Photo : Le 31 décembre 2025, peu avant minuit. Je ne savais pas encore que désormais, à cette heure-là, je serais couchée (le plusse possible, disons).
Les choses qu’on fait disent-elles toujours qui on est ?
Où je me couche tôt, je mange du poisson, je ne bois pas d’alcool – et j’ai du cholestérol.
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https://www.youtube.com/watch?v=dX3k_QDnzHE&list=RDdX3k_QDnzHE&start_radio=1
M83, Midnight City, album « Hurry up, we’re dreaming », 2011
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Salut les petits poissons !
Le mois dernier, j’étais fatiguée.
Fatiguée, fatiguée. Et, pour une fois, j’ai décidé de ne pas l’ignorer, d’en tenir compte, de l’ACCEPTER. Et donc de me reposer. Ou du moins ralentir.
Ralentir le rythme de mes articles.
Ralentir à la salle.
Ralentir le café.
Ralentir les podcasts.
Je me suis couchée tôt. J’ai essayé, chaque soir de ce mois, de me coucher tôt.
(« Tôt » étant une notion à interprétation libre, tôt pour moi c’est 22h30-23h.)
J’ai fait un jeûne total de séries, et, disons, un jeûne intermittent de podcasts, qui a exigé que je sois plus sélective sur ce que je mets entre mes oreilles. De quoi il est d’abord ressorti un grand silence, puis le meilleur épisode de podcast que j’aie écouté depuis le début de l’année.
Podcast Les couilles sur la table
Épisode #134 avec Camille Froidevaux-Metterie et Julie Gavras (5 février 2026) : Comment éduquer nos fils ?
Et puis j’ai voulu pousser plus loin encore l’expérience de faire des choses que je ne fais JAMAIS.
Puisque tu te trouves emportée malgré toi sur ce sentier en pente où tu ne reconnais ni ton corps ni qui tu es, au moins essaye des nouveaux trucs, je me suis dit. Vois ce que ça te fait.
Ce mois-ci, j’ai donc :
1/. pris un petit-déjeuner avant d’aller m’entraîner ;
2/. regardé un film documentaire en plein après-midi (un mercredi seule à la maison de surcroît, ce qui, ça non plus, n’arrive jamais) ;
3/. fait le taxi.
UberMum, tu connais ? Bon, je vais pas me plaindre, je le fais jamais. Mais ce mois-ci je l’ai fait, justement. Un peu. Le taxi trois jours de suite pour deux de mes enfants. Eh ben c’était… bizarre – autant que le film l’après-midi ou le petit-déjeuner le matin. Je me sentais bizarre, bizarre dans un sens pas agréable, comme vidée de ma substance. J’ai du mal à trouver les mots qui expliquent ce que j’ai ressenti, parce que je ne me le suis pas écrit à moi-même.
De fait, ce mois-ci, je n’ai pas écrit.
Je n’ai pas écrit d’articles. Depuis huit ans que mon blog existe, ceci n’est jamais arrivé.
Je n’ai pas écrit d’articles et je n’ai pas écrit pour moi non plus. Et ça, c’est encore plus bizarre.
De là peut-être mon sentiment d’être comme « vidée de ma substance ».
Qui je suis si je n’écris plus ?
Où est-ce que ma vie s’inscrit ?
Quel sens donner à ce qui n’est pas retenu ?
Cette expérience bizarre de vie sans écrire a ouvert des brèches à des endroits de moi qui habituellement trouvent un répit par l’écrit. En effet, même si je suis toujours en questionnement, en doute, j’ai une forme de maîtrise de mon tumulte intérieur par l’écriture.
Mais pas là.
Là, j’ai laissé la marée monter et le temps advenir sans m’en protéger par l’écriture. Je suis restée les pieds dans l’eau glacée à regarder ce qui se passe en moi sans tout de suite chercher à le nommer, à le comprendre. Si on m’avait proposé, à ce moment-là, de l’héroïne ou de la MDMA, je l’aurais pris direct meuf. C’était oppressant. Mais ça m’a permis de voir ce que je fais, d’habitude, quand j’écris. De quelle angoisse du temps qui passe je me prémunis.
Hum. S’arrêter, de temps en temps, pour interroger ce qu’on a mis en place enfant pour survivre et que l’on continue de faire adulte par automatisme, nous rend très vulnérable.
M83, Midnight City, album « Hurry up, we’re dreaming », 2011
J’ai découvert M83 dans la B.O. du film Suburra, de Stefano Sollima (2015). Ça tombait pile dans ma virevolte, dans mon puits existentiel, j’ai adoré (la chanson). Après, je me suis passé du Midnight City tous les matins sur le chemin de la salle pour, en quelque sorte, cheer up.
J’ai moins aimé le film, Suburra, parce que j’avais trop aimé la série du même nom et que c’est pas possible de faire disparaître Spadi comme ça au bout de quarante minutes !
Ce double sentiment de malaise et de vulnérabilité ne m’a pas quittée. Je pensais à la mue du homard, puis, par association d’idées, du homard à Bernard, mon ancien poissonnier. En deux secondes j’ai pris la décision de retourner le voir, et deux jours plus tard je l’ai fait. Je me suis perdue et j’ai dû demander mon chemin dans la rue parce que je n’ai pas reconnu la ville où j’habitais il y a quinze ans.
Mon poissonnier, lui, je l’ai reconnu instantanément et ce n’est que par pudeur – la sienne surtout – que je me suis retenue de le serrer dans mes bras. À la place j’ai acheté des truites Fario, de la lotte et des maquereaux de ligne en réalisant que je n’ai quasiment plus mangé de poisson depuis que j’ai quitté mon poissonnier déménagé.
L’alimentation chez moi c’est avant tout une histoire d’amour. Et ce que j’aime n’est pas remplaçable.
Audrey Raveglia 🐡
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