S’il n’en restait qu’un(e) # octobre 2022

Photo : Il paraît que le chêne est le roi de la forêt. Merci au chêne d’octobre de m’ouvrir les portes de son royaume où le ciel est si bleu.

 

Ce mois-ci, j’ai aimé quelqu’un qui ne vit pas les choses comme moi.
J’ai déjeuné avec quelqu’un qui ne doute jamais.
J’ai revu quelqu’un qui pense que « le tchize-quèke au yuzu bio avec obligation de boire du jus de goyave allongé » (sic), c’est très bien pour les autres du moment que lui-même reste normal. « Normal », il a dit normal. Alors que le gars est ouf. Mais genre ouf de ouf de malade de ouf. Ouf et clairvoyant à la fois. Inopinément (vôtre), il te sort une bombe à propos de cellule familiale, comme quoi la cellule c’est la vie mais c’est la prison aussi.
Ah ouais. Puissant. Médite, papillon !

En rentrant ce soir-là, j’ai lu un livre dans le métro qui s’appelle Vénère – Être une femme en colère dans un monde d’hommes, de Taous Merakchi.
Je l’avais choisi quelques jours plus tôt dans la vitrine de la médiathèque à cause de mon pote Arnaud qui venait de me dire que je suis tout le temps vénère. En plusse que c’est déjà ce que m’avait dit l’année dernière mon autre pote Monsieur Tro : « Mais toi Madame Ra, t’es tout le temps vénère ! »
Comme ils sont tous les deux un peu proches de moi, à force, ça interroge.
J’ai demandé à mon mari qui est encore plus proche. Il a répondu :

– Euh… eh ben… disons que t’es souvent vénère.

Je savais que je pouvais compter sur les gants qu’il prend pour me parler son sens de la mesure.

J’ai lu ce livre, Vénère, jusqu’à la moitié et j’ai arrêté. C’est pas comme si mon feu intérieur avait besoin d’être ranimé. Mais voici ce que j’ai lu et avec quoi je suis en plein accord.

« C’est pas tellement qu’on fait le choix d’être en colère, c’est qu’on ne peut pas faire autrement, quand on choisit d’ouvrir vraiment les yeux. » (p.46)

 

Extrait de « Vénère – Être une femme en colère dans un monde d’hommes », de Taous Merakchi (p.28).

 

Alors c’est clair que je ne suis pas le genre de femme à minimiser et à dire doucement « parfois ça m’agace un petit peu », et en cela, je sais que je n’arrange pas mon « féminin ». Mais…

Ça veut dire quoi « trop en colère » ?
Est-ce que tout va si bien ? Est-ce que rien ne va mal ?
Est-ce qu’on vit dans un p… de monde si juste et si parfait qu’il n’y a pas de quoi être en colère ?

Ces questions, je vous les posais déjà en janvier 2020 dans mon article Qu’est-ce qu’on attend pour ne plus suivre les règles du jeu ?

Allez, ferme bien ta gueule et écoute-moi on est au bout d’octobre et il est l’heure de ce partage de fin de mois que je prends grand plaisir à faire depuis le début de l’année.

 

S’il n’en restait qu’un(e) # janvier 2022
S’il n’en restait qu’un(e) # février 2022
S’il n’en restait qu’un(e) # mars 2022
S’il n’en restait qu’un(e) # avril 2022
S’il n’en restait qu’un(e) # mai 2022
S’il n’en restait qu’un(e) # juin 2022
S’il n’en restait qu’un(e) # juillet 2022
S’il n’en restait qu’un(e) # août 2022
S’il n’en restait qu’un(e) # septembre 2022

 

En octobre 2021, l’article qui m’a valu le plusse de messages personnels adorables qui ont regonflé mon moral et mon estime de moi est aussi une célébration de gratitude à Sophie-Marie Larrouy dans la rubrique VIVRE < Culture de-ci, de-là.

 

27 octobre 2021 : Merci SML

 

 

À mon tour, s’il n’en restait qu’un(e) d’octobre 2022, voici ce que je vous ferais partager.

 

C’est la photo la plus énergisante que j’ai reçue ce mois-ci. Quand je la regarde, je sens toutes les vibrations positives de mon premier week-end du mois qui reviennent dans mon corps.

 

 

Une découverte : le kundalini yoga.

La kundalini, si comme moi vous ne le saviez pas, c’est l’énergie sexuelle. Mais pas sexuelle au sens de, sexuel. Non. Sexuelle au sens de : la vie. La kundalini, c’est l’énergie vitale qui part du sacrum et remonte le long de la colonne vertébrale jusqu’à libérer le mental. Seulement pour qu’elle soit fluide, pour que la kundalini monte bien, il faut ouvrir tous tes chakras, tu vois…
Et moi j’ai commencé à bader sur mes chakras, à les visualiser en vieux vers de terre desséchés par le climat et recroquevillés devant la porte d’une cage dont moi seule ai la clé…  😖

Une heure avant d’aller au cours, j’ai fait une recherche rapide sur Internet et j’ai lu :

« Le kundalini yoga est une pratique à la fois spirituelle et physique qui permettrait de lever des blocages sexuels, et de réveiller notamment la libido chez les femmes d’un certain âge. »

Whaaaat ???

Je me suis demandé si, en plusse d’être la meuf vénère, j’étais une femme « d’un certain âge ». Ça m’a angoissée. Surtout que j’avais super mal au cou depuis le matin – chez moi c’est la nuque qui fait blocage avant le sexe – alors je me suis hâtée de chauffer mon tour de cou en graines de lin à 120°C. pour détendre mon chakra des cervicales, et je suis allée au cours de kundalini avec ma peur et mes deux super cops qui jamais ne me laissent.

Nan j’déconne, y’a pas de chakra des cervicales ! Je me moque de moi-même parce que j’y connais rien mais le cours était bien ! J’ai aimé faire encore quelque chose pour la première fois. J’ai aimé les mantras chantés, psalmodiés collectivement. Et j’ai pas réveillé ma libido, mais c’est parce qu’elle ne dormait pas. Elle m’attendait les yeux grand ouverts.
Ça va toi depuis une semaine ? Moi aussi, tranquille. Je t’attends. T’inquiète.

Je t’attends.

 

 

Un jeu : Deviner un vers de poésie caché dans un message codé.

Imaginons par exemple : « La couronne de tes yourtes fanfaronne le tourisme de mon cognac ».
Ça c’est le message codé (ça va, c’est pas pire que les fantaisies chelou de Breton, Aragon, Desnos et consorts !). Alors ? De quoi ça s’agit ? Quel est le vers de poésie caché dedans, de quoi et de qui ?

Je vous donne un indice sous la forme d’un dessin d’enfant qui reprend, en les modifiant, les premiers vers célèbres d’un poème de Paul Éluard. Pas Verlaine, hein. Éluard.
Non mais au cas où. Des fois. Si y’en a qui confondent les deux. Comme, je sais pas moi, une table avec une cabane. Par exemple.

 

 

 

Un objet : mes bottes jaunes en caoutchouc.

Avouez qu’elles ne vous sont pas inconnues ! Vous les aviez déjà vues ici en version je-pars-pour-un-mariage : Ma playlist pour sortir du confinement.

 

 

Un roman : Longtemps, d’Erik Orsenna, éd. Livre de Poche, 1998.

C’est un roman qui s’interroge sur comment on aime à travers le temps. Comment on survit au temps. C’est l’histoire d’un adultère. Mais pas un adultère ordinaire. Un adultère d’amour, un adultère qui dure longtemps. Des années. Toute la vie.
Et Erik Orsenna sait de quoi il parle, c’est ce que j’aime chez lui. Dans Longtemps, il y a des phrases qui m’ont rappelé Romain Gary. Qui auraient pu être écrites par Romain Gary :

« Une femme qui prend la peine de revenir pour déclarer « c’est fini » porte, au plus profond d’elle-même, le germe du recommencement. » (p.75)

Outre ses dons pour l’amour et un tempérament enflammé, Erik Orsenna a d’autres points communs avec Romain Gary. L’intelligence. Je ne me lasse pas de l’intelligence. Surtout celle qui, doublée d’humour et d’humilité, illumine les êtres et fait pétiller les yeux. Un peu comme Jean d’Ormesson t’as vu, mais de gauche…
Et sa vivacité d’esprit s’exprime avec la même malice dans son écriture, car non seulement Erik Orsenna montre une absolue maîtrise de la langue française mais il la catapulte par la finesse de son humour et son autodérision.
C’est aussi un homme d’une érudition telle qu’elle met en joie. Moi elle me met en joie ! J’en parle au Grand Lièvre (11 ans) qui rêve d’être érudit quand il sera grand. Erik Orsenna s’intéresse à tout : la culture du coton, les jardins, la géographie des îles, les courants marins, l’industrie du papier, les oiseaux, l’urbanisation… Sur tous les sujets, il est d’une précision et d’une exigence qui forcent le respect.
Et puis Erik Orsenna est un voyageur, avec cette passion du Mali que je partage avec lui.  ❤️

« Moi, j’ose aimer. » (p.315)

Oserais-je pour autant hisser Orsenna aux côtés de Romain Gary dans mon panthéon d’auteurs(trices) personnel ?
Je n’aime pas tous ses livres. Mais Romain Gary non plus après tout. Madame Bâ est là, sans hésiter, oui, près de La vie devant soi. J’ai aimé Madame Bâ avant tous les autres. Puis j’ai aimé L’Exposition coloniale, La grammaire est une chanson douce et les suivants, et j’ai aimé Longtemps.
Tant de vocabulaire nouveau. Saviez-vous que bouquiner se dit d’un lièvre qui s’accouple ? Qu’une chasse-galants est une toile d’araignée et que cajoler c’est crier comme le geai ?
Tant de pages sur ce qu’est l’amour. Le jeu. Le désir. L’attente. Le manque.
Et puis ce constat, dans lequel je me suis tellement reconnue, cet aveu lucide par lequel le narrateur se moque de lui-même et de son amour obstiné :

« Je comprends que la plupart de mes dossiers sont plus faciles à défendre que celui-ci. » (p.233)

 

Extrait de « Longtemps », d’Erik Orsenna, p.408. J’aime beaucoup cette page sur les amis. Ceux qui restent là, quoi qu’il arrive, ceux qui seront là, même s’il ne devait plus rester personne.

 

 

Une BD : Le monde sans fin, de Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain, éd. Dargaud, 2021.

Rappelez-vous le mois dernier, je vous racontais que Mickaël avait découvert le Shift Project par une bédé-document, puis un essai, qu’il m’avait aussitôt enjoint de lire. Eh bien la bédé c’est celle-ci, Le monde sans fin, dans laquelle le dessinateur Christophe Blain joue le rôle du néophyte qui pose à Jean-Marc Jancovici, spécialiste du réchauffement climatique, les questions naïves que le lecteur se pose. Et heureusement parce que v’là le niveau de Janco ! (Hier j’ai entendu mon mari dire « Janco ». Le mec est devenu tellement familier de Jancovici qu’il l’appelle par son petit nom maintenant.)

Le contenu est dense. Avec pédagogie, Jancovici explique comment et pourquoi on torpille les énergies (fossiles et renouvelables), les conséquences sur le climat, et donc, par ricochet, les catastrophes auxquelles on doit s’attendre dans les années à venir.

Alors j’ai pas tout compris parce que mon cerveau est ainsi fait qu’il y a des crevasses profondes dans mon raisonnement scientifique, des trous noirs, un peu comme une chaîne d’acides aminés qui serait toute cassée avec d’importants chaînons manquants. Disons que plus il y a de chiffres, de statistiques, de courbes de croissance et de tableaux graphiques (et dans la bédé il y en a beaucoup), plus le risque que je décroche devient exponentiel comme les fonctions en première et terminale pour le bac.
MAIS.
J’ai bien saisi que ce qui pose problème, ce n’est pas tant ce que l’on fait (quoique, la destruction systémique par l’homme, y’a quand même de quoi salement flipper) que les proportions dans lesquelles on le fait. La surexploitation liée à la surconsommation ajoutée à la surpopulation, si vous voulez. Dans la bédé, c’est exprimé par une équation plus longue à plusieurs facteurs et inconnues mêlés de x et de y collés les uns par-dessus les autres sur des barres. Considérez que ce que je dis n’a rien de sexy, malgré les facteurs (qui changent souvent) et les inconnues (souvent mystérieuses).
C’est le monde complexe et interdépendant dans lequel on vit.

 

Planche tirée de « Le monde sans fin », de Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain, p.53. Voilà, ça c’est une page que je comprends bien. Pas d’équations, pas de chiffres, et CO2 je maîtrise. Je ne confonds plus avec COD. 😝

 

Au fil des pages se dégage forcément un sentiment de culpabilité parce que nous avons tous notre part de responsabilité individuelle dans le mal que nous faisons à la planète. Ce à quoi Jancovici (dessiné par la main cinéphile de Christophe Blain avec chapeau de cowboy, Colt et poncho, en Clint Eastwood de La Bon, la Brute et le Truand) répond :

« Le monde de l’écologie se divise en deux catégories : ceux qui veulent la mort du pécheur et ceux qui veulent sa rédemption. Moi je veux sa rédemption. La culpabilité est inhibitrice de l’action. » (p.165)

La culpabilité est inhibitrice de l’action.

Je me suis répété cette phrase plusieurs fois, dans des contextes différents. Je l’ai observée autour de moi. J’ai trouvé qu’elle était aussi valable dans les autres domaines de la vie.

Passé le moment où le livre te met K.-O., après tu te rends compte que sur tous les postes, t’es pas si mal. Enfin je dis tu mais je parle de moi, moi c’est ce que je me suis dit. Sur l’alimentation on est bons, sur la consommation on est très bons, et sur les transports bah, on n’est pas si mal. Alors bien sûr il y a Rome. J’avoue. Un grand week-end à Rome en amoureux. L’avion. Le kérosène, le CO2… 🙈
Mais si c’est ça ou le divorce ? Le divorce c’est pire ! Je vous le dis tel que c’est écrit dans le livre : le divorce c’est clairement pas écolo, les gens !

« Une séparation augmente de 60% la consommation d’énergie par ex-conjoint. » (p.75)

 

Planche tirée de « Le monde sans fin », de Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain, p.47.

 

Et puis, comme le dit Jancovici, la responsabilité individuelle c’est une chose, mais que dire de la responsabilité collective ? Que dire des choix politiques qui sont faits ? Qui devraient être faits, pardon, au-delà du règne de la démagogie dans la perspective d’être réélu(e) ?
Tout ce que j’ai lu dans cette bédé m’a rappelé la chanson Huit secondes, de mes chers Cowboys Fringants en 2004 déjà, que je vous faisais partager dans mon article Médiocratie #samedi 4.

Quand il ne restera que huit secondes
Avant la fin de ce monde
On r’pensera au genre humain
Qui à cause de l’appât du gain
Aura amené la planète au bord du ravin

Ce qui m’a le plusse déstabilisée et fait réfléchir, ce sont les arguments en faveur du nucléaire. Dans la mesure où le nucléaire n’émet quasiment pas de CO2, produit peu de déchets et rend moins dépendant de l’étranger que les énergies fossiles, il pourrait être une partie de la solution pour limiter le choc de population de se trouver sans énergie. Mais ça me demande un gros effort de me préparer à changer de pensée. Se renseigner, rechercher une information libre pour peut-être admettre qu’on avait tort de militer contre le nucléaire par rapport aux dégâts monstrueux que représente la surexploitation du pétrole et du charbon…

 

Planche tirée de « Le monde sans fin », de Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain, p.55.

 

 

Un mot que j’ai appris : palatabilité.

Rien à voir avec les patates. Ni avec la comptabilité. Merci Clea !  😉

 

 

Une phrase qui bouleverse par son honnêteté : « J’ai peur que ce soit bien sans moi. » (samedi 22 octobre 2022)

 

 

Un poème : Poème sans titre, de Fanny Chiarello, 2019.

J’ai bien failli vous faire partager un ou deux ou trois poèmes de Noir volcan, le deuxième recueil de Cécile Coulon que j’ai découvert ce mois-ci. Et puis je me suis dit, après Les Ronces en juin, En l’absence du capitaine le mois dernier, faut se calmer. Non mais c’est vrai, la poésie féminine contemporaine ne se réduit pas à Cécile Coulon ! Pousse d’autres portes pour tes lecteurs(rices), ouvre-leur de nouvelles fenêtres…
Alors j’ai choisi ce poème de Fanny Chiarello qui m’a été envoyé à mon retour de voyage, en août 2019, et qui a été une fenêtre ouverte pour moi, un souffle d’air nouveau que je voulais respirer. Il était publié sur son blog et je n’ai pas trouvé s’il fait partie d’un recueil.

disons que je suis un carnet
entièrement empli d’une écriture serrée
de biffures et de ratures
tu arraches les pages par paquets
et tu les brûles quelle joie
l’encre sèche crépite en étincelles oranges et bleues
comme une orange de Floride
souriant sur un ciel de Floride
sur une carte postale de Floride
c’est ainsi que tu illumines ma vie
en brûlant les pages mortes de mon passé
pour célébrer le présent.

 

Les feux qui illuminent ma vie un petit matin d’octobre. Poésie de l’urbanité (lire plus loin, un leitmotiv – quand la poésie rencontre malencontreusement les forces de l’ordre).

 

 

Une série documentaire : James May in Italy.

Après James May au Japon (dont je vous parlais dans mon article Se relever), le journaliste britannique et son humour bien à lui débarque en Italie. Et c’est IMPOSSIBLE de pas aimer l’Italie. Je dis pas ça à cause de mon nom ni de mes origines, je parle même pas italien ! À part : vous parlez italien mademoiselle ? Si, capito ! Prego et grazie mille.
Je dis ça parce que si tu as des yeux, des oreilles, une bouche, un nez, des mains, et par-dessus tout un cœur, tu ne peux pas ne pas aimer l’Italie. Tu ne peux pas ne pas aimer un pays où on sait aussi bien vivre. Où on mange aussi bien. Prendre soin de ce que tu manges, aimer ce que tu manges, est-ce que c’est pas le début de la vie ?

« On devrait tous boire du vin. Il nous a été donné pour qu’on trouve la paix. » (épisode 2)

Premier épisode sur la Sicile – et je dis pas ça parce que j’ai préparé une super caponata mi-octobre avec les derniers légumes d’été de la ferme à côté de chez moi.
Deuxième épisode sur la côte amalfitaine – et je dis pas ça parce que je projette, aux prochaines vacances de Pâques, d’aller manger les meilleures pizzas du monde visiter Pompéi.
Troisième épisode sur Rome – et je dis pas ça parce que je pars DEMAIN à Rome !!!  🤩 🤩 🤩 Non. Pas du tout.
Quatrième épisode sur les magnifiques villages de Toscane – et je dis pas ça parce qu’il y a dix ans, j’ai mangé un sandwich au lampredotto au même camion dans la même rue de Florence. Au lampredotto. Moi. Imagine.
Cinquième épisode sur les montagnes du Piémont et la région des lacs du nord de l’Italie – et je dis pas ça parce que je meurs d’envie d’y aller. Ramasser des noisettes dans la forêt et me baigner juste après.
La série s’achève sur le sixième épisode qui passe très vite sur la Lombardie, la Vénétie et les Dolomites – et je dis pas ça parce que c’est beau et qu’on voudrait encore des images, encore des paysages. Parce qu’en Italie tout est bon beau. Les villes, la nature, les gens, tout.

Et je ne dis surtout pas ça parce qu’avec Mickaël on s’est mis à rêver qu’on partirait trois mois sac à dos en Italie. À pied, en bus, en train. Un nouveau voyage…

 

Une rue de Bosa, en Sardaigne (avril 2017).

 

 

Un concept : Plus tu rééduques, plus t’as mal.

Depuis le mois de juillet, je fais des séances de kiné cervicale tous les mercredis. À cause de ma cervicalgie de février dernier, le marteau-piqueur de la machine à IRM, blabla tout ça qui a permis de voir que j’ai de l’arthrose dans mes vertèbres cervicales, et donc mon rhumato (la meuf vénère d’un certain âge a SON rhumato, nan mais salut j’ai cent ans !), et donc mon rhumato m’a prescrit des séances de rééducation cervicale.
Au début mon kiné – qui est jeune et beau – me massait. C’était bien. Après quelques séances, il m’a posé des électrodes qui envoient des picotements pendant quinze minutes et il a quitté la pièce. C’était moins bien. Maintenant il me laisse toute seule dans une salle où on crève de chaud avec des haltères, un gros ballon et des élastiques, et je dois faire cinq séries de vingt d’au moins cinq mouvements différents de musculation hyper durs des cervicales, c’est carrément pourri chui au bout de ma vie tous les mercredis et quand je rentre j’ai encore plusse mal et les jours d’après j’ai mal et plus j’y vais plus j’ai mal.

Ça m’inquiète. Je me demande si le concept vaut pour : plus tu éduques, plus tu fais mal ?
Ça me double-inquiète.
Je veux qu’on arrête. Je veux que mon kiné qui est jeune et beau me masse le cou.

 

 

Un truc qui se mange : mes tortas de algarrobo (et quelques struffoli).

Les tortas de algarrobo, c’était au tout début du mois quand je suis partie en week-end avec mes cops. C’était la première fois que j’en préparais, avec la recette malaguène de ma copine Tere, et j’avais la pression parce que je les faisais pour ma copine Adeline et je voulais que ce soit très très bon. J’ai mis tout mon amour pour elle dedans, avec aussi quelques amandes et beaucoup d’huile d’olive du père de ma copine Marlène (dont vous pouvez voir une vidéo du champ d’oliviers dans mon article de cet été, S’il n’en restait qu’un(e) # août 2022). Et c’était… tellement bon !
Merci Tere, merci Belarmino.

 

Mes tortas de algarrobo.

 

Et puis à la fin du mois, j’ai reçu ma filleule Alice (et Loulou  😉) un autre week-end à la maison, pour le plus grand plaisir de la Petite Souris – et le mien. Avec les filles, on devait regarder Coup de foudre à Notting Hill qui est le film préféré d’un de mes amis proches (un de ceux qui pensent que je suis vénère tout le temps et qui se trouve être aussi le père de ma filleule). Mais bon. Saperlipopette. Je ne citerai pas de nom. Et comme je ne crois pas au coup de foudre, j’ai préféré opter pour Thelma & Louise. Ça, c’est pour vous donner le cadre cinéma de la soirée.

Ensuite, puisque nous emmenons Alice sur la côte amalfitaine aux prochaines vacances de Pâques pour manger les meilleures pizzas du monde visiter Pompéi comme je l’ai déjà dit, j’ai eu envie de cuisiner quelque chose de Campanie. Déjà que je m’étais pas mal éloignée de la région avec ma salade piémontaise le midi qui ne visait rien d’autre que de restaurer mon estime de moi mise à mal par la dernière dégueu que j’ai faite le mois dernier, je ne sais pas dans quelles étoiles j’avais la tête. Bref, j’ai choisi de préparer des struffoli. C’est un dessert de Noël typique de Naples. Mais comme moi à Noël, j’ai juste envie de me roulebouler au fond de ma couette et de plus jamais bouger, bah les struffoli c’est maintenant !

Alice (15 ans) et la Petite Souris (13 ans) les ont dévorés comme un soleil de cet été indien. Loulou (14 ans) et moi non parce qu’on n’aime pas trop le miel. On préfère le chocolat. Moi le miel pour que je l’aime, il faut qu’il soit griffé par les ronces. Sinon je le touche même pas.
Dans les struffoli, le mieux pour préserver une certaine cohérence culturelle (pour moi c’est important, mais la plupart des gens maintenant ils s’en battent les reins, ils respectent rien), c’est de prendre un miel d’oranger ou de citronnier, voire de mandarinier, enfin quelque chose qui existe dans la région de Napoli. En plusse, le miel d’agrumes apportera la touche fruitée acidulée qui manquera si, comme moi, vous décidez d’omettre les fruits confits.

Après, la vérité c’est que je préfère les bugnes.
Mais alors je préfère beaucoup. Je préfère de vraiment beaucoup beaucoup.
C’est dur de venir concurrencer le goût patiné des souvenirs parce qu’il vient avec son morceau d’enfance. Moi quand je croque dans une bugne, je revois mon arrière-grand-mère paternelle, son petit appart’ dans la barre HLM d’Asnières, et ses bugnes tordues saupoudrées de sucre glace ont un goût incomparable.

 

Mes struffoli – et les petits cœurs roses ajoutés par la Petite Souris. Traditionnellement c’est pas des petits cœurs roses évidemment, c’est des morceaux de fruits confits. Mais qui, né après 1962, aime les fruits confits ?

 

 

Un bruit qui donne des frissons : le souffle du vent dans mon cou.

Tu t’attends à ce qu’il soit froid, violent, alors tu remontes tes épaules, tu contractes tes cervicales, et puis finalement il souffle chaud, il souffle doux, et ça te fait des frissons partout.
Ça tombe, c’est à cause de lui que j’ai mal à la nuque. Le vent. C’est pas moi, c’est l’vent, comme dans cette chanson de Tom Poisson. (J’ai pas Spotify mais vous oui).
C’est pas d’ma faute. J’te jure.

 

 

Un leitmotiv : Fais de ta vie un poème.

Oui, comme dans la chanson de Gaël Faye cette fois, Tôt le matin, que je vous proposais le mois dernier.

Fais de ta vie un poème, quels que soient le vent, les séismes passés et les tempêtes à venir.

Par exemple, en rentrant de la ferme à côté de chez moi où je venais d’acheter deux énormes paniers de légumes frais un mercredi de ce mois (avant d’aller retrouver mon kiné qui est jeune et beau), il y avait plein de soleil, l’air était chaud sur ma peau, je portais mes bottes jaunes en caoutchouc que j’aime tant, et je me suis fait arrêter par les flics. Dans ma rue comme ça, ils ont mis le gyrophare bleu et la sirène, j’ai décalé mon auto pour les laisser passer mais, arrivés à ma hauteur, ils m’ont fait signe à travers la vitre de me garer sur le côté. Puis, après que j’ai obtempéré, ils m’ont demandé, jambes écartées et les poings sur la taille :

– Madame, vous savez pourquoi on vous arrête ?

Pourquoi ils posent toujours cette question, sans déconner ? C’est dans le manuel du jeune flic ? Quelqu’un a-t-il déjà répondu :

– Ouais connard c’est à cause de ma vie, elle est pas en règle, tu veux m’aider à laver les épinards ?

Bon moi c’est, au mot près, ce qui m’est venu. Mais je l’ai pas dit à haute voix, ça va, j’ai mal au cou mais j’ai pas cent ans non plus ! Parce que je sais pas si vous avez remarqué mais les vieux c’est ça : passé un certain âge, ils n’ont plus aucun filtre, ils peuvent te dire les yeux dans les yeux que t’as une face de rat, ou que ta salopette que tu trouves trop belle tu l’as trouvée dans la poubelle  😵 !

Enfin je fais diversion là, je noie la lotte tranquille alors que ma vie est un poème dans lequel j’apprends, à mes dépens, que tu peux taper des coordonnées GPS sur ton portable autant que tu veux pendant que tu conduis, MAIS tu ne peux pas écrire un message. Ni enregistrer un audio. Sinon paye 90 € d’amende et moins trois points sur ton permis. J’te jure sur ma vie. C’est ce que ça m’a coûté ce mois-ci. Pour UN message.
Il me semble que ça le rend particulièrement précieux et poétique.
Sans vouloir me justifier.

 

Multi-fonctions. Tout-terrain. Pour tous les endroits, le vent, le soleil, et même à l’intérieur.

 

 

Une pensée à méditer : « Nous nous émerveillons de la beauté du papillon, mais nous reconnaissons rarement les changements par lesquels il a dû passer pour atteindre cette beauté. » (Maya Angelou)

Je pense à ces changements, à cette mue. Je me dis c’est de la souffrance, du courage dans le brouillard. Parce qu’on ne sait pas encore, au moment où on se transforme, qu’on va devenir un merveilleux papillon. On sait juste qu’on ne peut plus faire autrement que sortir du cocon. Et devenir soi.

 

 

Une chanson : Devotion (feat. Coby Sey), de Tirzah.

Tirzah est une autrice, compositrice et interprète anglaise que j’ai découverte dans le roman (pas le poème) de Fanny Chiarello que j’ai lu ce mois-ci. Ce même roman dans lequel j’ai aussi découvert Santigold que je partage avec vous dans ma dernière newsletter (newsletter 105 # octobre 2022).
Et comme pour Santigold – bien que ce ne soit pas DU TOUT la même énergie – j’ai aimé tout de suite. C’est une chanson dont la douceur m’a enveloppée. Des mains chaudes sur ma nuque. Comme une invitation à me laisser aller, relâcher le contrôle dans mon cou.
« Ne croyez-vous pas que l’on puisse vous aimer pour vous-même ? », m’a demandé mon ostéo.

I just want you to be true to me
I need all your attention
Sometimes I think that’s all I need

 

Tirzah, Devotion (feat. Coby Sey), album « Devotion », 2018.

 

*****

 

Et vous, que gardez-vous d’octobre 2022 ?