Photo : Mes pivoines préférées étaient en retard cette année. Trop de pression. Elles ont éclos au moment où on crevait de chaud et le soleil les a brûlées. Je les ai vues faner du jour au lendemain et les pétales tomber au sol, décolorés, presque blancs. (Vendredi matin, 7h10.)
Sous les pivoines, la colère
Où l’on aborde le sujet le plus tabou pour une mère de garçons (à part EduConnect).
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https://www.youtube.com/watch?v=yepvSBr45ag&list=RDyepvSBr45ag&start_radio=1
Où (ne pas) mettre sa b*te ?, la chanson de GiedRé dans l’émission « La dernière » du 14 décembre 2025, sur Radio Nova.
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Salut les petits poissons !
Comment ça s’est passé pour vous, le mois de mai ?
Ce temps pourri où on se croyait revenu·es en octobre, puis d’un coup la canicule qui te fracasse le crâne, tu ne vas plus nulle part sans ta fiole de menthe poivrée. Entre les deux (le temps pourri où on se croyait revenu·es en octobre et la canicule qui te fracasse le crâne), je suis allée écouter Élodie Arnould à la Piccola Scala de Paris. À un moment du spectacle, elle dit :
« La colère, c’est juste de la tristesse avec des santiags et un flingue. »
Bam punchline ! Et ça m’a bien claqué le donut vois-tu, parce que moi la colère me vient ultra facilement. Des fois elle a même pas le temps d’enfiler tout son costume. Je dois lui chuchoter pendant qu’elle gueule – Attention, à droite il te manque une santiag. Et mets un chapeau de cowboy s’te plaît, un blouson en cuir, des lunettes fumées, un bandana autour du cou, c’que tu veux, parce que là, maintenant, j’ai pas du tout envie de voir ce qu’il y a sous ton déguisement.
Il faut dire que je suis fatiguée. Depuis le début de l’année que je n’écris plus sur le blog, je n’arrête pas de vous le répéter, dans chaque newsletter à la fin du mois : je suis fatiguée. Je suis fatiguée de fatiguée, je suis même fatiguée de dire que je suis fatiguée.
En me réveillant ce matin, ma première pensée a été : je souffre d’un profond déficit d’énergie. (Ça change un peu de « je suis fatiguée ».) (Le frémissement d’un renouveau.)
La moindre action me demande un effort physique, intellectuel ou émotionnel considérable, parfois les trois à la fois. Donc je ne fais pas tout. Et le max de ce que je peux donner, je le mets dans : nourrir mes amitiés.

Nourrir mes amitiés + lever des segments de pamplemousse + faire en sorte que mes enfants ne deviennent pas des gros connards, vous avez ma short list. Mes enfants qui sont, désormais, depuis le 8 mai dernier, officiellement tous des teenagers – et ce jusqu’à ce que la première, actuellement âgée de 17 ans (jeune et douce she is the dancing queen) dépasse la période des -teens. Dans trois ans donc.
Mai, avec des ados, c’est le moment des vœux. Avant, pour moi comme pour vous peut-être, les vœux c’était en janvier. Bonne année bonne santé et tout le tintouin. (Je jure sur ma vie que je connais une vraie personne, PLUS JEUNE QUE MOI, qui m’a dit texto ce mois-ci : « et tout le tintouin ». J’ai cru m’étouffer avec la croûte du Babybel.)
Bon mais donc, ça c’était avant. Les vœux en janvier (et tout le tintouin). Avant d’avoir des enfants, avant d’avoir des ados, avant EduConnect de sa mère. Le bouzin, tous les jours tu te connectes, jamais ça marche ! Tu vois que ça rame à mort alors tu touches plus à rien, tu retiens ta respiration, et en un instant tu es catapultée en 2004 quand tu vivais chez ta meilleure amie et son mec et que tu dormais dans le petit bureau où tu passais tes nuits à écrire sur l’ordi, sauf que là tu es sur le réseau Internet de l’Éducation Nationale. Le truc mouline tellement que tu ne serais même pas surprise d’entendre le tuuuut krrrrr chhhhh biip du modem de l’époque de tes nuits dans le bureau, quand tout ce que tu voulais c’était envoyer un mail hyper long à un mec chelou que heureusement tu avais sauvegardé sous Word (le mail hyper long).
Et tout ça pour quoi, EduConnect ? (J’ai jamais autant dit EduConnect.)
Impossible d’afficher la page.
La connexion a été interrompue.
Veuillez recommencer plus tard.
Mon poing dans ta gueule (EduConnect) ?
Sauf que, non. Je me ferais mal. Déjà la dernière fois, mon ostéo m’a demandé si j’avais pensé à acheter « une balle de type balle de tennis mais molle » (WTF ?!), pour la serrer dans ma main dans la journée et me déstresser faire travailler mon métacarpe du pouce contre l’arthrose.
Call me mamie. J’ai plus qu’à aller acheter des pâtes de fruits et une boîte de Chamonix.

Ajoute à ça le bouillon d’os que je m’inflige quotidiennement depuis deux semaines, t’as qu’à voir – comme disait, justement et à point-nommé, ma mère-grand. True story, bien sûr. C’est que du vrai, ce que je prends la peine de vous raconter ici. Je me suis même tapé la lecture intégrale du pdf de 109 pages qui accompagne les bocaux de bouillon d’os que j’ai achetés.
Est-ce que j’ai envie de vous en parler ?
Non.
Quel goût ça a ?
Pas pire que du coton mouillé ou des billes de pouf.
Mais pourquoi tu te forces à avaler ça ??
(Oui, tiens, POURQUOI ?)
Parce que c’est meilleur pour la santé que le coton mouillé ou les billes de pouf.
Chhhhh. Respire. Ouvre.
Oui parce que, depuis les mêmes deux semaines, je m’entraîne à des exercices de respiration pour refermer ma cage thoracique. Sinon elle reste ouverte à tous les vents, cette imbécile, entre qui veut. Bah non. N’entre pas qui veut. À un moment, c’est comme les gens qui disent « tiramisù au café », faut que ça cesse.
PARCE QUE SI T’AS FAIT UN TIRAMISÙ AU CAFÉ, ALORS T’AS FAIT UN TIRAMISÙ. POINT.
Ça m’éneeeerve, hououou ça m’éneeeerve !
(Pardon, c’est l’autre qui revient avec son flingue et ses santiags. Il faut que j’achète une-balle-de-type-balle-de-tennis-mais-molle pour la serrer très fort dans ma main contre les gens qui disent « tiramisù au café ».)

En ce moment, je ne sais pas si c’est un passage obligé de la ménopause pour toutes les femmes, mais je retraverse une forêt de ronces d’il y a très longtemps. Celle dont je m’étais finalement extirpée, sans épée ni fées mais avec une bonne étoile quand même dans mon corps-à-corps avec Maléfique.
(La meuf, dès qu’elle pense à des ronces, elle voit apparaître en surimpression le château de la Belle au Bois dormant sous l’orage, la mâchoire carrée de l’autre ABUSEUR de Prince Philippe avec sa cape rouge de sauveur sur son cheval blanc lancé au galop et les yeux en fente jaunes et menaçants du dragon de la sorcière. Nooonn ! Celaaa ne seraaa paaas !)
Hum.
Et la forêt de ronces se représente devant moi, derrière moi, tout autour de moi, à ce moment où je suis déjà attaquée dans mon corps et donc, vulnérable. Je me souviens, bien sûr, que je l’ai déjà traversée, mais on dirait que je ne peux plus prendre le même chemin. Comme si la sortie avait été bouchée et soigneusement recouverte. De nouvelles branches qui me griffent quand je tourne la tête, de nouvelles épines qui s’enfoncent dans ma chair, qui ne prenaient pas cette forme avant et pourtant, je les re-connais. Je sais que leurs ombres sont d’autant plus terrifiantes que l’on se débat ou qu’on essaye de s’enfuir, je sais qu’il faut au contraire rester calme, ne pas céder à la panique, avancer tout doucement un pas après l’autre.
Je sais que ces nouvelles ramifications poussent sur le même terreau, sur les deux mêmes racines que je connais par cœur et qui, oui s’entremêlent, oui s’entretiennent de cause à effet, oui kidnappent et étranglent, et sans surprise ces deux racines mères sont (tadaaam) :
Ça → Mon maillot de bain & moi
Et ça → Pourquoi j’ai mal au ventre
En gros.
Pour vous la faire courte.
Parce que j’ai déjà beaucoup écrit dessus, je n’ai aucune envie d’y revenir. Moi-même je suis tellement (mais tellement) saoulée de voir ces deux racines regagner du terrain dans mon jardin. Les deux poisons. Comme s’ils n’avaient pas déjà suffisamment saccagé mon temps sur terre et mon espace mental. Mais barrez-vous putain, trouvez-vous un autre endroit où croupir !
Dans un blender rempli d’acide sulfurique, par exemple.
Voilà où je suis en ce moment. J’essaye de distinguer les ronces qui donnent naissance aux autres ronces. Les ronces mères quoi. Et après je m’étonne d’être si fatiguée.
De manière plus concrète (car je sens que vous êtes en train de décrocher), je consacre du temps et toute l’énergie qu’il me reste après les amitiés et le pamplemousse (parce que, toujours dans la vie : 1/. S’entourer des bonnes personnes ; 2/. Se nourrir ; 3/. Le reste), je consacre du temps et toute l’énergie qu’il me reste à réfléchir à ce que je peux faire pour éviter que mes garçons deviennent des agresseurs sexuels.
Où (ne pas) mettre sa b*te ?, la chanson de GiedRé dans l’émission « La dernière » du 14 décembre 2025, sur Radio Nova.
La chanson de GiedRé que je vous propose ce mois-ci est censée être drôle, GiedRé est connue pour son sens de l’humour, mais moi elle m’a fait pleurer d’un coup. Pop comme ça, soudainement, des larmes sur une histoire de glotte et de marelle.
Mais on n’a pas tous et toutes le même vécu donc je ne vais pas mettre un trigger warning sur du GiedRé. Allez-y serein·e, vous pouvez l’écouter. Voire la faire écouter par de plus jeunes oreilles, à titre préventif. Une façon de rappeler que oui, il y a des endroits où ON NE PEUT PAS mettre sa bite. Où ON NE DOIT PAS.
À aucun moment, sous aucun prétexte, jamais.
C’est pas parce qu’on a l’impunité et l’opportunité d’écraser qu’on ne peut pas choisir de NE PAS le faire.
Personnellement, j’ai initié cette semaine une discussion crue, directe et sans équivoque seule à seul avec mon ado de 15 ans, au cours de laquelle je lui ai tenu à peu près le même discours que GiedRé. Sauf que je ne connaissais pas la chanson, que j’ai découverte trois jours plus tard (sinon j’aurais commencé par là) et que j’ai prise, vraiment, comme un signe après-coup que j’ai eu raison d’amener cette conversation difficile. Une forme de pouce levé rétrospectif si vous préférez. Je sais qu’il y en a parmi vous qui pratiquent le pouce levé.
Alors certes on n’a pas tous et toutes le même vécu, mais on a tous et toutes le même besoin de se sentir encouragé·e, validé·e quand on essaye de faire bien. Surtout dans notre rôle de mère parce qu’on se prend tout dans la face et c’est fucking dur. On fait le job pour essayer que les adultes de demain soient moins éclatés que ceux d’aujourd’hui et on ne devrait pas être seules à le faire. Partout, on devrait être soutenues.
Bonne fête des mères, les meufs !
Force à vous. 🙌🏾

Audrey Raveglia 🐡
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