste, coll. « L’Iconopop », 2021
Jeunesse (14)
[#relecture] Georges Chaulet, Fantômette et la maison hantée, coll. Bibliothèque Rose, éd. Hachette, 1971
[#relecture] Véropée, Raoul en milieu naturel, éd. Jungle, 2017
[#relecture] Anaïs Vaugelade, Une soupe au caillou, éd. L’école des loisirs,
2000
[#relecture] Anaïs Vaugelade, L’anniversaire de Monsieur Guillaume, éd. L’école des loisirs, 1994
[#relecture] Tomi Ungerer, Le Géant de Zéralda, éd. L’école des loisirs, 1971
[#relecture] Astrid Desbordes et Pauline Martin, Ce que papa m’a dit, éd. Albin Michel Jeunesse, 2016
[#relecture] Astrid Desbordes et Pauline Martin, Mon amour, éd. Albin Michel Jeunesse, 2015
[#relecture] Anaïs Vaugelade, Le déjeuner de la petite ogresse, éd. L’école des loisirs, 2002
Jörg Steiner, illustré par Jörg Müller, L’Île aux lapins, éd. Mijade, 2005 (première éd. 1978).
Baptiste Beaulieu, illustré par Qin Leng, Je suis moi et personne d’autre, éd. Les Arènes, 2024
Baptiste Beaulieu, illustré par Qin Leng, Les gens sont beaux, éd. Les Arènes, 2022
Marguerite Abouet et Mathieu Sapin, Akissi de Paris, tome 1, éd. Gallimard BD, 2024
Ovidie et Diglee, Tu n’es pas obligée, éd. La ville brûle, 2022
Philippe Delerm, Surtout, ne rien faire, éd. Milan, 1994
Bandes dessinées / romans graphiques (34)
Camille Besse et Éric La Blanche, Si les hommes avaient leurs règles, éd. Le Lombard, 2022
Élise Thiébaut et Elléa Bird, Vierges – La folle histoire de la virginité, éd. Le Lombard, 2024
Marta Breen et Jenny Jordahl, Histoire(s) de femmes – 150 ans de lutte pour leur liberté et leurs droits, éd. Larousse, 2019
Marta Breen et Jenny Jordahl, La chute du patriarcat – Histoire(s) du sexisme et des femmes qui y ont résisté, éd. Larousse, 2022
Riad Sattouf, L’Arabe du futur – Moi, Fadi le frère volé, tome 1, éd. Livres du Futur, 2024
Lola Lafon, illustré par Pénélope Bagieu, La nuit retrouvée, éd. Gallimard, 2025
Riad Sattouf, L’Arabe du futur, tome 6, éd. Allary, 2022
Riad Sattouf, L’Arabe du futur, tome 5, éd. Allary, 2020
Typhaine Rivière, La Distinction (librement inspiré de l’œuvre de Pierre Bourdieu), éd. Delcourt, 2023
Ingrid Chabbert, illustré par Aimée de Jongh, Soixante printemps en hiver, éd. Dupuis, 2025
GiedRé, La boîte de petits pois, éd. Delcourt, 2019
Navie, illustré par Audrey Lainé, Moi en double, éd. Delcourt, 2019
Hervé Kempf et Juan Mendez, Comment les riches ravagent la planète – et comment les en empêcher, éd. du Seuil, 2024
Fanny Vella, Le Seuil, éd. Le Courrier du Livre Graphic, 2024
Emmanuel Reuzé et Nicolas Rouhaud, Faut pas prendre les cons pour des gens, tome 1, éd. Fluide Glacial, 2019
Sara Soller, Girlfriends, éd. Sarbacane, 2024
Léa Bordier, Cher Corps, éd. Delcourt, 2019
Liv Strömquist, La pythie vous parle, éd. Rackam, 2024
Liv Strömquist, Les sentiments du Prince Charles, éd. Rackham, 2016
Aude Mermilliod, Il fallait que je vous le dise, éd. Casterman, 2019
Stéphane Jourdain et Guillaume Daudin, illustré par Antoine Grimée, L’Arnaque des nouveaux pères – Enquête sur une révolution manquée, éd. Glénat, 2024
Émilie Gleason, Junk Food – Les dessous d’une addiction, éd. Casterman, 2023
Grégory Panaccione, Nos âmes oubliées (d’après le livre de Stéphane Allix), éd. Le Lombard, 2024
Sophie Adriansen et Melle Caroline, Chère maman – Les mères aussi peuvent être toxiques, éd. Glénat, 2025
Marie Pavlenko, illustré par Joséphine Onteniente, Moi, je veux être une sorcière – Ménopause : le dernier tabou, éd. Bayard Graphic, 2023
Aude Mermilliod, Éclore, éd. Casterman, 2024
Baptiste Beaulieu, illustré par Dominique Mermoux, Les mille et une vies des urgences, éd. Rue de Sèvres, 2017
Pascal Rabaté et Simon Hureau, Crève saucisse !, éd. Futuropolis, 2013
[#relecture] Marjane Satrapi, Persepolis, tomes 1 à 4, éd. L’Association, 2001-2003
[#relecture] Marjane Satrapi, Poulet aux prunes, éd. L’Association, 2004
Isabel Del Real, Plouhéran, À vélo de la Bretagne à l’Iran, éd. Delcourt, 2024
Livres pratiques (6)
Nathalie Le Foll et François Lachèze, Pirates à vos couteaux ! (de cuisine) – 30 recettes mortelles, éd. Librairie du Petit Jour, 2008
Mathou, Corps à cœur, éd. Leduc, 2023
Christophe André, Méditer, jour après jour, éd. L’Iconoclaste, 2011
Louise Morel, Comment devenir lesbienne en dix étapes, éd. Hors d’atteinte, 2022
Emily Nagoski, Je jouis comme je suis – Guide pour une sexualité féminine épanouie, éd. Leduc, 2021
Fereydoun & Rochane Garajedagui, Cuisine familiale d’Iran : les carnets de recettes d’une famille perse, éd. Solar, 2024
Objets littéraires inclassables (5)
Brigitte Fontaine, La Vieille prodige, éd. Le Tripode, 2021
Louise Chennevière, Pour Britney, P.O.L., 2024
Marguerite Duras, La Vie matérielle, éd. P.O.L., 1987
Lauren Bastide, Courir l’escargot, éd. Jean-Claude Lattès, 2024
Klaire fait Grr, La fin des coquillettes – Un récit de pâtes et d’épées, éd. Binge Audio, 2023

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Et vous, « qu’est-ce que tu me conseilles comme livres » ?





