À propos de (vous savez quoi)

 

Depuis un moment, il y a ce « à propos de ».
Voyez.
Le sujet qu’on préfère éviter parce qu’on sait qu’immanquablement ça va dégénérer. Donc soit on fonce dedans et on se fâche, soit on tourne autour. Chacun sait de quoi ça s’agit mais personne ne dit, par crainte de provoquer des ouragans irréversibles ou par peur de la peur des autres.
Il y a du Harry Potter là-dedans. Vous savez, avec le grand méchant, le mal absolu, Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom.

Chez moi comme partout, Harry Potter marche à fond. Le Marcass’ (8 ans) a fini le premier tome cet été, et les plus grands lisent et relisent toute la série ; ils se font des Chocogrenouilles comme autant de madeleines de Proust.
À notre retour de vacances tout à la fin du mois d’août, la Petite Souris (12 ans) est allée faire quelques magasins avec son papa. Elle s’est acheté, avec ses sous, un nouveau sweat qu’elle s’est empressée d’enfiler le jour de sa rentrée et de me montrer toute fière, devant derrière.

– Tu aimes ?
– …
– Le S derrière, tu aimes ?
– Euh… je sais pas… je suis surprise… Le S de quoi…
– Bah le S des Serpentards, maman !
– Ah… Mais tu préfères pas le G des Gryffondor ? Le G comme Garance ? G de Gingembre, Gingembre de septembre, enfin je veux dire, Gryffondor c’est pas ta maison préférée ?
– Si, mais au collège le S c’est plus Stylé.

Ah ouais. Sympa, le S. Vraiment, j’ai bien apprécié en ce premier jour de rentrée des classes.

 

Le nouveau Sweat en S de la Petite Souris. Septembre 2021. Stylé.

 

Mais pour en revenir à mon sujet, à propos de, voilà.
Mickaël est vacciné. Je ne le suis pas.
On est un couple mixte, il a dit. Ça m’a fait rire, et puis après j’ai enquêté autour de moi et je me suis aperçue qu’on est les seuls. Dans cette mixité particulière. Je ne connais aucun autre couple de notre entourage qui soit mixvax. (Et je peux inventer mixvax si je veux, je vois pas pourquoi on accepterait provax ou antivax et pas mixvax !)

Mickaël et moi on n’est pas d’accord sur le vaccin, sur les lois, sur les chiffres et informations qui sont donnés, mais ça ne nous empêche pas d’en parler. Librement et sans jugement, comme pour tout, comme tout le temps.

Nos trois enfants sont les témoins quotidiens de nos débats, dans lesquels ils entendent valser arguments et positions contraires, et même parfois, pas souvent mais parfois, un peu de mauvaise foi.
Il arrive que l’un(e) ou plusieurs d’entre d’eux prenne(nt) parti, généralement pour le parent qui semble, sur le moment, en plus grande fragilité, ou bien le parent auquel ils s’identifient de par leur caractère. Ou bien encore, de manière plus opportune, ils prennent parti pour le parent dont ils se sentent le plus proche à cet instant-là. Et alors, le ou les autres enfants rééquilibre(nt) la balance de la discussion.

Ils ne s’inquiètent pas. Ils savent que la différence est une chance, qu’il n’y a que la peur qui puisse en faire un danger.

Et pourtant, c’est rare de pouvoir exprimer ce qu’on ressent et ce qu’on pense vraiment de façon aussi libre et en confiance.
C’est hyper rare.

Je m’en rends compte encore plus en ce moment où je trouve si difficile de parler avec les gens. Où, à écouter la majorité, celle qui peut encore entrer dans les bars, si t’es pas vacciné(e) c’est que t’es illettré(e). Mais au moins je sais l’écrire sans fautes, peut-être ça me sauve un peu.
Quoique, si t’es pas illettrée, alors c’est que t’es conne. Je dois m’y résoudre, c’est mon côté Brigitte Fontaine (newsletter 76 # 28 février 2021) sûrement.

 

Je suis malheureuse…
Parce que je suis conne !
Et que tout le monde est con
Parce que j’ai raté ma vie
J’ai raté mon évolution spirituelle
Je n’ai pas appartenu à un ordre initiatique

(Brigitte Fontaine, Conne, album « Genre humain », 1995)

 

Tellement conne que je ne peux plus aller au cinéma art et essai où on est était quatre pèlerins dans la salle. Je ne peux pas accompagner la sortie scolaire de mes enfants au musée d’à côté. Je ne peux même plus me rendre dans la bibliothèque de ma ville où il n’y a jamais personne. Non mais t’y crois toi ? Sans vouloir t’insulter, au max du max de la fréquentation, on reste moins nombreux que l’équipe des bibliothécaires (elles sont trois).

Tellement conne encore que je ne comprends pas pourquoi le pass sanitaire était obligatoire ce week-end à l’entrée du parc du château de ma petite ville de banlieue pour une manifestation en extérieur qui concerne allez, une poignée de geeks en costumes médiévaux et des parents qui ne savent pas quoi faire de leurs gosses un dimanche de mi-septembre. Notez que je n’ai rien contre les geeks ou les parents, moi-même j’ai des enfants et j’adore les soirées déguisées – surtout celles du capitaine. Mais s’il te plaît, explique-moi pourquoi le pass sanitaire ici, dans le parc, au milieu des canards et des ragondins, alors que sur la ligne 1, non. La ligne 1, la ligne 4, la ligne 13, et toutes les autres lignes de métro, non, pas la peine. Les restos routiers non plus. Je suis conne là, illettrée, ou WTF ?

 

 

Avec tout l’argent que je ne vais plus dépenser en ciné, restos, théâtre, expos, cafés, verres, piscine, je vais pouvoir m’acheter dix fois plus de livres (ah non, ce sont les cadeaux de mes amis), clopes (comme ça avec la taxe de ouf sur le tabac, je participe à l’effort de l’État pour donner plus de moyens à l’hôpital public), pizzas à emporter, rien du tout. Je ne vais plus consommer. Si tiens, de l’essence pour partir ce week-end avec mes cops de Nanterre. Aussi loin qu’on pourra conduire ! 🤩

Évidemment on pourra pas aller au resto mais on sera à la fête juste d’être ensemble alors on boira du champagne, comme ça, pour rien, dans des vraies coupes qu’on aura emportées, et on sucera des cailloux sur la plage. On inventera la soupe extraordinaire qu’on pourrait faire avec tous ceux qui sont devenus persona non grata dans les bars mais qu’on accueillerait à bras ouverts, sans QR code, comme dans les vieilles histoires de soupe au caillou qu’on raconte encore aux enfants mais qui n’existent plus.
On enlèvera nos chaussures, on enlacera nos corps en chemin et peut-être même qu’on dansera. On se sentira libre d’être qui on est à l’intérieur, libre de s’ouvrir complètement à l’autre sans avoir peur. Après seulement on rentrera (et on sera tellement légères qu’on n’aura plus besoin de chaussures).

 

 

Mon mec mixvax (vas-y, répète-le cinq fois sans t’arrêter), si ça tourne mal, je crois qu’il serait prêt à me cacher dans notre garage. Parce qu’il y a la loi mais il y a l’amour, et l’amour ça vaut plusse. Surtout dans mon garage. Ouais.
Et je veux croire très fort qu’il cacherait mes cops aussi. Si ça tourne mal. On n’est plus beaucoup à résister, moi mes cops elles sont trois, sinon tous mes amis sont vaccinés. La nuit, quand on aura froid, on boira le vin de la cave on rangera les cartons en vrac et le bric-à-brac entassés dans le garage. On montera un nouvel atelier clandé, et puis on se rejouera Les Justes de Camus.

Car le pire du pire pour moi, c’est d’être taxée d’égoïste anti-citoyenne. C’est vrai que je n’en finis plus de m’étonner du nombre incroyable de gens qui ont sacrifié d’eux-mêmes au vaccin mus par la seule volonté de « protéger les autres ». Devant tant d’altruistes pensées, mon égoïsme et moi on se tait.

 

La semaine prochaine, je donne la parole à deux jeunes voix qui chantent en chœur le contre-pied de l’opinion que j’exprime ici. Je les invite avec plaisir parce que la vérité, c’est que je n’aime pas m’endormir dans le coton tiède et mou de l’entre-soi. Ça m’empêche de grandir. Heureusement pour moi t’as vu, parce que mon entre-soi-non-vacciné-dans-le-garage est devenu extrêmement limité !

Allez, petite chanson pour finir…
… histoire de rappeler à la Petite Souris qui vit chez moi que ça a été sa chanson préférée pendant de longues années. Mais bien sûr c’était l’époque d’avant le collège, une époque où le G flamboyant avait encore le droit de cité avant de se faire avaler tout cru avec sa capuche par l’uniformisation du Eastpak, des Converses et du S de Serpentard…

 

Piste audio : Renaud, Société tu m’auras pas, album « Amoureux de Paname », 1975.

 

Et sinon, sans rapport mais bon, comme y’a pas que le covid dans la vie et qu’un jour il sera plus là alors que nous serons toujours des hommes et des femmes, je vous informe que Le cœur sur la table a repris jeudi 9 septembre !
J’étais super contente de retrouver Victoire Tuaillon, exactement comme on retrouve une bonne copine après les vacances. Ce nouvel épisode interroge l’origine de nos fantasmes hétéros, comment ils se construisent, à notre insu le plus souvent, et pourquoi on érotise tellement les rapports de domination hommes / femmes. À partir de là se pose la question de quel féminisme est possible dans des relations amoureuses ou/et sexuelles inégalitaires mais néanmoins désirées et parfois harmonieuses.

Ça m’a parlé… et c’était pas confortable d’y penser sans tricher, de réfléchir à ce que mes contradictions disent de moi. Finalement j’ai décidé que je peux être féministe et aimer les fessées aimer qu’on m’appelle cocotte.
Je le peux très bien.

« 44% de batterie… 44 comme son numéro de département ! »
(podcast Le cœur sur la table, à la fin de l’épisode 10 : « Romance et soumission, première partie »)

J’ai bien rigolé avec ce 44. Les chiffres vraiment, on leur fait dire n’importe quoi ! Imagine si c’était comme ça avec les lettres aussi, avec le monde ou les gens sur qui on tombe par hasard, pendant qu’on y est ! Hahaha ! Nan mais les chiffres quoi ! Allô ! Comme si je notais 11h11 ou les occurrences de 21.04 dans ma vie… Comme si je faisais un lien entre un âge qui commence par un 5 et une année de naissance sur une plaque d’immatriculation… Hahaha, n’importe quoi !

 

Merci à qui se reconnaîtra pour cette photo inattendue reçue sur mon téléphone un matin de mars dernier, quand c’était encore le cœur de l’hiver et que le printemps ne semblait jamais vouloir revenir…

*****

 

Et vous, les Synchronicités, vous les remarquez ? Ou elles vous font doucement rigoler ?