Photo : Tarte à la rhubarbe pour mon pote Arnaud (hier, samedi 27 juin 2026).
Je vis avec un ieuv
Mes ados mettent leur téléphone au frigo et je fais des tartes pendant que le monde suffoque.
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https://www.youtube.com/watch?v=dZoOIXMZjPY&start_radio=1
Mona Guba, Je suis celle (freestyle), janvier 2026
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Salut les petits poissons !
Un soir de la semaine dernière (celle d’avant ces chaleurs effroyables qui nous court-circuitent le cerveau), mon mec était en train de décortiquer un petit bol de crevettes que j’avais achetées chez Bernard-mon-poissonnier (alors que je déteste les crevettes mais bon, vous avez vu le prix des langoustines, sérieux ? autant économiser pour s’acheter une poignée de cerises), mon mec était donc pépouze en train de décortiquer un petit bol de crevettes pendant que je découpais des courgettes à côté, lorsque sans préambule je lui demandai :
Et on va continuer encore longtemps comme ça ? Tu vas continuer de mettre ton réveil le matin, prendre les transports en commun et aller au boulot construire des « trajectoires prévisionnelles » pour ton équipe en échange d’un salaire qui permet que je me rende, moi pendant ce même temps, jusqu’au marché d’une ville dans laquelle on n’habite plus pour y acheter des crevettes que je déteste ainsi que d’autres aliments bruts dont on a la croyance qu’ils ne sont pas complètement dénaturés et coupés de leur nutriments contrairement à leurs jumeaux et jumelles de supermarché, que je vais ensuite passer un temps infini à cuisiner comme le faisait ta grand-mère [la mienne préférait conduire des gros bolides qui vont vite et boire du whisky-coca devant un film de guerre, clairement], je vais continuer de me faire chier à préparer une fucking tarte aux fraises qui sera mangée en moins de temps que celui que j’aurais passé à juste préparer la pâte sablée, et tout ça pourquoi ? Pour quoi en vérité ? Pour que nos enfants pensent que c’est « ça », le chemin ? Que c’est « ça », qui est attendu d’eux ? Qu’ils et elle restent bien dans l’enclos, surtout ne pas monter sur les barrières, et continuer à jouer la game du capitalisme pour pouvoir continuer à consommer des trucs dont ils et elle n’ont pas besoin, s’avachir devant les jeux vidéo comme le font déjà les garçons, et nous au final, avec l’argent qu’on aura soigneusement mis de côté pour la retraite, s’acheter une belle brosse à dents dans la maison de vieux de la fin de notre vie ?
Note : Si vous avez un peu d’ancienneté sur ce blog, il ne vous aura pas échappé la réf’ à la réflexion existentielle de mon enfant du milieu il y a trois ans. C’était aussi au mois de juin.
Sinon, cliquez sur la photo pour relire C’est ça, ma vie ?

Je reprends ma logorrhée, parce que j’avais pas fini.
… s’avachir devant les jeux vidéo comme le font déjà les garçons, et nous au final, avec l’argent qu’on aura soigneusement mis de côté pour la retraite, s’acheter une belle brosse à dents dans la maison de vieux de la fin de notre vie ? C’est ça le bail ? C’est vraiment pour ça qu’on est là ?
– Le quoi ??
Voilà ce que mon mec me répond en lâchant sa crevette. Je lui fais part de mon questionnement profond et récurrent depuis qu’on est rentré·es de notre grand voyage, et lui il me répond :
– Le quoi ??
Mschhhiii (bruit de tchip).
Le mec croit encore que « le bail », c’est le contrat signé entre un·e locataire et un·e propriétaire. Ok boomer !
Alors que moi je SAIS. Moi je viens de passer un mois full time avec trois ados dont la croyance partagée est que, s’ils se lèvent avant 13h, ils vont se désintégrer. Trois ados dont je retrouve les téléphones portables au frigo parce que, à cause de la chaleur, « ça galère pour charger ». Trois ados qui n’ont quasiment pas mis les pieds au collège ou au lycée de tout le mois : profs absent·es, cours d’espagnol sans prof d’espagnol remplacé par cours d’espagnol assuré par prof d’EPS ou de SVT, préparation des salles pour le brevet, pour le bac, pour le rallye maths, et pas de cantine parce que, bah, pas de cantine.
Ça faisait un bail que je les avais pas vus aussi longtemps à la maison tous les trois. À table midi et soir 13h et soir. Il semble que j’ai appris du vocabulaire.
Mona Guba, Je suis celle (freestyle), janvier 2026
Mona Guba a 26 ans. Il y a large moins d’écart entre son âge et ceux de mes enfants, même avec le plus jeune, qu’entre son âge et le mien. Pourtant ce ne sont pas mes ados neurasthéniques qui m’ont fait découvrir cette rappeuse, ex-championne de kung-fu, qui a fait dix ans de flûte traversière au conservatoire et vient de sortir son premier EP, « NTP ».
(Non mais QUI fait dix ans de flûte traversière ? À part mon pote Fabien, QUI ?)
Mona Guba née en 2000, c’est une femme de 60 ans qui me l’a fait découvrir. Une femme étonnante, audacieuse, que se llama (merci les profs d’EPS et de SVT) Isabelle et que j’ai rencontrée le dernier samedi de mai à une soirée poésie. Qu’elle en soit ici remerciée. Pour la découverte de Mona Guba mais aussi, surtout, pour l’émotion inattendue et ce qu’elle a donné d’elle ce soir-là avec une générosité peu commune.
S’ils acceptent pas mes limites
C’est qu’ils avaient prévu de les dépasser

Sinon, bon bah oui on crève de chaud.
Toute la semaine je n’ai entendu que ça : on se plaint qu’il fait trop chaud, on compare les températures de l’extrême de nos chambres, de nos autos, le nombre de douches qu’on prend par jour et nos astuces de ventilation.
Je ne fais pas exception ; moi aussi je geins, je ne peux pas étaler la pâte de ma tarte à la rhubarbe au rouleau parce qu’il fait 35° dans ma cuisine pendant que le four préchauffe, les bords de la pâte s’affaissent, le beurre fond, je dois foncer le moule à la main en collant morceau de pâte par morceau de pâte. Ce faisant, tandis que coule entre mes seins un ru de sueur que je ne peux pas essuyer parce que j’ai les deux mains dans la pâte, je pense qu’il faudrait voir à bien fermer notre gueule à se calmer le pompon, le pompon sur la Garonne même, par respect pour tous les pays dits « en développement » qui crèvent de chaud et du manque d’eau depuis des années sans qu’on s’en émeuve.
Oui mais eux (qui, eux ? L’Afrique ? L’Inde ?), eux c’est pas pareil parce qu’ils sont habitués.
C’est ça. C’est pas pareil tant que ça ne nous touche pas. On dirait Ebola : tant que le virus s’en tient au territoire africain, on s’en bat les reins. C’est pas comme s’il y avait, quelque part sur cette Terre, un multi-milliardaire, que dis-je, le premier billionnaire de l’Histoire, 1 100 milliards de dollars dont une infime partie pourrait servir, je sais pas moi, une idée comme ça, à financer la recherche pour trouver un vaccin, un traitement contre Ebola. Ou, de manière globale, utiliser cet argent pour permettre l’accès aux soins et améliorer la santé de tous les êtres vivants sur notre planète, la Terre susnommée, celle qui en peut up de nous porter tous et toutes.
Mais non. Plutôt, le mec part tout seul à la conquête de l’espace.

Le feu qui te brûlera, c’est celui auquel tu te chauffes – comme on dit au Lesotho.
Relisez lentement, en détachant bien chaque mot.
Le feu qui te brûlera. C’est celui auquel tu te chauffes.
Le monde va mal et je crois que c’est pas près de s’arranger.
Allez, bon été, et buvez bien de l’eau avant que les grandes multinationales s’octroient le droit d’en privatiser l’accès et génèrent des profits immondes. C’est marrant, ça rappelle une chanson.
Quand il ne restera que huit secondes
Avant la fin de ce monde
On repensera au genre humain
Qui à cause de l’appât du gain
Aura amené la planète au bord du ravin
Quand il ne restera que huit secondes…
(Les Cowboys Fringants, Huit secondes, album « La Grand-Messe », 2004)
Cliquez sur la photo pour relire mon hommage à Karl Tremblay, Le cœur en berne

Audrey Raveglia 🐡
Un seul article en juin sur le blog
5 juin 2026 : Femme, Vie, Liberté !


